Un classement de cent femmes les plus influentes en Afrique en 2021 a été fait par «Advance média», une agence de marketing et de notation spécialisée dans le classement des personnalités les plus réputées en Afrique. Ces femmes proviennent de 28 pays et ont été évaluées dans huit catégories d’activités. Nous vous présenterons juste un échantillon de ces femmes présentées comme des modèles pour la jeune génération.

Ainsi, la première catégorie intitulée, «Leadership économique», compte 20 femmes. Nous avons retenu les noms de cinq francophones telles que: l’Ivoirienne Laureen Kouassi-Olsson, l’une des grandes figures de la finance en Afrique. Ancienne directrice générale du capital investissement Amethis. Birimian est sa toute dernière création. Cette société d’investissement est dédiée aux créateurs de mode en Afrique. Il y a la Sénégalaise Fatoumata Ba de Janngo capital; la Nigérienne Djamila Ferdjani, docteur en médecine et présidente de l’O.n.g MedCom; la Guinéenne Tiguidanke Camara, l’une des seules femmes propriétaires d’une compagnie minière en Afrique (Tigui mining group).
Dans la catégorie O.s.c et philanthropie, on trouve des femmes qui dirigent le changement social à travers le continent et au-delà. Nous avons entre autres, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente et la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, cette dernière étant à la tête de l’O.m.c (Organisation mondiale du commerce).
Dans la catégorie diplomatie, la Rwandaise Louise Mushikiwabo est secrétaire générale de l’O.i.f (Organisation internationale de la Francophonie); Nafissatou Jocelyne Diop, Sénégalaise, cheffe du service genre et droits humains au Fonds des Nations unies pour la population.
Dans la catégorie éducation et littérature, d’origine rwandaise, Agnès Binaghaho, est pédiatre; Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane connue également comme militante féministe et femme politique.
Dans la catégorie divertissement figurent les musiciennes béninoise et malienne Angélique Kidjo et Aya Nakamura ainsi que l’actrice nigériane Mercy Johnson.
Dans la catégorie service public, Allen Kagina, est directrice exécutive de l’autorité nationale ougandaise des routes ainsi que Dorothy Kisaka, avocate et dirigeante d’entreprise ougandaise.
Dans la catégorie gouvernance, Sahle-Work Zewde est la présidente de l’Éthiopie; Samia Suluhu Hassan, Présidente de la Tanzanie; Victoire Tomegah-Dogbe, Première ministre du Togo; Eve Bazaiba est l’unique femme au poste de Vice-Premier ministre et ministre de l’environnement en RD Congo; Julienne Lusenge est militante des droits des femmes et particulièrement des droits des victimes des violences sexuelles en RD Congo; Jeannette Kagame est l’épouse du Président du Rwanda, engagée dans la lutte contre le sida, elle est la fondatrice et la présidente de la Fondation Imbuto; la Namibienne Emma Theofelus, 24 ans, personnalité politique, fut en 2020 la plus jeune ministre au monde.
Dans la catégorie média, nous avons la célèbre blogueuse ivoirienne Édith Ya Brou-Bleu de même que la journaliste sénégalaise Jacqueline Fatima Bocoum.
Notons que les cent femmes africaines les plus influentes sont des femmes qui ont gravi les échelons dans le secteur privé, créé leurs propres entreprises ou ont été à l’avant-garde de la prise de décision tant sur le plan national qu’international. Les critères de sélection comprennent notamment le leadership la performance, les accomplissements, le partage et la transmission.
Nous soulignerons également que la représentation des femmes en politique est en hausse dans le monde. En Afrique, elles s’affirment dans les instances dirigeantes, jouant pleinement leur rôle de pionnière. Bien que minoritaires à l’exception du Rwanda, elles parviennent à s’imposer au sommet de l’État.
Le continent africain a eu, à son actif treize Présidentes dont sept par intérim. Bien que certaines aient exercé pour de très courtes durées, ces personnalités ont ouvert la voie à de nombreuses femmes qui mettent leurs talents au service de la chose publique sur le continent. Parmi ces pionnières, nul doute que la plus connue est Ellen Johnson Sirleaf qui, le 16 janvier 2006, est devenue la première femme Présidente élue en Afrique, également la Présidente africaine qui est restée le plus longtemps au pouvoir, grâce à sa réélection en 2011 pour un second mandat qui s’est achevé le 22 janvier 2018. Actuellement, trois sont en fonction : Sahle-Work Zewde a été élue à la tête de l’Éthiopie le 25 octobre 2018, le 18 mars 2021, Samia Suluhu Hassan est devenue la Présidente de la Tanzanie. Quant à Sandra Prunella Mason, elle occupe le poste de Présidente de la Barbade, première Cheffe d’État depuis le 30 novembre 2021.
Force est de constater que les femmes sont le levier qui permettra au continent de libérer tout son potentiel de développement. En effet, elle représente non seulement la force du continent, mais aussi une opportunité. Le taux d’entrepreneuriat féminin est plus élevé en Afrique que dans toute autre région du monde. Il est indéniable que le leadership se conjugue aussi au féminin; qu’elles soient dirigeantes d’entreprises ou d’institutions publiques, elles sont le symbole de l’Afrique qui émerge. Effectivement, en matière de santé, de climat, de sécurité alimentaire, d’autonomie économique ou dans le domaine de la solidarité, les femmes jouent un rôle fondamental.

