L’Afrique est encore loin, très loin de maîtriser les saveurs et les délices de ce que la politique peut apporter dans la société, sans se pencher sur le versant de la communauté d’appartenance qui ôte ou dénature le goût du partage entre les enfants vivant sous le toit du palais d’une même République. Parce que, la politique, c’est le sacerdoce, le sacrifice, c’est aussi le remblayage du vide de la population à qui il faut apporter l’espoir et l’assurance vers le progrès. La politique, c’est aussi la création de la richesse et de sa redistribution au peuple, c’est créer l’impossible pour une solution durable et généreuse. Elle n’est pas solidaire, mais communautaire. Finalement, que vaut la politique en Afrique?La politique n’est pas faite pour les brutes ni pour les gredins ni pour les êtres parés d’un cursus scolaire édenté et douteux qui, souvent, régulent leur scolarité à travers les séminaires, les stages, les petites écoles privées, pour faire le complet d’équivalence, de l’à-peu-près, dans le monde dit intellectuel. Ce sont des parvenus de la société, des arrivistes qui cimentent leur parcours politique grâce à la tribu au pouvoir.
La politique, ce n’est pas aussi la pratique de la puissance qui définit la dictature, l’influence, la fourberie, l’étalage du moi personnel ou du nous communautaire, de l’intolérance… Mais, elle repose sur le servir. Servir, qui fait appel, comme le signifie Denis Rougemont, fait des éloges des grandes figures politiques dans la société. Pour lui, «les grandes politiques naissent de grandes visions, d’utopies créatrices, d’idéaux jaillis des profondeurs de l’homme et d’une large considération des réalités mondiales. Elles ne sont pas le fait des petits calculateurs locaux, des comitards, des techniciens électoraux, des requins d’affaires ou des vieux routiers du parlementarisme, encore moins des chefs de partis aveuglés par les intérêts peut-être valables, mais limités et provisoires, de leurs électeurs»
Ce qui veut dire que sans vision, il n’y a point de grandes politiques. Pour y arriver, il faut être rempli de lumière, de savoir, de raisonnement, de sagesse et de la faculté de comprendre la philosophie politique du moment. Parce que faire la politique autrement, c’est apporter des solutions novatrices à la population. Par exemple, dans les domaines d’écologie, de la santé, de l’habitat, de l’éducation, de l’économie, de la culture, de la technologie, de la sécurité.
En Afrique, par exemple, en République du Congo, la majorité des hommes politiques, à quelques exceptions près, n’intègre pas les faveurs de la population congolaise. L’on se questionne, sans cesse, sur la valeur parfaite de la politique au Congo. Non! Pourquoi? Le premier facteur qui fait reculer la politique au Congo est la pratique du tribalisme devenue monnaie courante au quotidien, une pratique d’actualité dans toutes les administrations, depuis des lustres. Cela fragilise la croissance de la pensée créatrice pour le bien des compatriotes.
Le tribalisme a ouvert une parenthèse de haine et de narcissisme. Aujourd’hui, il faut être de… pour accéder à… Ceux qui n’ont pas de… sont considérés comme des exilés sur terre, des hommes qui doivent travailler pour les autres et non pour eux-mêmes. Il faut le signifier qu’au Congo (sans aiguiser la haine ni prendre une position), nous assistons au spectre de 1959 qui plane sur notre société. Les hommes politiques sont incapables de dialoguer avec le peuple, pour lui enseigner les vertus de l’unité nationale, de vivre ensemble et de marcher la main-dans-la-main. L’unique rencontre entre les gouvernants et les gouvernés ne se fait que lors des campagnes politiques.
Le Congo, ne peut être divisé ni se balkaniser. Prolégomènes à la charité, à l’amour et la paix véritable non verbale. Tant que la conservation du pouvoir sera une affaire de clans, d’ethnies ou les pensées des autres seront toujours intolérantes à la réconciliation nationale.
Pourtant la politique, dans sa nature, est faite pour servir et non se servir. Même dans la tradition judéo-chrétienne, l’histoire nous montre, en premier lieu, la prise en charge du peuple par les prophètes de Dieu: Abraham, Moise. L’histoire de Jésus-Christ de multiplier du pain et du poisson constitue un acte de charité près du peuple de Dieu. C’est cela la politique. Comment comprendre qu’à tout moment, les Congolais n’arrivent pas à vivre dans le bonheur? Le stress les emporte toujours, à cause de la pauvreté ne leur permettant de jouir de leur existence. La politique, c’est faire le bien du peuple au plus que parfait.
La politique, c’est l’évangile du bien, le goût interminable des œuvres sociales envers la population, la pérennité du désir et du plaisir pour la justice sociale, les emplois, le manger, le vêtir et la défense de la démocratie. Elle rejette la violence déshumanisante pour la charité: santé mentale, relations sociales fructueuses et lutte contre les inégalités. C’est ce que l’on appelle «servir».
Servir appelle à une action politique humanisante et charitable. Servir, c’est la bonté, c’est avoir une vision large qui sécurise le peuple contre le danger. La politique est très incompatible avec la puissance, source de domination et de tyrannie.
La puissance qui reflète la violence ne résout aucun problème dans la société des humains. Ce que l’on demande, c’est de savoir gouverner. Ce qui veut dire: bien servir son peuple et non l’exploiter de façon pérenne et sauvage. C’est le cas en Afrique. J’essayerai de la définir par quatre de ses principaux caractères.

