Rencontre du Premier ministre avec les opérateurs économiques

Protéger le consommateur, sans sacrifier les autres acteurs économiques

Le Premier ministre chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso, a tenu, samedi 14 janvier 2023, une rencontre avec les opérateurs économiques de Pointe-Noire (industriels, importateurs, chefs d’entreprise, commerçants…), et les auxiliaires de transport (transitaires, acconiers), en présence des autorités locales et des représentants de l’administration publique (douane, impôt), pour faire le point, à mi-parcours, de l’exécution du plan de résilience à la crise alimentaire, mis en place par le gouvernement. Au cours de cette rencontre où il était accompagné du ministre d’Etat Alphonse Claude N’Silou, ministre du commerce, des approvisionnements et de la consommation, du ministre de l’économie et des finances, Jean-Baptiste Ondaye, et du ministre Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes, en charge du développement industriel et de la promotion du secteur privé, le Premier ministre a expliqué pourquoi le gouvernement a été conduit à bloquer les prix des produits alimentaires courants. Pour lui, la politique économique du gouvernement à travers le plan de résilience consiste à protéger le consommateur, tout en ne sacrifiant pas les autres acteurs économiques, savoir les commerçants, les importateurs, les industriels, etc. Ci-après l’intégralité de son propos.

«Cela est dictée par la volonté commune que nous avons, de développer l’économie, d’aller vers la croissance. Le développement économique et la quête de croissance que nous avons ne peuvent se faire que par le biais d’un outil d’hommes et de femmes engagés dans le secteur privé. Et c’est à ce titre que nous organisons, régulièrement, ces rencontres, pour échanger, pour qu’à chaque étape, nous fassions le point de notre collaboration, mais surtout de notre implication dans le développement de l’économie nationale. Vous êtes les acteurs les plus importants du développement économique de notre pays et il faut qu’on s’assure que votre collaboration avec les administrations publiques aussi est saine, parce que si elle ne l’est pas, aucune affaire ne saurait prospérer.

Les participants à la rencontre.
Les participants à la rencontre.

Depuis 2020, comme vous le savez, les économies de tous les pays du monde font face à une succession de crises. Nous n’avons plus besoin de rappeler la nature de ces crises multiformes: économique, financière, sécuritaire, sanitaire, diplomatique… Mais, toujours est-il qu’après la crise sanitaire résultant de la pandémie à covid 19 qui a causé un arrêt de production dans plusieurs pays et ralenti votre élan du développement des affaires, qui a fait fermer les usines, nous voici encore aux prises à une crise très difficile, qui a provoqué une forte poussée inflationniste ayant obligé les Etats à vite réagir, pour ne pas perdre le contrôle, parce que, si à toutes ces crises devrait s’ajouter la crise populaire, faite d’une mauvaise appropriation, par le peuple, des situations que nous connaissons, je crois que ça serait la fin des haricots. Ce serait la fin totale de l’économie.

Les Etats, à travers le monde, ont dû réagir avec promptitude, à la suite du déclenchement de la crise russo-ukrainienne, pour essayer de contenir la menace qui pointait à l’horizon. Dans cet environnement chaotique mondial, oui, le Congo a subi une forte inflation importée, du fait de sa dépendance quasi-totale de l’extérieur. L’inflation nous a frappés de façon sévère et pour la contenir, pour lutter contre la vie chère, le gouvernement a dû réagir, en mettant en place un plan de résilience, à l’effet d’atténuer tout le choc inflationniste qui se caractérisait par la hausse des prix des produits de première nécessité. Et on a bien vu que le panier de la ménagère a dû en prendre un coup. On a eu à agir sur tous les éléments de l’économie, sur les importateurs, sur les industriels, sur les transporteurs, sur les acconiers, mais aussi sur l’Etat lui-même.

A travers le plan de résilience, le gouvernement avait voulu, aussi, pourquoi pas, si nous nous étions bien organisés, nous aurions bien voulu transformer cette crise en opportunité. Sachant qu’on dépendait totalement de l’extérieur, il fallait envisager peut-être le développement d’une économie de substitution, voir comment on pouvait travailler ensemble, pour amener les Congolais à produire, déjà par eux-mêmes, un certain nombre d’aliments qu’ils faisaient venir nécessairement de l’étranger. Et dans la politique du gouvernement, effectivement, vous avez eu des axes qui comprenaient, dans un premier temps, la politique de substitution des importations. Ensuite, la facilitation du transport des produits de base de leurs bassins de production vers les foyers de consommation.

Une vue de l'assistance.
Une vue de l’assistance.