Le cas du Congo-Brazzaville

L’exploitation du potentiel des femmes, qui constituent 52% de la population congolaise, est un facteur essentiel dans le processus de développement. Toutefois, la représentativité des femmes dans les sphères politiques, administratives, associatives et dans les entreprises en République du Congo est encore assez faible. Il serait opportun de renforcer les capacités, les compétences et l’assurance en soi des femmes en matière de leadership par des formations, afin qu’elles deviennent des interlocutrices performantes dans les différents domaines de société. Il incombe de promouvoir l’adhésion et l’implication des femmes dans les institutions privées et publiques (entreprises, administrations, organisations non gouvernementales…) et leur représentativité dans les postes de prise de décision.
Pour un rappel historique, Mme Émilienne Manima est la première femme à entrer au gouvernement en 1976. Dès lors, le nombre de femmes ministres n’a jamais atteint le chiffre dix. Dans les autres institutions de la République, les femmes représentent 33,33% à la Cour constitutionnelle, 25% à la Haute cour de justice, 50% au Conseil économique, social et environnemental, 40% à la Commission nationale des droits de l’homme ou encore 25% au Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap. La République du Congo a douze préfectures, dont deux femmes préfètes. Sur les trente-neuf missions diplomatiques congolaises à l’étranger, six femmes sont accréditées comme ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires.
S’agissant des deux chambres du parlement, au Sénat, le pourcentage est passé de 19,44% de la législature de 2012-2017 à 20,83% à celle de 2017-2022. A l’Assemblée nationale de la 13ème à la 14ème législature, le pourcentage des femmes est passé 8,75% à 11,25%. Les femmes sont très peu représentées dans les Conseils départementaux 18,8% et municipaux 23,4%. Par contre, dans la fonction publique, elles représentent 49% du total des effectifs à savoir 36,9% dans l’administration parapublique, 28,4% dans l’administration publique et 17,6% dans l’administration privée. Compte tenu de toutes ces données, nous pouvons affirmer qu’il y a encore des efforts à fournir.
Malgré les préjugés, le poids de la tradition et au regard des accomplissements réalisés, nous restons optimistes sur l’avenir de la femme. Force est de constater que le manque de représentativité dans les différents domaines de la société constitue un frein dans la croissance du leadership féminin au Congo. Il revient aux pouvoirs publics et à la société civile de relever le défi. Si nous prenons à titre d’exemple le dernier classement des femmes influentes en Afrique, établi par l’agence de marketing et de notation Advance, le fait de ne pas y figurer prouve que le leadership féminin au Congo n’est pas encore une réalité affirmée sur le plan international. N’oublions pas que le leadership des femmes est une condition sine qua non pour l’émergence et la reconnaissance d’un pays.

Lydie-Patricia ONDZIET

Présidente de la Fondation Renaissance Alkebulan;
Présidente de l’Association la Trinité;
Membre de l’Association Panafricaine d’Aquitaine;
Membre de la Plateforme des associations féminines de développement.