a) Elle consiste d’abord dans la lutte des partis.
Pour un très grand nombre de citoyens, le but à atteindre n’est pas d’abord d’assurer le bon fonctionnement de l’État, la paix publique, la grandeur morale de la Nation et le libre déploiement de ses forces créatrices.
Le but est d’abord de faire triompher tel parti dont on est membre. On tient le parti pour plus grand que le tout. Ou encore: le but est simplement de militer bruyamment dans le parti, moins par amour passionné pour son idéal que par haine des autres partis et, souvent, moins par haine des autres partis que par besoin d’entretenir de vieux débats dont on connaît par cœur tous les arguments, et qu’on aime répéter comme le refrain d’une chanson idiote mais «qui fait toujours plaisir».
À droite, on assimile volontiers la France, «la vraie», aux partis de droite. À gauche, on fait volontiers passer la fidélité au parti avant la fidélité au bien commun de la Nation. Ainsi, quand tout va bien, quand la machine paraît rouler d’elle-même, dans l’intervalle des crises économiques, les partis deviennent des académies ou des écoles de rhétorique vulgaire, et les questions de personnes, le jeu des vieilles rancunes y priment nécessairement toute espèce de souci de la cité dans son ensemble et de son destin créateur. Et quand tout va mal, quand la crise est là, les partis se mettent à déchirer la Nation avec une absence de scrupules qui rappelle des temps fort décriés: ceux de la grande féodalité guerrière, le pillage du pays par les barons.
Je dis que pratiquement -donc en laissant de côté les déclarations des congrès- la moderne féodalité des partis n’agit pas autrement vis-à-vis de la Nation et de ses intérêts supérieurs, que la moderne féodalité des trusts et des banques, et que l’ancienne féodalité des grands seigneurs. Partis: Bastilles à démolir! Je dis, ensuite, qu’un honnête homme et, de plus, patriote, se doit de rejeter tous les partis.
Prétendre entrer dans un parti -le moins mauvais!- pour essayer de le réformer ou de l’influencer par l’intérieur, c’est aussi malin que de prétendre entrer au Conseil d’administration des Forges pour essayer de rendre les canons inoffensifs: c’est l’instrument même du parti qui est meurtrier.

b- On appelle aussi «politique», la rumeur confuse des idéologies que les partis prétendent servir

