La pandémie de covid-19 a prouvé l’importance de la culture pendant une crise mondiale. Paradoxalement, elle a aussi exacerbé la vulnérabilité des artistes et des professionnels de la culture. Dans un rapport de grande envergure, l’Unesco appelle les gouvernements à repenser leurs politiques dans le domaine de la culture, afin qu’à l’avenir, les créateurs soient mieux protégés.

La pandémie a démontré la valeur intrinsèque du secteur culturel et créatif en matière de cohésion sociale et sa capacité à générer, en temps de crise, des ressources éducatives, du bien-être personnel ainsi que de la croissance économique. Cependant, la crise mondiale provoquée par la pandémie de covid-19 a aussi souligné les défis importants à relever pour assurer la préservation de la diversité des expressions culturelles dans le monde, conformément à la Convention de 2005 de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Protéger la diversité des expressions culturelles

Un nouveau rapport de l’Unesco, intitulé «Re|penser les politiques en faveur de la créativité: la culture, un bien public mondial», montre que l’aide au développement consacrée à la culture et aux loisirs diminue et que, malgré la hausse continue des flux de biens et de services culturels à l’échelle mondiale, très peu de progrès ont été réalisés en vue de réduire les fortes disparités entre les pays développés et les pays en développement. De très fortes inégalités persistent également au sein des secteurs culturels et créatifs, notamment celles auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes.
Les individus sont, de ce fait, bien moins exposés à la diversité des expressions culturelles dans le monde, à un moment où il est évident que la diversité est un élément structurant pour la cohésion sociale et la paix entre les peuples. Cette situation limite la capacité du secteur culturel, qui représente 3,1% du P.i.b mondial et 6,2 % des emplois dans le monde, à stimuler une croissance économique durable dans les pays en développement.

Effondrement sans précédent des revenus et de l’emploi dans le secteur culturel

L’Unesco considère qu’en 2020, la pandémie, à elle seule, a causé la perte de 10 millions d’emplois dans les industries créatives. Elle estime, en outre, que cette même année, la valeur ajoutée brute mondiale dans les industries culturelles et créatives a reculé de 750 milliards de dollars. Dans les pays dont les données sont disponibles, les revenus des industries culturelles et créatives ont diminué de 20 à 40%.
Au cours des années qui ont précédé la pandémie de covid-19, la baisse des dépenses publiques mondiales consacrées aux industries créatives a causé un effondrement sans précédent des revenus et de l’emploi dans ce secteur. Les conditions de travail déjà précaires de nombreux artistes et professionnels de la culture se sont détériorées davantage.
La couverture sociale des artistes était déjà insuffisante dans beaucoup de pays, mais la pandémie a véritablement révélé la vulnérabilité des travailleurs dans les secteurs culturels et créatifs.
«Un paradoxe fondamental est apparu: la consommation mondiale de contenus culturels des individus et leur dépendance à leur égard ont augmenté, alors que, dans le même temps, ceux qui produisent les arts et la culture ont de plus en plus de mal à travailler», a souligné Ernesto Ottone R, sous-directeur général pour la culture de l’Unesco. Et d’ajouter: «Nous devons repenser la manière dont nous construisons un environnement de travail durable et inclusif pour les professionnels de la culture et des arts qui jouent un rôle vital pour la société, à travers le monde entier».
Le rapport appelle les gouvernements à assurer aux artistes et aux professionnels de la culture une protection économique et sociale similaire à celle dont bénéficient déjà les personnes travaillant dans de nombreux autres secteurs. Il propose, par exemple, d’envisager l’instauration d’un salaire minimum dans l’emploi culturel, ainsi que de meilleurs régimes de retraite et d’indemnités de maladie pour les travailleurs indépendants.
Même s’il reconnaît que le passage accéléré du contenu culturel et des spectacles vers les plateformes numériques offre de nouvelles possibilités, ce rapport souligne l’urgente nécessité de concevoir des systèmes de rémunération plus équitables pour les artistes dont le contenu consommé est en ligne. Les revenus numériques ne compensent pas la forte baisse de revenus causée par l’absence d’événements en direct.

Nana KABA

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