Pour ne pas détourner l’attention de la population par rapport à la grande cérémonie organisée à Brazzaville, couplée au message du Président de la République sur l’état de la Nation, les autorités du Département de la Cuvette ont choisi de différer la célébration de la proclamation de la République, pour ce jour 4 décembre 2022, à Ntokou, un choix qui honore les populations de cette cité ancienne. Il est écrit dans le programme des festivités d’aujourd’hui: «Evocation de la proclamation de la République par le premier questeur du Sénat». Que c’est prétentieux!

Je ne me sens pas aussi compétent que Placide Lenga (paix à son âme), que Firmin Ayessa, Clément Mouamba (paix à son âme) et récemment c’est-à-dire le 28 Novembre 2021, Anatole Collinet Makosso. Je vous renvoie donc à leur discours pour mieux découvrir l’histoire de notre République, de l’autonomisation du Moyen-Congo, devenu à cette occasion République autonome du Congo au sein de la communauté (franco-africaine).
Mieux, lundi dernier 28 novembre 2022, S.e.m Denis Sassou-Nguesso, Président de la République, Chef de l’Etat, a évoqué la proclamation de la République, avant de décrire le long chemin parcouru 64 ans durant, depuis le 28 novembre 1958 jusqu’à nos jours. Il faudra attendre le 15 août 1960, pour que la République autonome du Congo devienne un Etat indépendant et souverain. Un chemin qui n’a pas été linéaire sans embuche j’en conviens. Mais, un chemin qui a conduit notre pays vers le progrès que toute personne de bonne foi constate aujourd’hui. Je vous invite à lire attentivement ce message du Chef de l’Etat plein d’enseignements. Vous y trouverez des éléments qui fondent notre unité, qui invitent au travail et au travail bien fait, pour que notre beau pays, le Congo, continue de se développer. Le Progrès permanent est à ce prix.
Le Chef de l’Etat a mis un accent particulier, comme à l’accoutumée, sur le comportement que chaque Congolaise, chaque Congolais doit afficher dans sa vie de citoyen congolais honnête, travailleur, dévoué et toujours prêt à servir son pays, le Congo, en puisant dans les principales valeurs contenues dans notre devise: Unité-Travail-Progrès.
Un édifice qui est bâti sur le sable, sans fondation, ne résiste pas aux intempéries. La République du Congo rassemble un peuple qui a un passé, qui a une histoire. La colonisation et le néo-libéralisme imposés par le monde occidental nous ont éloigné de nos traditions. Chez nous, la gestion de la cité avait ses principes qui ont maintenu, pendant des décennies, voire des siècles, la cohésion sociale, la protection de l’environnement. En un mot, le vivre-ensemble dans un cadre moralement protégé. Nous devons profondément réfléchir sur ces principes pour les panacher avec la gestion moderne de la chose publique.
Si la démocratie moderne que nous avons adoptée et que nous soutenons, repose sur un appareil étatique privilégiant aujourd’hui le rôle de l’homme placé à la tête de l’Etat, les principes de gestion traditionnelle de la cité mettent en avant la «loi coutumière».
En mettant en relief l’égalité entre les hommes et en appliquant rigoureusement la «loi coutumière», la société traditionnelle protégeait la société contre l’expansion des anti-valeurs.

«Tu ne voleras pas»; «Tu ne mentiras pas»; «Tu ne tueras pas»

