Quand, le 24 septembre 2021, on apprit à Brazzaville, à Pointe-Noire, à Dolisie que l’illustre Dominique Nimi Madingou venait de quitter la terre des hommes, les hommages tant officiels que privés furent chaleureux pour l’enfant d’origine rurale et modeste qui avait gravi, avec les échelons du savoir, ceux de la hiérarchie sociale. Il ne s’agit pas, ici, de fournir son curriculum vitae. J’ai plutôt choisi de me consacrer à un travail qui peut susciter l’intérêt passionné et surtout de désigner l’illustre disparu dans sa substance, le réel, c’est-à-dire tel qu’il a existé.

Dominique Nimi Madingou naquit en 1945, dans la région du Niari (aujourd’hui Département du Niari). On peut dire qu’à ce moment-là, le goût de vivre, on le tenait de ses ancêtres. Sa mère fut un cas du métissage dont le père était originaire de la Cuvette, dans la partie Nord du pays. Cela n’était pas à lui déplaire. Il faisait l’éloge du métissage. C’est très tôt que le drame a fait irruption dans son existence; drame soudain, tragique, irréparable et les souvenirs d’un enfant dont la sœur jumelle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
Ce qui manque surtout à la génération d’aujourd’hui, c’est l’école de la République.
Sur le plan éducatif, la morale congolaise s’est comme dévorée elle-même. Du fait précisément que l’irrationalisme se donne libre jeu, en dehors d’une meilleure observation de la société congolaise.
A l’école de la République, on se mettait à penser avec Jules Ferry: se mettre en rang, faire le silence, apprendre patiemment à lire, écrire, compter, vivre avec les autres dans la communauté en construction. La vie scolaire à Dolisie, tout comme le cursus universitaire à Marseille, n’ont pas pour autant éloigné Dominique de ses racines kunyi. Mais, il fallait vivre loin des parents, pour assurer un modèle de réussite individuelle tenant compte de la question essentielle: capacité individuelle et collective à penser le Congo d’après 1958. C’est naturellement qu’il a suivi l’enseignement général de l’époque, pour les jeunes qui allaient devenir responsables, debout, marchant, fièrement, pour un nouvel humanisme.
En quelques mots, tout est dit: la déclaration de la République de 1958 impose les plus grands desseins visant à améliorer la vie quotidienne des citoyennes. Dominique Nimi Madingou a su, de son poste d’ingénieur expérimenté, œuvrer à restituer cela. Son éducation et sa formation sont écrites avec brio. Edgard Morin disait que l’humain pouvait se construire à partir de plusieurs identités, d’abord avec i minuscule… C’est l’ensemble de ces identités qui donnent l’Identité avec I majuscule. Ce qui correspond à la personnalité, au caractère de l’Homme.
Tout au long de sa vie, Nimi Madingou s’efforçait de se rendre plus digne de ces identités. On pouvait consulter le scientifique et le philosophe. C’était un esprit bien réfléchi. Lui cherchait la vraie connaissance. Ainsi, son âme a avancé peu à peu du moindre au plus grand.
Lors de la Conférence nationale souveraine, en 1991, il s’engage à travailler à la société idéale, la République. C’est ainsi qu’il garantit l’extension de ses connaissances auprès du président du parlement de transition. Il sert la République comme directeur de cabinet de Mgr Ernest Kombo. Et il s’était adressé aux politiques puisque, comme il le disait lui-même, «ils sont toujours occupés à parler du peuple, à faire des recherches sur la Nation et l’Etat providence». Il se rend d’abord auprès d’un sage, Simon Pierre Kikounga-Ngot. Mais, celui-ci lui déclare que cette sagesse ne suffit pas, il faut se joindre à Pascal Lissouba. Ils conçoivent «l’espérance d’une génération», liée à la République démocratique, la pure, en tenant compte de la réalité de la société pour y agir. C’était ce qui allait devenir le terrain indispensable de sa propre expérimentation. Il s’agissait de créer les conditions pour que penser et agir soient réunis. Lorsqu’il participe à la fondation de l’U.-pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), la méthode qu’il y applique, les valeurs qu’il y défend ont vocation à «améliorer à la fois l’homme et la société».
Après une histoire d’une trentaine d’années et le bilan que l’on peut en dresser, la période 2006-2016 apparaît comme l’espace et le temps où l’opposition, la société civile se sont mobilisées pour construire une force politique, consolider la République et doter le Congo de l’Alliance pour la nouvelle République: Upa.d.s; U.d.r-Mwinda (Union pour la démocratie et la République) et R.d.d (Rassemblement pour la démocratie et le développement).
Si Nimi Madingou s’est engagé en politique, c’est qu’il a compris le précepte qui recommande: «Répandre dans la cité les connaissances acquises et faire rayonner nos assemblées, nos officines par le débat politique». Ceux qui échangeaient avec lui le faisaient avec joie. Son intelligence et sa culture étaient supérieures par rapport aux autres. Il a su invoquer les aïeuls comme ses guides vers le beau. Il a su écouter, comprendre les hommes et les choses. Tel qu’il a vécu, tel qu’il a fonctionné, toute sa quête peut être considérée comme une préparation à l’eschatologie et à l’espérance. De ce point de vue, Nimi Madingou est plus qu’un simple exemple à imiter. Il a été le modèle de ce que l’humain peut espérer atteindre par la bonté et l’altruisme, l’amour. Par voie de conséquence, il était logiquement conduit à aimer ce qu’il faisait; à aimer ce qu’il avait; aimer créer pour lui et pour la collectivité; aimer les autres; aimer la vie.

Joseph BADILA

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