Congo – France

Sassou – Macron: une audience devenue l’arbre qui cache la forêt ?

Après sa participation au sommet Etats-Unis/Afrique, le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, a marqué une escale à Paris où il a effectué un séjour privé, qui s’est terminé, jeudi 22 décembre 2022, par un tête-à-tête avec son homologue français, Emmanuel Macron, qui l’a reçu au Palais de l’Elysée. Selon nos confrères de Jeune Afrique, l’unique média classique à rendre compte, quelques heures après, de l’entretien, les deux Chefs d’Etat ont abordé comme thèmes, entre autres, «l’Est de la RDC, la Centrafrique, la Libye et la protection de la biodiversité dans le Bassin du Congo». Et dans les relations bilatérales, rien ne s’est dit? Cette rencontre était au cœur d’un enjeu qui témoigne de la santé des relations franco-congolaises, sur fond de rivalités politiques au Congo dont l’expression dans les médias sociaux a pris l’allure d’une guerre de communications.

C’est un soulagement, du côté de la Présidence de la République, que le Chef de l’Etat ait pu boucler son séjour parisien, par une rencontre tant attendue, avec son homologue français. Le suspense était effectivement long. Longtemps annoncée et reportée, la rencontre entre les deux Chefs d’Etat était devenue improbable. Arrivé dans la capitale française le samedi 17 décembre, en provenance des Etats-Unis, le Président Denis Sassou-Nguesso a dû attendre jusqu’au jeudi 22 décembre, pour enfin saluer le maître des lieux. Officiellement, l’agenda du Président français n’offrait pas la possibilité d’une rencontre si tôt. Emmanuel Maron était au Qatar pour soutenir son équipe à la finale de la Coupe du monde, puis il a passé une journée avec ses soldats sur le porte-avions Charles De Gaulle. Bref, son calendrier était chargé, comme on sait le dire.

Denis Sassou-Nguesso a dû prendre son mal en patience. Pendant ce temps, les opposants et autres résistants de la diaspora congolaise de France se sont fait les choux gras de ce qu’ils considéraient déjà comme le refus du Président français de recevoir son homologue congolais. Et c’était pour eux la preuve que Paris lui a tourné le dos. Et ce ne sont pas les raisons qui manqueraient: le refus d’accorder une grâce au général Mokoko; le manque de dialogue avec l’opposition; les difficultés du processus électoral; le paiement des créances des entreprises françaises; l’activisme débordant des résistants de la diaspora congolaise, etc. Il y en a qui sont même allés loin, parlant des signes de fin de règne.

Et puis, jeudi 22 décembre, le reportage de la presse présidentielle congolaise, qui rend compte de l’entretien entre les deux Chefs d’Etat à l’Elysée, a servi de démenti à toutes ces spéculations. Surtout qu’on voit sur le reportage, l’accueil chaleureux d’Emmanuel Macron à son hôte, descendant les marches du perron de l’Elysée pour le recevoir à la sortie de la voiture, appuyée d’une accolade de grands amis. Mais, est-on réellement sous un ciel bleu dans les relations entre le Congo et la France?

La question vaut la peine d’être soulevée. Côté officiel, les discours des deux parties ne laissent l’ombre d’aucun doute sur les bonnes relations entre les deux pays. «Le Congo et la France partagent une histoire commune, mais surtout une volonté d’avancer ensemble vers un avenir en commun», a confié, par exemple, Chrysoula Zacharopolou, secrétaire d’Etat française chargée du développement, de la Francophonie et des partenariats internationaux, lors de sa visite de travail à Brazzaville, du 19 au 22 décembre dernier.

Mais, dans les faits, il y a des signes qui semblent dire que la volonté d’avancer ensemble n’est pas toujours affichée. Il n’est pas sûr qu’Emmanuel Macron aurait pu faire attendre aussi longtemps le Sénégalais Macky Sall ou le Congolais Félix Tshisekedi, s’ils étaient de passage à Paris pour le voir. Et puis, la rencontre avec le Président Sassou-Nguesso s’est faite comme sur un service minimum: le rendez-vous n’a pas été annoncé dans l’agenda de l’Elysée et on n’a pas relevé de présence de la presse française comme France24 ou Tv5. Ça fonctionne maintenant à «titre officieux», comme l’a d’ailleurs constaté Jeune Afrique.

A côté de cela, on peut remarquer, depuis l’intervention houleuse de l’ancien ministre Yves Le Drian, sur la libération du général Mokoko, que les membres du gouvernement congolais ne sont pas souvent reçus par leurs homologues français à Paris, sinon que par des subalternes. Pour un refus poli ou diplomatique, on peut toujours parler d’agendas chargés. Pourtant, à Brazzaville, la secrétaire d’Etat Chrysoula Zacharopolou a été reçue par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, le Président de la République, qui devait la recevoir en audience, étant hors du pays. La réciprocité à Paris relève aujourd’hui du rêve.

De l’autre côté, on peut épingler l’absence du Président congolais à la cinquième édition du Forum de Paris sur la paix qui s’est tenu du 11 au 12 novembre 2022, sur le thème: «Surmonter la multicrise». Son homologue français l’y aurait invité, comme le Président Umaro Sissoco Embaló de Guinée-Bissau, qui y était. Faut-il espérer que le Président Macron foulera le sol congolais en avril 2023, comme cela est annoncé, «à titre officieux», par Jeune Afrique? La dernière visite d’un Président français à Brazzaville, capitale de la France-Libre qu’on a repris à célébrer depuis quelques années, remonte à mars 2009. Nicolas Sarkozy revenait de Kinshasa, la capitale du Congo voisin, par hélicoptère, pour atterrir dans l’ex-Congo français, où Denis Sassou-Nguesso lui avait réservé un accueil triomphal, alors qu’il avait encore le deuil de sa fille aînée qu’il venait de perdre.

Ceux qui doutent de l’annonce de l’arrivée d’Emmanuel Macron à Brazzaville regarderont scrupuleusement le Site officiel de l’Elysée, pour s’en convaincre. Car, malgré les discours officiels, il y a tout de même des plombs dans les ailes des relations franco-congolaises. Ça ne vole plus haut! Entre les deux partenaires historiques qui s’estiment pourtant bien au regard des échanges intenses entre leurs deux peuples, il y en un qui est mécontent, ou en tout cas les deux sont mécontents l’un de l’autre. Allez-y savoir pourquoi.

Jean-Clotaire DIATOU