Ne dit-on pas «qui ment vole, qui vole tue»? En analysant ces «commandements» qui sont également contenus dans la Sainte Bible, on se rend compte que les respecter, c’est respecter les principes moraux de base, qui fondent la vie en société et qui aident les citoyens à vivre ensemble, dans le respect du bien d’autrui, dans le respect de l’homme et de l’intégrité morale du voisin et dans le respect de l’intégrité physique de ses semblables.
Les principes ou les valeurs contenues dans notre devise, Unité-Travail-Progrès, ne nous éloignent pas de ce constat. Au contraire. C’est pour l’unité que nous dépassons nos différences, en acceptant qu’un autre citoyen peut être plus fort et produire plus de moyens de subsistance, que soi et que, pour son honneur, on doit faire un effort pour avoir un minimum vital sans envier celui qui a plus d’énergie dans le travail.
Le travail, c’est la base de tout. L’éducation traditionnelle met surtout l’accent sur l’effort que chaque individu doit fournir, pour entretenir sa famille. De ce fait, il sera moins porter à envier la production du voisin. On dit, chez nous, «Ndzombé litè, ikabo litè» (à petite hache, petite part). Mais, cette petite part est le résultat d’un effort qui mérite d’être reconnu et respecté.
Le progrès vient avec le travail bien rendu. On a vu, avec le temps, nos villages changer d’allure. Nos parents qui descendaient à Brazzaville vendre le produit de leur pêche, remontaient chargés de table et de chaises, de lit et de salon, d’ustensiles de cuisine et des assiettes, verres, couteaux et fourchettes, y compris des phonographes.
Aujourd’hui, l’habitat se dégrade. Les gens sont de moins en moins préoccupés par leur propreté. On a laissé libre cours au vol, aux mensonges, aux meurtres et aux assassinats.
Les Conseils consultatifs des sages, des femmes et des jeunes doivent s’étendre jusque dans les districts, pour appuyer la loi coutumière, lorsqu’elle n’est pas contraire aux lois et règlements en vigueur sur l’étendue du territoire national.
Ces conseils viendront également épauler les pouvoirs décentralisés et le système coutumier traditionnel, pour mettre de l’ordre dans la cité. En choisissant d’être un Etat de droit, notre pays a opté pour un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. En poursuivant la décentralisation jusqu’à son terme, en étendant les Conseils consultatifs jusqu’au plan local, l’Etat aidera à arrêter la tendance des hommes d’Etat à vouloir se substituer au droit.
La République impose d’abord, de la part des gouvernants, un devoir, déclarait le Premier ministre Anatole Collinet Makosso: «Celui de gérer avec parcimonie et rigueur la chose d’autrui, celle du peuple seul détenteur et propriétaire de la chose. Ensuite, de la part du peuple, elle impose un devoir de respect des valeurs de la République, de l’environnement et du bien public. Enfin, de la part des autres Républiques, fussent-elles amies ou sœurs, un devoir de respect et de non-ingérence sous toutes ces formes».
C’est du mauvais accomplissement des devoirs par les dirigeants, c’est du non-respect des valeurs de la République et de la mauvaise gestion des relations entre Etats que découlent les malheurs. Nous en avons connu. Dieu merci, le Président de la République, S.e.m Denis Sassou-Nguesso, est toujours là pour nous ramener sur le bon chemin, par sa pensée clairvoyante et par l’amour qu’il porte pour son pays.
Je vais terminer mon propos par cette citation, cette prière de feu doyen Placide Lenga. Je cite: «Aujourd’hui, tous ensemble, dans la communion des héros et des martyrs de notre pays, nous tous, nous prions, à genoux, pour qu’un autre malheur ne vienne pas s’ajouter aux nombreux malheurs précédents… Puissions-nous, tous ensemble, au sein de notre République, retenir ce legs du passé, ce legs frémissant du passé, ce passé plein d’honneur et de gloire, ce passé des divers pays du Congo… Plus tard, quand nous ne serons plus, plus tard, quand nous serons ensevelis dans la poussière des générations, n’oublions jamais, chers parents, tous membres de la République une et indivisible, que la postérité se lèvera, et elle se lèvera, comme toujours, pour juger, d’abord les chefs; ceux qui auront pris ou n’auront pas pris la décision, au temps des drames de la Nation; ceux qui auront évité de remplir leurs obligations légales; ceux qui n’auront pas exercé leurs pouvoirs régaliens; ceux qui auront refusé de porter le drapeau… Aujourd’hui, sous l’impulsion, de Monsieur le Président de la République, nous sommes tous, en marche serrée, pour qu’au bout de la nuit, s’éveille et se renouvelle en nous, cette énergie créatrice, qui nous aura permis de vaincre, de faire naître, de vivre, de survivre et d’espérer…».

Edouard Roger OKOULA
Sénateur Premier questeur du Bureau du Sénat.