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Vers quelle sorte de société nous nous dirigeons, au milieu des difficultés communes?

Vers quelle sorte de société nous nous dirigeons, au milieu des difficultés communes?

Est-il justifié d’ôter la vie à une jeune femme de 23 ans pour un problème de masque? Question qui a son importance. La maladresse d’un gendarme qui a failli mettre la capitale du sucre, N’Kayi, à feu et à sang, n’est pas faite pour rassurer l’opinion. Je ne fais, pour l’instant, que poser la question. Que ce soient des victimes de l’intolérance politique de 1963 à 1990 ou celles de l’après Conférence nationale souveraine, le problème reste entier: pourquoi passe-t-on subitement d’un état d’humanité à un état d’ensauvagement?

Ce serait faire preuve d’une impardonnable cécité que d’ignorer toutes les bévues dues au non-respect de la personne humaine. Lorsque la brutalité, l’incivisme et l’obscurantisme reviennent en force chez l’élément de la Force publique, celui-là même qui est censé protéger le citoyen, tout le monde se retrouve dans le viseur des mêmes forces publiques partisanes, qui n’ont plus rien à voir avec la force républicaine.
En janvier de cette même année, une haute personnalité de l’Eglise catholique, j’ai nommé Mgr Daniel Mizonzo, évêque de Nkayi, président de la Conférence épiscopale du Congo, a été menacée par un groupe de gendarmes toutes griffes dehors. Sans vergogne et sans honte, ces hommes en tenue chargés de la sécurité routière se sont déployés à exhiber leur appartenance tribale. Lequel sésame, parait-il, les met en dehors de toute sanction. N’eût été la tempérance, la sagesse de cet homme d’Eglise, un simple contrôle de routine aurait failli tourner au drame en plein carrefour de Loudima et Sibiti. Mieux, cet homme de Dieu aux allures joviales et empathiques, qui est descendu de son véhicule avec le sens civique, ne leur était pas inconnu.
Tous ces facteurs entraînent un élargissement progressif du malentendu politique. Face à l’agressivité, au manque d’amour du pays, c’est un appel à l’éveil des consciences que je me permets de lancer aux lecteurs de ce numéro de l’hebdomadaire L’Horizon Africain. Je viens, en toute humilité, m’associer à Achille Mbembé et Felwine Sarr pour faire passer ce message: «En ce début de siècle, l’Afrique apparaît comme l’un des théâtres principaux où se jouera l’avenir de la planète. (…) Le moment est propice de relancer le projet d’une pensée critique, confiante en sa propre parole, capable d’anticiper et de créer des chemins nouveaux à la mesure des défis de notre époque». Rien de mieux, en effet, que de «frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui», comme l’écrivait Montaigne, pour tenter à désamorcer les bombes de demain.
L’éveil des consciences est sollicité depuis que l’homme vivant en société a porté un regard critique sur son temps. Chemin faisant, son imagination a conçu l’opportunité d’une alternative à un présent décevant. Au moment où on parle du dialogue politique qui exige, il ne faut pas s’en cacher, un effort d’imagination et de compréhension renouvelée est nécessaire. Ne pas entamer la quête de l’égo, c’est s’interdire tout progrès. Malgré tout, le phénomène de dépassement, dans une société ou semble prédominer la pensée unique, pose une première question. Un tel dépassement, fondé sur le retournement, dans quelle mesure les Congolais d’aujourd’hui se rapprocheront-ils les uns des autres? Saint-Bernard écrit à ce sujet: «Commence… parte considérer toi-même, bien plus, finis par là… tu es le premier, tu es aussi le dernier». Non seulement il faut chercher à découvrir à quel point la situation est bloquée, mais surtout vers quelle sorte de société nous nous dirigeons, au milieu des difficultés communes: incompréhension entre les départements; déclin de l’éthique politique. Mais, la cité ne doit pas perdre pour autant sa qualité. C’est elle qui devient le centre qui ouvre l’accès aux fondements et aux sens d’une civilisation.

Mais, de quelle civilisation s’agit-il?

Si nous voulons travailler pour le bien de la société, le retournement, c’est ce qui nous indiquera le modèle de société, les idées destinées à apporter toutes les innovations. Ces innovations ne doivent pas être brutales. Comme on l’a répété et répété encore à l’occasion des 60 ans de notre indépendance, le temps est un facteur de progrès dans la pensée moderne. Il nous faut donc penser autrement, mais aussi changer nos règles du jeu et notre organisation, pourquoi pas selon Hans Jonas?: «Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre».
L’éveil ne peut être quelque chose de banal. Il marque toute la vie citoyenne, il faut y aller avec opiniâtreté, courage et lucidité. L’éveil des consciences n’est jamais acquis, il est un long travail pour vaincre nos passions, faire de nouveaux progrès dans la cité. Ces questionnements sur le retournement, sur la connaissance de notre devoir nous guettent à toutes les étapes de notre propre construction. Un point d’ancrage pour garantir un futur juste pour tous et chacun. Le retournement montre qu’il est un combat quotidien, sans cesse renouvelé, toujours à recommencer. Il faudra bien aussi que l’éveil des consciences s’impose aux esprits, de manière pacifique, par la force de nos convictions, la justesse de nos arguments, si l’on veut que la violence, l’égoïsme ne soient pas nos seuls repères et références, nos seules perspectives.
Dans cette période de crise sociale et d’incertitudes sur l’avenir, il faut élever la République. C’est donc en progressant à grands pas dans la voie frayée par la colonisation, avec plus de décision, de rigueur, comme l’avait si bien remarqué Henri Brunschwig (le partage de l’Afrique noire), questions d’histoire/flammarion, 1971), que nous devons inventer les outils pour nous fournir les moyens de développer la civilisation héritière.
Avant nous, l’Occident s’est inspiré de la Grèce en matière de démocratie.
Convaincu maître de sa destinée, Napoléon Bonaparte avait organisé sa campagne d’Egypte avant de revenir en France, pour forger son propre mythe. Il ne nous sera sans doute pas donné d’avoir ce génie de Napoléon qui lui a permis de construire les caractères originaux de l’histoire de France. L’essentiel, c’est de retenir que l’éveil évoque, entre autres, la connaissance de l’invisible. Une plaidoirie de la connaissance de soi: l’homme doit se regarder, analyser ses faiblesses et ses forces, combattre ce qu’il y a de mauvais en lui et cultiver ce qui est bon.
Après la critique de ces dernières années, le point le plus important est de s’inventer, dans une démarche visant à se donner un sens et une épaisseur qui ne nous cacheraient plus l’horizon.
Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, procédons à fédérer les habitants de toutes générations et de tous départements autour de valeurs communes d’ouverture, de partage, de découverte de l’autre. Nous ne devons plus compter les lieux où doivent se penser les questions fondamentales de la transformation de notre héritage commun: le Congo.

Joseph BADILLA

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20 octobre 2020, 12: 01

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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