Le 7 janvier 2022, les ministres Jean-Marc Thystère-Tchicaya (transports) et Denis Christel Sassou-Nguesso (coopération internationale et partenariat public-privé) signaient à Brazzaville, un mémorandum d’entente avec le Sud-africain Eric Kenneth Mouritzen, président-directeur général de la société Allegiance capital, portant sur 25 millions de dollars américains (près de 15 milliards de francs Cfa), pour la reprise des activités d’Ecair. Mais, l’on ne sait pas si l’investisseur sud-africain, qui est devenu majoritaire dans le capital d’Ecair avec 52% des actions, a bien soupesé les charges de cette compagnie en termes de dette. A moins que l’Etat congolais ait pris sur lui, une bonne partie de ces charges. Quoiqu’il en soit, on n’attend encore de voir la suite: les avions d’Ecair de nouveau dans le ciel. Ecair est une compagnie aérienne créée par la volonté du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, sur la base d’un projet muri à partir de 2007. Il confiera la mise en œuvre de ce projet à son ministre en charge des grands travaux, Jean-Jacques Bouya, qui est de profession pilote. Celui-ci s’adressera à des partenaires européens, notamment l’allemand Luftansa et le suisse Privatair, pour réaliser le projet.
C’est ainsi Ecair fut créé. Compagnie publique? En tout cas, sa directrice générale, Mme Fatima Moussa Beyina, qui était associée à la réalisation du projet de création de cette compagnie aérienne pendant qu’elle était conseillère au Ministère en charge des finances, est nommée en conseil des ministres. Son expérience d’avoir redressé la société A.r.c (Assurances et réassurances du Congo) a milité pour son choix.
Quand elle lance ses vols nationaux, le 26 septembre 2011, en Boeing 737 700, Ecair impressionne par la qualité de ses services. La compagnie innove même avec les messages de cabine en langues nationales, lingala et kituba.
Avec une flotte de sept avions Boeing (dont quatre 737 700, un 767 et deux 757), elle lance ses vols internationaux, à partir du 26 août 2012 sur la ligne Brazzaville-Paris. Le vol sur Dubaï, une destination alors en vogue en Afrique, suit en 2014. Ecair fait alors la fierté des Congolais. La compagnie se veut la vitrine du pays à l’étranger. Mais n’a-t-on pas vu trop grand?
Très vite, le désenchantement pointe son bout du nez. A l’interne, la gestion n’est pas à la hauteur de l’ambition. Au contraire, les anti-valeurs contre lesquelles le pays lutte vont phagocyter la jeune société. On parle de marchés surfacturés, de rétrocommissions, de grand train de vie de ses cadres, de détournements de fonds, etc. Pas d’enquête pour déterminer les maux qui ont miné la gestion de cette compagnie qui avait un bel avenir devant elle.
Les signes avant-coureurs de la décadence sont le retard des vols et le non-repect du programme des vols. Puis suivent les retards de salaires pour ses 750 agents qui, depuis, attendent le paiement de leurs droits. Les problèmes se sont accumulés au fur et à mesure que les années passaient. Certains créanciers du Congo ont même voulu faire saisir ses avions, trouvant que la compagnie est propriété de l’Etat congolais. La compagnie s’en défendait en arguant d’un statut privé, l’Etat congolais n’étant que l’actionnaire majoritaire. Ce sont les dettes auprès des fournisseurs qui finiront par condamner la compagnie au dépôt de bilan.
En octobre 2015, l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et Madagascar) cloue ses avions au sol pour ses arriérés de paiement. C’est la faillite. Ecair croule sous le poids de dettes financières de 85 milliards et 39 milliards de francs Cfa sous forme de «crédit-bail et contrat assimilés». Sa succursale à Paris fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire qui n’en finit pas.
Le 15 janvier 2021, à l’occasion du retour à Brazzaville de l’un de ses quatre Boeing 737 700, après sa révision dans les ateliers d’Ethiopian airlines, à Addis-Abeba, Mme Ingrid Ghislaine Olga Ebouka-Babackas, alors ministre en charge des transports, promettait la reprise progressive des activités d’Ecair, suscitant ainsi un grand espoir chez les travailleurs. Le gouvernement tient à la reprise d’Ecair. A un moment donné, on a parlé de la reprise avec Ethiopian airlines. Puis, plus rien. Au début de cette année, il y a eu l’accord de financement avec une société privée sud-africaine. Mais, est-ce par réalisme ou simple volonté politique? Est-il possible de relancer les activités d’Ecair sans plan de redressement et surtout avec les mêmes acteurs que ceux qui sont à l’origine de sa faillite? On attend de voir le second souffle qu’apporte le partenaire sud-africain.

Jean-Clotaire DIATOU

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