L’annonce de la mort de Niousserê Kalala Omotunde dans les réseaux sociaux a fait l’effet détonnant d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Cela a été une véritable et redoutable onde de choc dans les têtes et les cœurs des Africains, des Caraïbéens et des Afrodescendants, partout où chacun a reçu la troublante nouvelle. Dans l’état de confusion dans lequel s’est trouvé mon esprit, je me suis dit: non, ça ne peut pas être vrai! J’ai mal lu, à cause des mouvements du véhicule à bord duquel je me trouvais. Ayant repris mon souffle, parce que j’en suis venu à m’étonner que le choc du message m’ait presque catapulté et enveloppé dans une apnée respiratoire involontaire.

A peine les esprits en place, mon WhatsApp s’affolait déjà. «Michel, je viens d’apprendre le décès de Niousserê Kalala Omotunde. Je recoupe l’information et je reviens vers toi». Pendant ces instants qui me semblent une éternité, je cherche à me convaincre du contraire. Mais, quelques instants à peine, cette pensée est chambardée par un second message: «C’est confirmé. Il est mort en rentrant en Guadeloupe». Ces propos sont du professeur Thierry Mouelle II, égyptologue, journaliste et écrivain, ami commun de Kalala Omotunde et moi.

Michel Mboungou-Kiongo.
Michel Mboungou-Kiongo.

Je descends du véhicule et cherche rapidement le nœud (profil) de Kem Ama Songo, mon interface directe en Guadeloupe. Le silence momentané de sa page me semble un mur infranchissable. Je vais alors sur Facebook. Et c’est la sidération. L’information s’étale sur la toile: le professeur Niousserê Kalala Omotunde est mort d’un arrêt cardiaque. Les bras m’en tombent et j’ai le moral en berne. Et dire que je venais d’échanger avec lui sur Messenger quelques jours auparavant, avant qu’il ne se rende au Cameroun pour participer aux travaux du Cerdotola. Je ressasse et passe en revue les hypothèses les plus folles… Mais aucune ne m’aide à comprendre. Et je m’entends me demander en boucle dans ma tête: Mais que s’est-il réellement passé?

Le silence assourdissant des médias classiques internationaux
De retour à la maison, je me branche sur les médias mainstream. Le silence assourdissant sur le drame me pétrit. C’est fait! Même mort, Niousserê Kalala Omotunde en impose par la pertinence de sa connaissance des humanités classiques africaines qu’il a étalée à la face du monde.

La rencontre

Venu assez tard sur les réseaux sociaux, parce que (je suis) partagé entre l’attrait de ce nouveau modèle de communication alternative qui libéralise et surtout démocratise l’expression populaire sans l’intervention d’un quelconque directeur de conscience d’une part et d’autre part le regard en coin sur cette nouvelle forme de communication sociale perçue un brin séditieuse à l’encontre des principes professionnels du journalisme pratiqué dans les médias classiques dits mainstream qui font la pluie et le beau temps dans un monde globalisé par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. C’est en 2016 que je franchis le pas, en ouvrant un compte Facebook et WhatsApp plus tard. Car, j’appréhendais de franchir ce cap qui s’apparentait à ouvrir la boîte à Pandore. Et c’est là que je regarde, pour la première fois, une vidéo dans laquelle Omotunde parle des humanités classiques africaines.
Ce fût un moment de saisissement pour moi qui avais lu Cheick Anta Diop et Théophile Obenga, dans mes années de lycée. Était-ce une bouée de sauvetage civilisationnelle et une bouteille d’oxygène intellectuelle qu’il jetait dans «l’océan multiculturel» de l’intellectuel africain biberonné au multiculturalisme dominé par des saillies imposées par l’Occident, au détriment des bris épars reconstitutifs de ma culture africaine émiettée par le rouleau compresseur dramatique des crimes contre l’humanité que sont le double esclavage transsaharien et transatlantique, la colonisation et le néocolonialisme et autres ismes nauséeux?
Ou était-ce un coup de pied qu’il donnait dans la fourmilière falsificatrice des pans entiers de l’histoire humaine, par des idéologies qui n’ont cessé de travestir la marche de l’histoire humaine? Était-il en train de placer le curseur, de ma quête de culture multidimensionnelle et d’humanité réconciliée avec elle-même, sur le portique de la conscience historique africaine, afrodescendante et mondiale?

C’est l’humanité qui en sortira gagnante

Depuis lors, j’ai cherché à le retrouver dans toutes ses productions intellectuelles, spirituelles, artistiques et humanistes, pour échanger avec lui. Élan que la «faucheuse» a tenté d’arrêter le 14 novembre 2022, mais dont l’énergie régénératrice ne saurait être «tuée».
Niousserê Kalala Omotunde restera à jamais dans le peloton de tête parmi ses prédécesseurs et compagnons d’oeuvre que sont les Cheick Anta Diop, Théophile Obenga, Dominique Ngoï-Ngalla, Doumbi Fakoly, Runuko Rashidi, etc. La liste ne saurait être exhaustive. Et pour cause, ces savants africains et afrodescendants sont, en vérité, des maîtres des forges de la connaissance scientifique qui ont façonné des outils scientifiques, pour léguer, désormais, aux jeunes africains, afrodescendants et du monde entier, les moyens véritablement intellectuels, pour bâtir de nouveaux fonts baptismaux la conscience historique humaine, en vue de restituer à l’humanité sa dignité mise à mal par une frange humaine qui ne cesse de tordre le bras et le cou à la race humaine, par un racisme prétexté à partir d’une vraie-fausse morale tirée de la hiérarchisation fallacieuse du genre humain.

Niousserê Kalala Omotunde, une étoile brillante dont l’éclat brillera à jamais

De par la puissance de sa production intellectuelle, scientifique et spirituelle dans l’avancement de la compréhension des humanités classiques africaines, Niousserê Kalala Omotunde restera, à jamais, une étoile brillante dans la constellation de la conscience historique africaine, afrodescendante et mondiale. Son passage dans ce monde des vivants aura été, certes, bref, mais combien dense, fulgurant, novateur et inspirant.
Son œuvre et sa personnalité méritent nos applaudissements nourris, nos salutations distinguées et nos remerciements infinis pour avoir planté l’arbre de la connaissance scientifique dans les pensées, les esprits et les cœurs des jeunesses africaine, afrodescendante et mondiale. Que des instituts à l’image d’Anyjart et des Fondations (personne morale) en son nom soient créés nombreux en Afrique et dans les espaces géographiques afrodescendants et que, désormais, les systèmes éducatifs africains et afrodescendants intègrent les enseignements de leurs savants dans tous les cycles d’apprentissage, de l’école maternelle à l’université.
Voilà, le plus grand bien que les décideurs en responsabilité politique, civile, etc. pourront apporter comme reconnaissance méritée à la contribution intellectuelle et civilisationnelle de la renaissance du monde noir à laquelle Niousserê Kalala Omotunde aura consacré son existence. Et il va sans dire que nous aurons, tous, à cœur de maintenir une pensée particulièrement reconnaissante et bienveillante à sa famille biologique pour le soutien multiforme qu’elle lui a apporté durant son existence sur la terre des humains et lui apportera toujours.
Qu’il plaise à nos ancêtres de l’accueillir avec tout le mérite qui est dû à une âme qui a pleinement accompli sa mission pour le faire asseoir à côté de Djédefrê, Snéfrou, Khéops et toutes les autres figures emblématiques de la Grande pyramide, à Gizeh.

Michel
MBOUNGOU-KIONGO
(Brazzaville)