Tradition républicaine conservatrice, «doctrine» radicale, idée socialiste, mots d’ordre communistes… En marge de l’action directe, abandonnée aux comités électoraux et aux députés, des millions de citoyens s’excitent sur les hebdomadaires de droite et de gauche où s’expriment ces idéologies. L’influence de ces feuilles n’est plus niable. J’attends encore l’homme sain qui osera faire leur éloge! Elles nous présentent, chaque semaine, dans leurs échos et leurs leaders, l’anthologie de la mauvaise foi, de l’ignorance, des préjugés crétinisants, des rancunes de personnes médiocres et des plaisanteries, tant la ligne la plus propre à nous faire envier la suppression des libertés de la presse. (Si les journaux des pays fascistes ou communistes se livrent parfois, eux aussi, à des débauches de mensonges haineux du même calibre, du moins sait-on que la dictature en est seule responsable. La honte n’en retombe pas sur des hommes «libres»!)
À lire les revues et les hebdomadaires de gauche ou de droite, rédigés par des intellectuels, on est bien forcé d’avouer qu’il n’y a plus en France de véritable idéologie politique. Ce qu’on nous offre sous ce nom n’est qu’un lamentable ramassis de phrases empruntées à des révolutions étrangères ou périmées et de mots d’ordre soi-disant «tactiques», mis au service non point d’un idéal communautaire, mais de passions et d’intérêts sans grande portée. Pour réfuter le colonel de la Rocque -petit jeu pour les débutants- les intellectuels de gauche n’ont rien trouvé de mieux que le mot de «fasciste», qui est ridicule en l’occurrence, et l’accusation d’être comte et de s’appeler Casimir, qui me paraît un peu subtile. Et pour réfuter le communisme -ce qui serait plus intéressant tout de même- les droites se bornent à affirmer, contre toute évidence, que la doctrine de Marx est un facteur de désordre et qu’elle entraîne la ruine de la famille.
Si la politique, c’est cela, je dis qu’un honnête homme et au surplus intelligent se doit de n’y pas tremper ne fût-ce que du bout de son stylo.

c- la politique comme une simple technique de gouvernement
Justement écœurés par les politiciens, comitards ou «idéologues», beaucoup en viennent à définir la politique comme une simple technique de gouvernement. Il serait souhaitable, en effet, que le Ministère des colonies soit géré par un homme qui connaisse autre chose que les potins de sa circonscription; et celui des finances par un homme honnête; et celui des affaires étrangères par un homme qui connaisse la langue des pays voisins et l’esprit de leurs institutions.
Mais, ceux qui veulent des techniciens, des ingénieurs et des banquiers dans les Conseils de l’État et qui pensent que, dès lors, tout marcherait de soi, ceux qui envient le brain-trust de Roosevelt, oublient que la mission d’un peuple n’est pas une affaire de calcul. Ils réduisent toute la politique au jeu subalterne des fonctions étatiques.
En somme, ils donnent à la majorité des citoyens d’excellentes raisons de se désintéresser de la conduite de leur cité. Et bien qu’ils se recrutent en général parmi les «gens de droite», ils représentent la tendance la plus rigoureusement matérialiste.

d- À l’inverse du désir de ces nouveaux «physiocrates», nous voyons, depuis peu, la politique prendre l’aspect d’un mysticisme et cela surtout chez les intellectuels du Front populaire.
On attend d’elle la création d’un «homme nouveau», d’une humanité riche, heureuse, orgueilleuse de sa force, libérée de tout tragique et comme délivrée par l’État de l’oppression du péché originel, sombre invention «réactionnaire». On s’exalte à qui mieux mieux sur les «immenses espérances» éveillées par le communisme. On prêche, on s’attendrit, on excommunie, on crie au blasphème, on dénonce les obscurantistes, on prophétise le règne du Bonheur, de la Raison, de la Richesse et du Progrès. Et l’on se croit pour autant «révolutionnaire» ou simplement communiste. Je dis que cette «politique» sentimentale, cet ersatz de religion, cette renaissance des mythes bourgeois:
1- n’est qu’un mauvais négatif du christianisme;
2- ne peut mener qu’à une forme avachie de fascisme, car le fascisme et surtout le national-socialisme préconisent eux aussi toutes ces «valeurs», et y ajoutent celles de la race et de la nation, qui donnent à l’ensemble un dynamisme physique autrement impressionnant;
3- correspond, en politique, à l’étatisme le plus tyrannique.

Célestin Désiré NIAMA

Note
1: Denis Rougemont, 1946,

«Politique de la personne», Paris, Editions, Je sers.

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