Profitant d’un stage de presse de cinq jours à Paris, en France, nous nous sommes rapproché de Roger Ndokolo, président du parti du centre, Unirr (Union pour la refondation républicaine). Lors du séjour du gouvernement à Paris, il avait posé au Premier ministre Collinet Makosso, une question concernant le droit de vote des Congolais de l’étranger. Dans l’entretien que nous avons eu avec le président de l’Unirr, il revient sur la vision qui l’a conduit à créer un parti et sur le phénomène de fake news qui a envahi les réseaux sociaux congolais. Interview!

* Monsieur le président de l’Unirr, vous vivez en France et vous avez créé un parti. Est-ce une manière pour vous de rester en connexion avec les affaires politiques du pays?
** J’ai eu le privilège de travailler avec le Professeur Côme Mankassa de qui j’ai beaucoup appris. Je lui dois ma formation politique. Lui-même n’était pas un politicien, au sens ordinaire, mais un homme de réflexion qui portait en lui une vision pour le Congo. Un intellectuel engagé, soucieux de l’avenir de son pays. A force de le côtoyer, j’ai, en outre, fini par prendre la mesure de son sens de l’amitié. Ceci dit, je suis un citoyen congolais, comme tous les autres, néanmoins en exil. Mais, c’est un exil relatif, car il ne m’éloigne nullement des réalités de mon pays natal et des problèmes concrets auxquels mes compatriotes font face quotidiennement. Je dirais même que la distance géographique agit comme un miroir qui me permet de percevoir avec plus de netteté le contour des réalités et des problèmes.
J’ose ajouter, sans prétention aucune, que le détachement me donne ainsi l’occasion de réfléchir, à tête reposée et en profondeur, à bien des questions liées à l’évolution de mon cher pays. Comprenez-moi bien: je ne prétends pas avoir trouvé la clef des problèmes, je dis seulement que j’y consacre ma réflexion. Et comme cette réflexion doit être au service de la Nation, mon souhait est de participer, un jour, le cas échéant, à la mise en œuvre de solutions innovatrices au bénéfice du peuple congolais.

* Lors de la rencontre citoyenne du Premier ministre Anatole Collinet Makosso avec la diaspora congolaise, vous avez surpris tout le monde en posant une question relative au droit de vote des Congolais de l’étranger, reconnu par la Constitution, mais jamais mis en œuvre. Dans cette lancée, il existe un portefeuille ministériel des Congolais de l’étranger. N’est-il pas possible d’obtenir un jour une ou des circonscriptions électorales des Congolais de l’étranger, pour que la diaspora ait un ou deux députés, un ou deux sénateurs siégeant au parlement à Brazzaville?
** Quand on parle d’un peuple, on ne peut exclure sa diaspora. Elle porte l’expérience de vie de ce peuple au-delà du contexte géographique et sociologique où elle a pris corps. Et elle l’enrichit des expériences d’ailleurs. Elle contribue au brassage des peuples et des cultures. Et s’enrichissant des apports extérieurs, la diaspora enrichit aussi le monde autant que le pays d’origine.
Beaucoup d’observateurs s’arrêtent à l’aspect matériel, aux envois d’argent aux parents qui sont restés au pays. Ce qui, certes, est d’une importance parfois cruciale. Mais, ils ne devraient pas, pour autant, perdre de vue cet autre aspect que Léopold Senghor a joliment appelé «le rendez-vous du donner et du recevoir». Ceci est une introduction à votre question à laquelle je vais répondre plus directement en disant d’abord ceci: il est juste et bon que la diaspora congolaise, tout en baignant dans l’ailleurs, demeure rattachée à ses racines. La meilleure métaphore à cet égard est celle de l’arbre dispensant de l’oxygène au monde, mais debout, ferme dans le sol où il a été planté. Il est important que notre diaspora participe, d’une manière appropriée, à la gestion des affaires du pays d’origine. Je ne vous dirai pas s’il faut un ou deux députés ou sénateurs issus de la diaspora ou même s’il faut un ministère entier ayant celle-ci pour champ d’action.
J’ai eu l’opportunité de poser la question à notre Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, à la rencontre citoyenne qu’il avait lui-même voulue, facilitée dans son organisation par l’ambassadeur Rodolphe Adada et tant souhaitée par la diaspora, «Envisageriez-vous, dans la perspective des élections législatives de l’année prochaine, la création des circonscriptions à l’étranger et son droit de vote qui est au demeurant constitutionnel»?
Dans sa réponse, le Premier ministre, chef du gouvernement nous a rassurés entre autres pour cet aspect, en précisant que dans six mois, ce serait trop juste pour la mise en place de cette évolution du cadre électoral. Mais qu’il traitera ce problème après les élections. Il nous a annoncé qu’un commissaire venait d’être nommé à cet effet.
L’essentiel se pose en termes de participation effective et, donc, politique aussi, aux affaires du pays d’origine. C’est ainsi, à mon avis, qu’on évitera que notre diaspora ne devienne indifférente au sort du pays et, à la longue, étrangère à ses propres racines, coupée de la sève nourricière de sa culture d’origine. Les Congolais de l’étranger doivent rester des arbres vivants et non devenir du bois mort. Je milite à mon niveau pour cette noble cause.

* Que pensez-vous de la luttte contre les fake news dans les réseaux sociaux? Est-ce qu’une institution comme le Conseil supérieur de la liberté de communication peut jouer un rôle, suivant ses missions, dans la lutte contre ce phénomène?
** Les fake news envahissent surtout les réseaux sociaux. La prudence doit toujours être de mise: ne jamais prendre pour argent comptant tout ce qui tombe sous les yeux, mais prendre le temps de vérifier, de recouper les faits allégués. La transparence apparaît comme le meilleur remède. Tout ce qui est caché suscite une grande curiosité et peut donner lieu à des phantasmes morbides. La nature a horreur du vide. Et les gens inventent à défaut de savoir. C’est là l’origine de ce qu’on appelle les théories complotistes qui fleurissent notamment sur l’origine et la nature de la covid-19. Ce n’est certes pas à moi de donner des conseils au Conseil supérieur de la liberté de communication. Je crois que ses membres ont été choisis en fonction de leurs compétences. Faisons-leur confiance.

Propos recueillis à Paris (France),
par Chrysostome FOUCK-ZONZEKA

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