Mais, vu l’urgence, il fallait œuvrer pour la stabilisation des prix des produits alimentaires et agricoles. Et c’est cette politique de stabilisation des prix qui nous a conduits à œuvrer, avec vous, pour que nous puissions conjuguer les efforts, apporter, chacun, sa contribution, accomplir, chacun, sa part de sacrifice, de sorte que le consommateur final ne puisse pas subir le coup de la crise alimentaire. Il nous est arrivé jusqu’à, peut-être pas structurer les prix, mais à définir une forme de mercurial, peut-être sans concertation. Mais vu l’urgence, on n’avait pas de choix, parce que, dès que la crise a été déclenchée, le gouvernement s’est réuni à plusieurs reprises et a procédé, en juin 2022, à l’élaboration de ce plan de résilience qu’il a circonscrit dans une période de douze mois, démarrant de juillet 2022 à fin juin 2023.

On venait d’accomplir les six premiers mois avec beaucoup d’efforts consentis de part et d’autre, je me dois de le reconnaître, mais aussi avec beaucoup de quelques ratés et de ce point de vue, je ne sais pas si je dois dire de part et d’autre. Mais, toujours est-il qu’on a eu quelques ratés qui ont fait réagir la population. Il nous a fallu très vite réagir pendant le mois de décembre qui aurait servi certainement de prétexte à toutes les forces centrifuges susceptibles d’exploiter les plaintes, les lamentations des populations, d’exploiter malicieusement les lamentations des populations, à une période de ce genre, pour nous faire vivre des situations peut-être qu’on n’aurait pas pu contrôler. Le gouvernement a dû réagir là aussi avec beaucoup de promptitude, pour essayer de contenir la menace. Cela a-t-il été bien accueilli? Cela a-t-il contribué à freiner l’élan économique, à booster la consommation?

Nous sommes peut-être à l’étape de pré-évaluation ou d’évaluation à mi-parcours. Six mois d’exécution du plan de résilience devraient nécessairement nous donner l’occasion de faire le point du parcours que nous avons accompli ensemble, étant entendu que la crise russo-ukrainienne ne s’arrête pas et avec elle la crise économique, financière, alimentaire et tout le reste.

Le gouvernement s’est réuni en séminaire, -comme vous le savez, nous avons un séminaire tous les trois mois-, et il a appelé à s’interroger sur la mise en œuvre du plan de résilience, dans le cadre d’une évaluation à mi-parcours. Le gouvernement avait jugé qu’il était important d’élargir la réflexion aux acteurs économiques que vous êtes, pour qu’ensemble nous apprécions, à leur juste mesure, les mesures qui ont été prises, nous en tirions les conclusions, en consolidant les mesures qui participent à l’amélioration de l’économie de la consommation, de la relance et pourquoi pas revisiter les autres mesures qui pourraient être un frein au développement. Pour sa part et vous ne devez pas l’ignorer, le gouvernement s’est privé d’importantes ressources au travers des exonérations qui ont été accordées, des subventions qui ont été faites aux acteurs économiques. Il s’est privé d’importantes ressources, grevant ainsi son budget pour soutenir le plan de résilience.

De votre côté aussi, nous savons que vous avez subi le poids des matières premières qu’on fait venir de l’étranger; vous avez subi le poids des produits que vous devrez faire venir, au point où, confrontés à la réalité des prix imposés par le gouvernement, on a eu l’impression que vous travaillez presqu’à perte. Le gouvernement en a conscience. Vous avez été confrontés aussi à un certain nombre de facteurs imposés par un comportement parfois incivique de nos agents, possible, ne vous ayant pas permis de mettre en œuvre, comme il se devait, les mesures du gouvernement.

C’est l’occasion de faire le point de tout cela, pour que nous puissions rectifier le tir, parce que nous avons encore six mois d’endurance, pour tenir le cap que s’était fixé le gouvernement dans l’intérêt du peuple. Six mois qui devaient nous emmener jusqu’en juin 2023.

L’inflation est un impôt qui nous est imposé de l’extérieur, que nous subissons tous et qui ne devrait être laissé à la charge d’une seule partie. L’inflation est un impôt qui nous est imposé et qui doit être partagé par l’ensemble des acteurs économiques, pour ne pas trop subir le poids. Parce que si on laisse cet impôt à la charge du consommateur seul, le risque est grand de vivre ce que nous pouvons craindre: ça peut tuer l’économie. Non seulement ça peut tuer l’économie, mais encore ça peut déséquilibrer les systèmes politique, social, économique. Ça peut tout déstructurer. Suivez mon regard et vous savez de quoi on parle.

Le consommateur est le dernier à devoir subir l’impôt inflationniste. Il doit être celui que nous devons protéger le plus, si nous voulons que l’économie puisse continuer à, fonctionner et avec elle, le système politique qui garantit le bon fonctionnement de l’économie. Des exemples à travers le monde, nous les connaissons. Dans des pays que nous visitons souvent, on est arrivé à décapiter un roi, pour l’augmentation du prix du pain. Dans les pays que nous visitons souvent, on est arrivé à paralyser la vie économique pendant des années, par un phénomène dit des gilets dont je ne déterminerai pas la couleur. C’est pour cette raison que nous veillons toujours à ce que le consommateur soit protégé.

