L’agression russe contre l’Ukraine a des conséquences sans précédent. Dans le monde entier comme sur le continent africain, la hausse des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des pénuries potentielles d’approvisionnement sont devenues des profondes préoccupations parmi les populations. Rien que dans le domaine de la sécurité alimentaire, 800 millions de personnes souffrent de la faim, alors que la pandémie de covid-19 avait déjà accentué ce problème.

Depuis plusieurs semaines, une «bataille de récits» est en cours pour savoir qui est responsable de cette situation. Tandis que l’Union européenne (U.e) et ses Etats membres travaillent avec l’Onu et d’autres partenaires pour éviter une crise alimentaire mondiale, la Russie bombarde, ment et poursuit sa campagne de désinformation.

Un champ de blé
Un champ de blé

Nous, Equipe Europe en République du Congo, souhaitons rétablir les faits: il est essentiel d’expliquer à nos partenaires africains que c’est la guerre d’agression de la Russie qui est la cause des pénuries et des augmentations de prix et, en même temps, de présenter les solutions que nous proposons pour éviter la catastrophe alimentaire qui se profile.
Le chantage alimentaire de Vladimir Poutine et l’agression russe contre l’Ukraine mettent gravement en danger la sécurité alimentaire mondiale. Alors que la situation était déjà alarmante en raison des effets combinés du changement climatique et de la pandémie de covid-19, le risque d’une crise alimentaire mondiale est aujourd’hui amplifié par l’invasion illégale, non provoquée et injustifiée de l’Ukraine par la Russie. En réduisant le volume des productions agricoles de l’Ukraine, véritable «grenier mondial», cette guerre menace les chaînes d’approvisionnement, entraînant des risques de pénuries dans le monde entier et des hausses de prix des denrées alimentaires, dont nous constatons déjà les effets dans de nombreux pays, y compris au Congo, justifiant l’adoption en urgence, d’un plan de résilience alimentaire.
A elle seule, l’Ukraine représentait, avant la guerre, 10% des exportations de blé mondiales, 15% de la production de maïs et s’agissant de l’huile de tournesol, 30% de la production mondiale et 50% des exportations mondiales. Les effets de cette guerre sont donc dévastateurs pour des millions de personnes dans les pays fragiles et tributaires des importations, en Afrique comme au Moyen-Orient. Les troupes russes détruisent des infrastructures agricoles et bombardent les terres agricoles tout en imposant un blocus militaire aux ports ukrainiens, dans lesquels se trouvent environ 20 millions de tonnes de céréales ukrainiennes, qui ne peuvent pas atteindre les marchés mondiaux, accentuant, de fait, la pression inflationniste sur les denrées alimentaires.
D’autre part, l’occupation du territoire ukrainien par la Russie ne permet pas aux agriculteurs de semer et d’exporter. Hélas, les prix des aliments de base ne baisseront pas tant que Vladimir Poutine ne mettra pas un terme à cette agression ainsi qu’à son «chantage de la faim». Et ce phénomène ne pourra que s’accroître si la situation n’évolue pas rapidement vers un cessez-le-feu. Le Président sénégalais Macky Sall, en tant que Président en exercice de l’Union africaine, a évoqué les difficultés rencontrées par les pays africains et plaidé la réouverture des corridors alimentaires, lors de sa récente rencontre avec Vladimir Poutine, à Sotchi. Rien n’y fait. La Russie demeure sourde aux appels des peuples africains, en dépit de l’amitié historique qu’elle prétend avoir avec le continent.
Les sanctions occidentales n’impactent pas la sécurité alimentaire mondiale. Alors que la crise alimentaire s’aggrave chaque jour du conflit, la Russie recourt à la propagande pour faire porter à d’autres, notamment l’Europe, la responsabilité de cette situation. Ces allégations sont de la désinformation pure et simple.
Non, les sanctions prononcées par l’Union européenne ne sont pas à l’origine de l’insécurité alimentaire mondiale. Elles sont spécialement conçues pour ne pas cibler les produits alimentaires et agricoles et sont uniquement dirigées contre le gouvernement russe, le secteur financier et les élites corrompues, visant la capacité du Kremlin à financer la guerre d’agression. Et les sanctions n’interdisent pas l’importation et le transport de produits agricoles russes, le paiement des exportations ou la fourniture de semences de la Russie, à condition que les personnes ou entités sanctionnées ne soient pas impliquées dans le conflit.
Que font l’Union européenne et ses partenaires? Face au chantage alimentaire de la Russie, nous, Union européenne et Etats membres, agissons partout où nous le pouvons, pour apporter un appui aux pays et aux populations les plus vulnérables. En Afrique, en tant qu’Equipe Europe, nous comptons mobiliser 1 milliard d’euros pour les régions du Sahel et du lac Tchad et plus de 600 millions d’euros pour la Corne de l’Afrique.
Nous avons mis en place une facilité alimentaire de 225 millions d’euros pour aider nos partenaires en Afrique du Nord, la région la plus dépendante des approvisionnements alimentaires en provenance d’Ukraine et de Russie. En mars, la France, en sa qualité de Présidente du Conseil de l’Union européenne, a présenté l’initiative multilatérale «Farm», pour la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables. Cette initiative vise à maintenir une offre alimentaire mondiale suffisante et accessible, à soutenir la production, dans la durée, des systèmes de production agricole et à renforcer les chaînes de valeurs, tout en œuvrant à éviter toute situation de pénurie.
En République du Congo, l’Equipe Europe est pleinement engagée à soutenir le secteur agricole, afin de stimuler la production et la résilience des systèmes alimentaires. D’une part, il s’agit d’encourager le pays à réduire sa très grande dépendance aux exportations et à améliorer significativement son taux de production agroalimentaire.
D’autre part, l’Equipe Europe souhaite contribuer à la diversification du paysage économique vers notamment un système agroalimentaire durable et résilient. Renforcer l’autonomie alimentaire du pays, tout en créant des emplois décents, est une priorité absolue de notre partenariat. C’est ainsi que de nombreuses actions visant la stimulation de la production locale, par exemple dans les filières manioc, maïs, aviculture, fruit et légumes ou encore cacao sont déjà en cours.
Tous ceux qui veulent limiter la crise alimentaire mondiale déjà à nos portes, doivent nous aider à accroître la pression sur la Russie, pour qu’elle arrête sa guerre d’agression. Ce n’est qu’à cette condition que nous éviterons une catastrophe alimentaire mondiale et au-delà, que nous préserverons la paix si chèrement acquise. Et aujourd’hui, nous devons nous mobiliser, rapidement, collectivement et massivement, pour contrer la menace d’une crise alimentaire latente, causée par les conséquences de la guerre menée par la Russie en Ukraine. Face à cet enjeu planétaire, l’Equipe Europe est convaincue que seule une réponse multilatérale rapide, concertée et globale, peut assurer une offre alimentaire équitable et sécurisée sur l’ensemble des cinq continents.

L’Equipe Europe en République du Congo

Giacomo DURAZZO; François BARATEAU; Wolfgang KLAPPER; Luigi DIODATI; Jean-Paul CHARLIER.

(Le titre est de la rédaction)