Les Diables-Rouges handball séniors dames ont propulsé le Congo comme première Nation africaine à la Coupe du monde de handball Espagne 2021. C’est, en effet, l’unique sélection africaine qui est passée au tour principal. Le sélectionneur national des Diables-Rouges handball dames, le Franco-marocain Younes Tatby, pense maintenant à la suite des événements, car la plupart des pays africains ont les yeux rivés sur le Congo. Pour lui, l’unique solution est que les autorités congolaises mettent l’équipe nationale, dès maintenant, en chantier, afin de réaliser le projet de reconquérir les premières places sur le plan africain et redorer le blason du handball congolais qui a fait la pluie et le beau temps sur le continent dans les années 80. Dans une interview exclusive qu’il a accordée au téléphone à L’Horizon Africain, Younes Tatby, actuellement en vacances en France, n’est pas passé par quatre chemins pour interpeller le gouvernement sur le contrat et le protocole d’accord signés qui font obligation à l’Etat de mettre les moyens lui permettant de faire son travail, afin que l’équipe puisse reconquérir sa place perdue.

* Votre parcours, en si peu de temps, est élogieux, étiez-vous sûr d’en arriver là?
** Tout d’abord, pour commencer, le peuple congolais doit savoir que ce projet a débuté au mois de mars 2021, pour jouer la Can Cameroun 2021, à Yaoundé. Nous avons pris la décision qui, au début, n’était pas facile. J’ai changé toute l’ossature de l’équipe à 90%. On a tout fait, on a changé les choses. Mais, comme vous le savez, ce n’était pas facile. Même les sachants de cette discipline en connaissent quelque chose. Ça fait près de trois décennies que l’équipe n’avait plus gagné et quand tu amènes les jeunes joueuses locales au nombre de 8 à 9, tu trouves des gens qui ne sont pas contents, car ils ont l’habitude de voir les mêmes noms à l’équipe nationale. Mais moi, comme je l’avais dit, pour qu’une joueuse joue à l’équipe nationale du Congo, de la première à la dernière phase, elle doit avoir la forme et la forme du moment. Tu ne peux pas jouer avec ta carte de visite.

Les Diables-Rouges lors de la rencontre contre la Tunisie, à la dernière coupe du monde.
Les Diables-Rouges lors de la rencontre contre la Tunisie, à la dernière coupe du monde.

Automatiquement, j’ai entamé le projet de la Coupe d’Afrique, avec l’option d’une qualification à la Coupe du monde. L’équipe a fait un exploit au Cameroun où elle est arrivée en quart de finale, en battant le Sénégal. Nous avons manqué de peu d’être en finale. Mais, nous nous sommes qualifiés à la Coupe du monde. Malgré les conditions de travail difficiles, on s’est adapté et mes pouliches ont fait un exploit. Je ressens une fierté parce qu’au début, on ne trouvait même pas l’eau. On a tout fait, avec l’aide des responsables de la Fécohand et moi, de mon côté, avec le staff et les joueuses aussi, on savait pourquoi faire ces sacrifices. Nos sacrifices ont payé. Le fait de nous qualifer au deuxième tour de la Coupe du monde et d’être l’unique Nation africaine à le faire, nous pouvons, aujourd’hui, être fiers de notre travail, car nous n’avons commencé qu’au mois de mars.

* Après votre participation à la Coupe du monde, en Espagne, qu’attendez-vous, maintenant, quelle est la suite pour préparer l’avenir?
** Ce qu’on attend, c’est non seulement la réception, mais aussi la reconnaissance du gouvernement à notre endroit, parce que nous voyons ce qui se passe avec les autres disciplines, tous les moyens qui sont mis à leur disposition, mais pas de résultats, alors que nous, avec le peu de moyens qui ont été mis à notre disposition, l’hymne national congolais a retenti partout, au Cameroun et en Espagne où nous étions la meilleure équipe africaine, car toutes les trois autres représentantes du continent étaient derrière nous.
Maintenant, le plus dur reste à faire, car le Congo a monté la barre très haut et les autres Nations nous attendent aux prochaines compétitions. Sur la question de reprendre le fauteuil au niveau africain, il faut savoir que l’Angola qui est, aujourd’hui, au sommet du handball africain depuis plus de 15 ans, a travaillé et continue à travailler. Maintenant, les autres Nations recommencent à prêter attention aux Diables-Rouges, après nos prouesses, et disent que le Congo, ça joue bien. Mais, je reste réaliste comme au premier jour où j’ai foulé la terre congolaise pour prendre l’équipe. Oui, on s’est qualifié à la Coupe du monde, alors il faut être ambitieux à la prochaine Coupe d’Afrique. Nous devons aller chercher une médaille. C’est comme je l’avais dit avant la Coupe du monde: je ne suis pas ce genre d’entraineurs qui disent des choses qu’on ne peut pas réaliser. Chez moi, c’est du concret, sans faire des détails, parce que j’ai entendu des entraineurs, dès qu’ils sont arrivés au Congo, dire qu’ils partiront à la Coupe du monde, alors qu’ils ont ramené zéro point pour la qualification. Alors, pour les entraineurs qui sont ambitieux, c’est bien. Moi, je le suis aussi. Mais, il ne faut pas trop rêver, il faut être réaliste.

* On peut dire que le Congo a élevé le niveau de son handball féminin, que faut-il pour avancer dans cette voie?
** Le Congo a fait près de 14 ans d’absence à la Coupe du monde. Et là, il revient petit-à-petit. Ce qu’il nous faut, ce sont des stages internationaux, jouer des matches amicaux de haut niveau, je répète, là, on peut arriver à ce que souhaitent les Congolais. Parce que, quand on parle des années 80, des épopées de l’équipe nationale féminine, c’est parce qu’à cette époque, elles sont restées pendant plusieurs mois en stage dans des pays comme la Serbie, l’ancienne U.r.s.s. Et quand elles revenaient, elles surclassaient les équipes africaines. Il n’y a pas de secret: le sport, c’est le travail.
Donc, si nous allons faire un stage d’un mois, il ne sert à rien de nous dire qu’il faut ramener la qualification, non! Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations de la discipline, toutes les équipes attendent le Congo. Elles vont se préparer pour battre les Diables-Rouges. J’ose espérer que le gouvernement en est conscient et qu’il faut réunir toutes les conditions qui feront qu’on parle du Congo au cours des prochaines années, surtout à la Can et que les Diables-Rouges soient au podium, ce qui est possible avec le premier pas déjà emboité. C’est maintenant ou jamais. Merci à vous de m’avoir permis d’échanger sur nos récentes performances et je profite de votre journal pour souhaiter mes vœux les meilleurs au peuple congolais, à son Chef de l’Etat, au gouvernement, à la fédération et à mes joueuses: pour l’année 2022, que du bonheur!

Propos recueillis
par Luze Ernest BAKALA

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