Mais, protéger le consommateur ne veut pas non plus dire qu’il faut sacrifier le commerçant ou l’importateur. Si l’on sacrifie le commerçant, il peut créer la pénurie et le consommateur va toujours souffrir. Si on sacrifie l’importateur, il peut fermer et l’Etat ne pourra toujours pas avoir ses taxes de douane, l’impôt qu’il recherche. On va compter sur l’industriel, mais il faut bien qu’il fasse venir la matière première ou d’autres intrants.

Donc, à la vérité, nous tous embarqués dans le même bateau et nous avons l’obligation de nous accorder et de nous entendre. Nous avons l’obligation de comprendre qu’en cette période conjoncturelle, il faut que chacun de nous accomplisse sa part, porte une partie de la charge, une partie du fardeau, pour que nous puissions sortir de cette épreuve, tous, à l’horizon 2023, indemnes. C’est l’objet de cet échange. Le Congo fait sa part. Ce qui a amené le Président de la République à faire le déplacement de Washington, entre autres, jusqu’à discuter personnellement avec la directrice générale du Fonds monétaire international. Et sur la base de l’accord que nous avons, en vue de la facilité élargie de crédit, commander que nous puissions procéder à la déréglementation des prix de certains produits. Pour dire simple, qu’on puisse procéder à l’augmentation des prix de certains produits, pour réduire les subventions qui tuent l’économie congolaise. La volonté du Congo de toujours soutenir le consommateur, de toujours venir à la rescousse du consommateur fait que le gouvernement est obligé de subventionner à grands frais les produits de première nécessité comme l’électricité, l’eau, le carburant.

Depuis 2014 et peut-être même bien avant, mais je prendrai simplement la période qui nous beaucoup plus proche, depuis 2014, nous sommes en constante discussion avec nos partenaires, les institutions de Bretton Woods qui, ne comprenant pas notre modèle économique, nous demandent de supprimer ou de réduire les subventions que nous accordons au peuple, pour faire bénéficier à ce dernier, des prix souples en matière de consommation d’électricité, d’eau et de transport public, notamment de carburant. Le premier programme que nous avons conclu en 2019 a été arrêté comme vous le savez, pour entre autres raisons, les difficultés éprouvées par les autorités congolaises de mettre en œuvre les réformes particulièrement portant sur ces augmentations des prix.

Le peuple congolais a fait le choix, à la demande du Président de la République, de se remettre en programme avec le Fonds monétaire international. Nous avons tous salué le retour de cette relation avec le Fonds monétaire international, lorsque nous avons conclu le nouveau programme, en vue de la facilité élargie de crédit en 2022. Mais, il était assorti des mêmes contraintes qui devait nous amener à procéder à l’augmentation des prix de l’électricité, de l’eau et particulièrement pour 2022 du carburant à hauteur de 65% ou à un minimum de 50%. Fallait-il s’y opposer avec le risque d’arrêter le programme? Fallait-il y accéder avec le risque de mécontenter son peuple? Le dilemme était fort. Le Président de la République a dû prendre la question sur lui et se substituer au gouvernement, pour aller discuter sérieusement de la question avec le Fonds monétaire international, après s’être opposé à une augmentation, parce que nous sommes dans le cadre du plan de résilience, on ne peut pas se le permettre. La rude bataille nous a amenés à obtenir une augmentation du prix du carburant à hauteur de 5%, contre 50% minimum que nous réclamait le Fonds monétaire international.

Tout cela parce qu’il nous faut consentir les efforts pour continuer à préserver les intérêts du consommateur et du citoyen particulièrement. Quand on voit ce qui se passe autour de nous, quel est le niveau d’augmentation, on peut imaginer quels sont les efforts que fournit le gouvernement pour limiter les dégâts. Nous parlons du consommateur, oui, mais pas que le particulier, mais c’est négocier dans l’intérêt de nous tous, commerçants, importateurs, industriels ainsi de suite.

Je voulais simplement, par ces mots, planter le décor, pour nous dire que nous avons besoin d’avoir avec vous un échange franc et fécond, en cette période d’évaluation à mi-parcours du plan de résilience, pour que, pour les six prochains mois, nous puissions parler le même langage et que nous puissions nous accorder sur ce qu’il faut réellement pour sauver notre économie. Les ministres qui sont avec moi complèteront mon propos, mais sans doute lorsque nous vous aurions écoutés, pour qu’ensemble nous puissions être au même niveau d’information et que nous puissions, ensemble, identifier les points qui devront nous aider à poursuivre notre marche. Je vous remercie de votre attention».

Propos recueillis par Urbain NZABANI