Revenir sur la civilisation aujourd’hui, alors que la Russie vient d’envahir l’Ukraine, est une bonne manière de tamiser les idées reçues. Depuis le 24 février 2022, le monde a découvert l’ampleur de la cruauté du régime de la Russie. Poutine ne cache pas sa férocité d’écraser ce qu’il considère comme le mouvement démocratique engagé par l’Ukraine depuis 2014.Avant la Russie de Poutine, il y a eu l’U.r.s.s (l’ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques), l’Etat fédéré proclamé le 30 décembre 1922. Pendant 74 ans, l’existence qu’adopte l’U.r.s.s est très mouvementée. L’U.r.s.s s’est opposée au courant humaniste qui dresse le peuple-roi au centre de la cité. Son régime est marqué par des purges, éliminations politiques et physiques. Dans la société de l’U.r.s.s, la pensée unique était devenue la règle. En 1945, l’U.r.s.s sort épuisée de la guerre.
En 1991, la Russie hérita des prérogatives internationales de l’ex-U.r.s.s. Les bases de la dictature du prolétariat furent établies. Auparavant, les dégâts occasionnés par le régime de Staline sont énormes. Il usa de tous les moyens de terreur: exécutions; procès truqués; déportations massives; culte de la personnalité. Il aura fallu attendre l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l’U.r.s.s. C’est lui qui donnera le coup de pied à la fourmilière, en donnant l’impulsion à de profondes réformes qui déboucheront à l’effondrement de l’U.r.s.s.
Du fait de la Révolution de 1917, le passage de la guerre à la fin de la guerre fut marqué par une césure profonde, la guerre froide. Mais, l’occident avait clos sa période d’instabilité et de violence, grâce à la démocratie et à la liberté politique des régimes parlementaires.
Le problème crucial, hier comme aujourd’hui, des relations entre la Russie et l’occident (Etats-Unis, Union européenne), trouve ses racines dans le communisme qui, depuis 1917, produit une formulation politique violente. La Russie subit les influences du communisme. Pays de Dostoïevski, penseur religieux, la Russie n’a plus proclamé la valeur suprême de l’âme humaine. La Russie à l’heure actuelle n’est pas ce qu’elle devrait être. Poutine n’a pas réussi à la transformer. Le souci primordial des dirigeants de l’Ukraine est de dire non à l’influence de la Russie et de Poutine.
Volodymyr Zelensky, le Président de l’Ukraine, trouve qu’il est nécessaire d’apprendre à penser et à faire la politique autrement. L’agressivité de la Russie devient insupportable. Les Ukrainiens sont fascinés par l’expérience intellectuelle de l’occident. Ils la trouvent fructueuse. En effet, c’est sur cette politique-là que toute l’Ukraine est mobilisée. Cette politique qui puise sa substance dans les œuvres des philosophes, celles de Socrate, de Platon et tant d’autres qui constituent des références constantes. C’est dans la dialectique que ces philosophes fondent l’espoir d’une action politique salutaire, c’est-à-dire à même d’exercer une action bénéfique, bienfaisante, profitable pour le peuple.
La leçon est parlante: nous avons besoin de l’idée du bien. Cette idée du bien est l’ultime pour sauver l’Etat. Car, le meilleur régime est celui qui permet à l’individu de tendre vers l’universel, c’est-à-dire le mieux possible. C’est pour la civilisation, l’unité dans la diversité que les Ukrainiens refusent l’aliénation de leur terre, de leur liberté. Ils ne veulent perdre ni l’affection, ni la sympathie qu’ils ont du monde libre.
Entre les dirigeants russes et les dirigeants ukrainiens, l’antagonisme est profond. Entre le libéralisme et la dictature, il y a ceci, chez les Ukrainiens: ni dans l’ordre économique, ni dans l’ordre politique, la politique pratiquée par Vladimir Poutine est incapable d’assurer, dans la société, un ordre compatible avec l’épanouissement de la personne humaine. Pour les Ukrainiens, c’est clair: il faut changer la société. Les Ukrainiens ont fait le choix d’une société pourvoyeuse de bonheur. D’ailleurs, n’est-ce-pas ce à quoi faisait allusion le Président Denis Sassou-Nguesso, en parlant de l’Etat-protecteur?
Si on passait des discours aux actes, une vision nouvelle se dégagerait pour le Congo. Rien d’impossible à cela. En tout cas, notre civilisation contemporaine ne donne-t-elle pas à voir une stratégie mobile, un ensemble multiple de relations, un équilibre entre Majorité et Opposition? Loin de la domination, de la violence destructrice, comment créer des savoirs et des actions prometteurs?
En ce qui nous concerne, nous autres Congolais, notre Etat-protecteur s’est trouvé de plus en plus explicité à partir de 1958: la société congolaise tout entière repose sur l’unité, le travail et le progrès. Ce qui demeure encore une tryptique abstraite, tant le réel est plus difficile à vivre, à palper. Pour le peuple, la vérité est ce qui marche bien, qui s’attache essentiellement à l’action. Notre tryptique demeure sans vitalité, sans énergie, sans ardeur, sans dynamisme.
Dans ces conditions, la vie politique est sans vigueur. Notre République est de plus en plus sous pression entre une majorité boulimique, avec un appétit pathologique, et une opposition atrophiée, empêchée de se développer politiquement. C’est une crise préoccupante, paralysant qui exténue le processus démocratique avec tous les travers de son anormalité, non seulement source de frustration et de division, mais aussi source de régression et de décadence.
Revenons à nos moutons, pour reprendre l’expression populaire. Mais, qu’est le grand principe de la civilisation, sinon celui de satisfaire l’ensemble des phénomènes sociaux, religieux, intellectuels, artistiques, scientifiques et techniques propres à un peuple et transmis par l’éducation? Les Ukrainiens, si attachés à la démocratie depuis 1991, rejettent ce qui relève de la tyrannie. A la place du pouvoir autocratique, les Ukrainiens privilégient les urnes, convaincus que c’est ça la voie du progrès. Faut-il voir dans l’esquisse, la formulation de l’idéologie du progrès, avec une majuscule, l’idée du progrès qui anime l’œuvre de Condorcet, celle des progrès de l’esprit, du dynamisme intellectuel de «l’espèce humaine…», car, dès l’instant où l’esprit est cohérent, on peut percevoir un monde cohérent, percevoir et agir, coexister et habiter le monde.

Joseph BADILA

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