S’il va de soi qu’un pays s’endette pour financer son développement, il est surtout dans l’ordre des choses que le peuple, à travers les élus locaux et la société civile, suive et évalue les projets financés par les fonds issus de l’endettement public. C’est l’objectif essentiel de la formation organisée le mardi 23 novembre 2021 par des O.n.gs (Organisations non-gouvernementales) à l’endroit d’une cinquantaine de responsables de quartiers et d’élus locaux de Pointe-Noire. Cette formation s’inscrit dans le cadre du Projet de suivi-évaluation de la dette publique en République du Congo, exécuté par le C.c.o.d (Conseil de concertation des O.n.gs de développement), un groupement de quelque quinze organisations de la société civile congolaise créé en 1993.

Lancé en 2019 et financé par l’Union européenne, par le biais de l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme, au bénéfice de la Plateforme dette et développement, le Projet de suivi et évaluation de la dette publique vise principalement à aider les communautés locales à suivre et évaluer les projets financés par les pouvoirs publics, grâce à l’argent de la dette.
Comme bien de pays dans le monde, le Congo-Brazzaville recourt parfois à la dette pour répondre à une série de besoins infrastructurels des populations. C’est ainsi que des dispensaires, des écoles, des fontaines, des sièges de services déconcentrés de l’État sont construits. Seulement voilà! Certains de ces projets sont, pour la plupart, muets. «Voici ce bâtiment. Tout ce que je sais, c’est qu’il abritera le siège de la mairie du 6ème arrondissement Ngoyo. Mais, quid du coût, de la date de fin des travaux, du nom de l’entreprise qui construit l’édifice et des causes de l’arrêt des travaux?», s’interroge Éric Ngoma, habitant de Ngoyo.
Le plombier quinquagénaire n’est pas le seul Ponténégrin, ni le seul Congolais à s’interroger sur ce chantier débuté en 2004, à la faveur de la municipalisation accélérée de la ville. «C’est l’exemple le plus vivant des éléphants blancs (chantiers inachevés ou arrêtés, NDLR) dont regorge notre pays», commente une institutrice de la zone. «Difficile de mener un suivi et évaluer ces projets, à cause de l’absence d’informations», explique Majep Obama, représentant le quartier 404 du quatrième arrondissement Loandjili, lors de cette séance de formation organisée à la mairie du troisième arrondissement Tié-Tié.
Pendant la formation, les participants ont eu droit à un exposé sur «le suivi indépendant, par les élus locaux, des projets financés sur endettement public dans leur département», développé par un juriste, Blanchard Ngouala, membre de l’équipe d’animation du projet. «Avec les enseignements reçus, nous sommes désormais prêts à mener un contrôle efficace sur les actions de l’État. Nous allons désormais nous impliquer», s’est félicité Michaël Loko, du quartier 316 de Tié-Tié.
Et les pesanteurs politiques? «Un aspect non moins important, d’autant plus que certains responsables de quartiers sont nommés par le gouvernement sur proposition de partis politiques», a reconnu un participant.
Jean-Clotaire Hymboud, journaliste et membre de l’équipe du projet, a ainsi appelé les participants à se départir du prisme politique. «C’est un problème de responsabilité. Chacun a beau défendre son parti, mais pensez avant tout Nation», a-t-il recommandé.

John NDINGA-NGOMA