La pénurie des fertilisants du fait de la crise Ukrainienne est une aubaine pour la République du Congo. Cela est évidence, car son sous-sol regorge de matières premières (phosphate, calcaire, potasse) qui servent à faire les engrais. Engrais qui sont indispensables à l’amélioration des rendements agricoles.

Le Congo, en tirant parti de l’avantage comparatif que la nature l’a donné, et en créant d’urgence, une usine de fabrication des engrais ce qui pourrait le permettre, de devenir producteur et pourvoyeur pour le compte des pays africains qui en ont grandement besoin. C’est tout le sens à donner à la présente réflexion.
Pour s’en convaincre de la pertinence de cette étude, dans les lignes qui suivent, sont données les raisons profondes qui expliquent l’intérêt pour le Congo de concrétiser ce projet à fort impact socio-économique. La pénurie des fertilisants du fait de la crise Ukrainienne a des conséquences sur la production agricole de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Ce qui constitue une menace réelle pour leur sécurité alimentaire.
Cette situation devrait faire prendre conscience aux décideurs congolais de la nécessité de réaliser le projet concret de création d’une usine de fabrication des engrais. Ce projet serait rendu possible grâce à son sous-sol qui a autant de matières (phosphate, calcaire, potasse) qui servent à formuler les engrais. En effet, ce sont des éléments de base pour faire des engrais utiles au développement de l’agriculture
Eu égard à l’avantage comparatif que la nature l’a donné, le Congo pourrait devenir producteur et pourvoyeur pour le compte des pays africains importateurs des fertilisants.
Ce vif souhait confirme la déclaration du vénérable Alphonse Mboudo-Nesa, ancien ministre du congolais des mines. En effet lors de la tenue du 3 au 4 octobre 2013 de la première conférence internationale sur la diversification de l’économie via les mines, dans une interview exclusive accorde avec le journal Le Reporter, il avait déclaré «II serait aberrant que le Congo continue d’importer des engrais pour le développement de son agriculture et le fer à béton pour ses besoins de construction, pendant que son sous-sol est pourvu de matières premières. Le Congo devrait donc créer des unités de transformations, pour qu’il devienne le pourvoyeur de l’Afrique, en biens d’engrais».
Et de conclure que «Mon point crucial demeure la création d’une unité de transformation pour que le Congo devienne, en biens de fer et biens d’engrais».
Ironie du sort, 9 ans après, cette déclaration demeure toujours d’actualité. La pénurie des fertilisants au quelle fait face beaucoup de pays africains en est la parfaite illustration. En effet, l’Ukraine est l’un des pays pourvoyeurs au monde des fertilisants. Les difficultés rencontrées par les agriculteurs africains à s’approvisionner des fertilisants produits en Ukraine à cause de la crise qui menacent leurs productions agricoles. Ce qui va conduire à une insécurité alimentaire, assurément .Cette crise a mis en évidence la forte dépendance de ces pays pour les fertilisants. Cette situation, non seulement révèle à suffisance l’intérêt pour le Congo de produire les engrais, mais aussi surtout fait comprendre la nécessité de créer une usine de fabrication des engrais. C’est ainsi, à l’instar de la crise de la vache folle qui avait accentué les préoccupations en matière de la sécurité alimentaire en Europe, la crise de l’Ukraine pourrait aussi amener le Congo à soutenir la production des engrais.
D’autant plus que la crise est une opportunité pour changer les choses. Au regard de ce qui précède, le Congo-Brazzaville devrait tirer les leçons de la crise ukrainienne en privilégiant les projets agricoles en général, en créant surtout, une usine de fabrication des engrais qui sont indispensables à la production agricole.
Percevant clairement l’importance de l’usine de fabrication des engrais au Congo, celle-ci pourrait être créée dans la zone de Pointe-Noire et ses environs. Cela est d’évidence, car dans cette contrée, il y a une grande concentration des minerais.
Ce projet de création d’usine pourrait aussi être réalisé par les investissements privés direct au Congo. II convient de souligner deux éléments importants dans le cadre de la production agricole. II s’agit, notamment de l’application appropriée des engrais qui l’une de l’amélioration de travail de la terre. Et aussi, les améliorations génétiques qui sont les facteurs de l’amélioration des rendements agricoles.
En dépit de la monté du bio dans l’agriculture à l’heure actuelle, ce qui ne pourrait décourager d’investir dans la production des fertilisants. D’autant plus que le bio ne saurait aider les pays africains à faire face à la pénurie alimentaire qu’ils connaissent. Pénurie imputable à la crise alimentaire qui a aggravé l’insécurité alimentaire. Ainsi, l’investissement dans la production des engrais serait la solution efficace durable l’insécurité alimentaire.
Il convient de rappeler, que le secteur agricole est un grand pourvoyeur d’emplois et représente une large part du produit intérieur brut (PIB) des pays.
C’est en cela, que réside tout l’intérêt d’investir dans la construction d’une usine de fabrication des engrais au Congo-Brazzaville. Un projet à forte impact socio-économique qui, à mon humble avis, devrait figurer parmi les projets prioritaires à l’heure actuelle.
Hellot Matson Mampouya, ancien ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation technologique, à l’occasion de la célébration de la journée de la Renaissance scientifique africaine le 29 et 30 Juin 2016 à Brazzaville, sur le thème: «Contribution de la science, la technologie et l’innovation à la diversification de l’économie», avait déclaré «Les scientifiques congolais ne peuvent plus se cantonner à leurs travaux sans lien avec les préoccupations sociales. Ils doivent être à l’écoute des besoins des populations des priorités nationales».
Henri Dupin dans son ouvrage intitulé «L’Alimentation des Français. Evolution et problèmes nutritionnels (les Editions E.s.f, 1978) écrivait «les chercheurs ou les associations des consommateurs jouent un rôle très utile en attirant l’attention des pouvoirs publics sur les problèmes nouveaux ou sur la nécessité de compléter des mesures réglementaires existantes». C’est en se basant sources déclarations, qu’en ma qualité de chercheur, j’ai identifié le point majeur sur lequel l’Etat devrait porter ses efforts, se donner les moyens et fixer des échéances.
En guise de conclusion, l’on peut dire sans risque de se tromper que la pénurie des fertilisants est donc une aubaine pour la République du Congo. Cela, non seulement pour renforcer le développement de son agriculture mais aussi et surtout pour créer une unité de transformation pour la production des engrais.

Docteur-ingénieur
Alphonse EMEKANDOKO
– Expert en Sciences Alimentaires (PHD);
– Chercheur en Sécurité Alimentaire Technologue en Froid (ingénieur);
– Membre privé de l’Institut International du Froid (DF) Malesherbes Paris (France);
– Enseignant vacataire chargé de cours (ENAM);
– Contact: emekandoko@gmail.com