Il a été mis sur le marché du livre un essai d’un économiste local intitulé: «La diversification économique en question». On y découvre un argumentaire robuste sur les préoccupations des pays en développement, notamment sur la question du rapport à la terre. A partir de la page 88, on peut lire: «La terre! Le Congo, avec 10 millions d’hectares de terres arables, dont 3% seulement sont cultivées, offre la possibilité de dépasser le schéma traditionnel de cultures de rente, par la mise à disposition d’une diversité de produits agroalimentaires, grâce à l’ingénierie, à la technologie, aux sciences biologiques et à la dotation primale généreuse en eau. Imbriquée dans un système productif national, elle est capable d’offrir des intrants à l’industrie, en même temps qu’elle reçoit d’elle tout le dispositif mécanique et numérique nécessaire à l’accroissement de la productivité. En outre, elle assure la couverture de la demande sociale domestique en biens alimentaires, ainsi que l’exportation des produits agroalimentaires transformés. A titre d’illustration, prenons les 10 millions d’hectares de terres fertiles du Congo. Sur la base d’une population de 4,5 millions d’habitants, chaque Congolais dispose de 2,22 hectares de terres cultivables. Et, si nous prenons l’igname de la zone Gamboma-Ngo et son rendement de 5,9 tonnes par hectare, en 2003, chaque Congolais peut donc produire au minimum 13 tonnes d’ignames par an en moyenne, fournissant ainsi des intrants à l’industrie agroalimentaire et des produits alimentaires relevés».
Au moment où la farine de blé devient un produit rare donc très cher, il y a lieu d’enrichir cet argument sur la production alimentaire locale de substitution.
L’auteur poursuit ainsi:
«En réalité, l’agriculture n’occupe qu’une place minime dans le système productif du Congo. Sur l’ensemble des unités économiques répertoriées par le Ministère en charge des petites et moyennes entreprises, de l’artisanat et du secteur informel, seules 55 sur 11.105 exercent dans le secteur primaire, soit 0,5%. Si l’on considère les branches d’activités, l’agriculture, la sylviculture et la pêche ne représentent que 0,4% de l’ensemble. Ceci peut s’expliquer, entre autres, par le fait qu’on ne mesure pas assez les effets industriels de l’agriculture, en termes d’effets d’entraînement, de mobilisation ou génération de la capacité mécanicienne et numérique, du rôle de l’industrie chimique ou d’aliments de bétail en amont, et des dérivés agroalimentaires en aval. Il y a donc lieu de penser à un renouveau de l’activité agricole dans le développement».
Dès lors, sous réserve d’un amont cognitif et du boulevard énergétique, l’agriculture dans l’industrie et pour l’industrie appelle les actions suivantes:
– n’accorder aucun loisir à aucune terre fertile, en légiférant sur la question foncière, notamment sur la question de la gestion lignagère des terres familiales;
– sortir de la logique réductionniste des cultures vivrières pour une agriculture productiviste et raisonnée, basée sur des grands bassins de production et la mécanisation;
– promouvoir des véritables entreprises agricoles sous forme soit d’entreprise agricole à responsabilité limitée (E.a.r.l), soit de groupement agricole d’exploitation en commun (G.a.e.c), soit de société civile d’exploitation agricole (S.c.e.a). Parce que seule l’entreprise crée de la richesse;
– adopter des politiques agricoles spécifiques pour les grandes cultures (maïs, arachides, cacao, banane, manioc), les cultures fruitières (mangues, oranges, lichies, mangoustans, etc.) et les cultures légumières;
– pour ce faire et dans la mesure où l’accumulation primitive des Congolais est quasi-nulle, mettre en place un mécanisme public de financement des entreprises agricoles, avec un contrôle de gestion adapté; parce qu’exploitation agricole est une entreprise particulière, dans laquelle il est nécessaire de maîtriser les procès agricoles, mais également les techniques de gestion, surtout lorsque le financement est fait avec l’argent des contribuables ou suite à des emprunts publics;
– organiser la transformation des produits primaires en biens élaborés;
– mettre en place des programmes territoriaux de développement;
– protéger la production nationale, par une préférence nationale raisonnée;
– assurer une meilleure connectivité aux marchés.
Protéger la production nationale, par une préférence nationale raisonnée. Mais, cela ne passe-t-il pas par protéger les terres arables nationales préférentiellement pour le congolais? manifestement, pour cet économiste, il n’y a pas lieu de regarder ailleurs; les Congolais peuvent transformer leurs terres.

Prométhée