Docteur en science politique, Sheri Mubuma Guma Kanha, ancien vacataire à la Faculté de droit de l’Université Marien Ngouabi et membre de l’U.pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), neveu de l’ancien Président Pascal Lissouba, résidant en France, passe au crible la gestion du pays et dénonce un système politique qui règne au Congo. «Pour le P.c.t au pouvoir de 1968 à 1992 et depuis 1997, les particules qui font office de partis politiques ne sont que pour «jouer le jeu» de la démocratie. Tout marche à la baguette et les autres sont au garde-à-vous et obéissent au doigt et à l’œil», pense-t-il. Pour lui, «l’organisation de la concertation politique consacre le leadership chaotique du P.c.t». Interview!

* Monsieur Moubouma, depuis 2009, la classe politique est appelée à une concertation politique avant une élection. Qu’est-ce qui justifie la tenue des dites concertations?
** Brazzaville 2009, Owando 2022, que de temps perdu pour constater la faillite d’un régime carrent. «Concertation», «Dialogue», dans le cas particulier du Congo, ces deux vocables renvoient à une clause non-écrite de politique politicienne qui oblige à des compromissions auxquelles sont conviés les partisans du pouvoir. Les partis et les «individualités» politiques issus du sein ou proches du P.c.t et ceux qui, avec l’U.pa.d.s, font office d’une «opposition» qui ne voit l’alternance au pouvoir le rêve éveillé de ses dirigeants.
Rappelons que celle-ci n’existe qu’à l’effet d’une injonction du président du Comité central du P.c.t, suivi du décret du Chef de l’Etat. Ensemble, ils sont condamnés à la servitude politique sous la bauge de celui-ci. C’est en cela qu’ils ont l’impérieux devoir de porter en bandoulière le projet de dévastation du Congo. Ces formations prétendument partisanes ne sont représentatives de rien. Elles n’ont que la charge implicite de forcer le trait sur la politique du régime, en échange des avantages de protocole et autres destinés au contentement du personnel politique.
Ne gérant aucun clivage idéologie et/ou politique, on peut dire qu’il n’y a d’opinion que celle des acteurs politiques convaincus de la nécessité de promouvoir les intérêts et de favoriser les attentes égoïstes du pouvoir établi. Ceci explique la corruption qui prospère autour du marché juteux des suffrages, des postes et des «enveloppes» bourrées d’espèces sonnantes et trébuchantes. On le voit bien à l’occasion des échéances électorales qui consacrent automatiquement le leadership chaotique du P.c.t. Dans le contexte politique actuel, la démocratie est dans les bas-fonds de la corruption qui gangrène le champ et la vie politiques de ce pays. Les partis y sont sans relief politique. Les éléments pertinents qui fondent leur identité, sont presque essentiellement de type paroissial, parce que claniques, d’encrage régional avéré.

* La raison d’être de la démocratie, c’est le pluralisme des partis politiques, afin de favoriser le débat. Malheureusement au Congo, le débat est étouffé et laisse la place à la corruption de l’élite et du pouvoir. Partagez-vous cet avis?
** Les partis politiques congolais sont des organisations sans relief politique certain. Elles n’ont d’intéret que les dividendes avec lesquels le pouvoir achète le silence et l’alignement des élus du peuple et des cadres des partis de l’opposition. Le jeu de loterie auquel ils se livrent montre que la politique est un jeu et non un sacerdoce. Car la politique, c’est comme du miel pour attraper les mouches. De démocratie, il n’y en a pas non plus. On assiste à une formule bien congolaise qui consacre le pluralisme monolithique au dépend du monopartisme démocratique.
Dans le premier cas, le P.c.t reste le parti au pouvoir entouré de la multitude qui fait illusion. Quant au second, c’est le règne du parti-Etat sur le modèle du parti révolutionnaire de type marxiste, à la différence que des partis qui lui sont proches et conservent leurs étiquettes, tout en restant liés au parti au pouvoir. Le système politique entièrement tenu de main de fer par le P.c.t dont les autres formations ne comptent que pour jouer le jeu de la démocratie pluraliste. Tout marche à la manière du P.c.t de l’ère du parti unique.

* Quelle jeunesse souhaitez-vous voir émerger au Congo?
** La jeunesse, quant à elle, est la principale victime de ce cauchemar éveillé. Elle est sacrifiée aux caprices du pouvoir. Elle s’adonne à l’alcool, à la drogue, etc. Elle se contente du peu qui croise sa route. En un mot, la jeunesse vouée aux gémonies d’une élite du pouvoir coupable et comptable de cette dérive. Elle ne se rend pas sinon elle fait de ne percevoir la fin qu’à travers la jouissance et la destruction du Congo. Dans un pays où rien ne marche pas du tout et dans lequel aucune lueur d’espoir n’apparaît, le silence n’augure rien de bon. Il lui suffit de se donner un objectif et de changer de fusil d’épaule, en revenant aux seules valeurs qui prônent notre devise: Unité sans laquelle le Congo sera un pays perdu; Travail sans lequel l’homo congolensis, pendant qu’il est tourné vers le passé, n’aura de regard que le présent et l’avenir des autres; Progrès, sans lui, notre pays ne sera plus qu’un abîme sans fin. L’espoir, c’est maintenant. Demain, il sera trop tard.

Propos recueillis par
Chrysostome
FOUCK ZONZEKA