Présidence de la République

Démenti formel sur la présence du Groupe Wagner au Congo

Dans un communiqué publié à Brazzaville le dimanche 2 octobre 2022, sous le numéro 283 et signé par le ministre d’Etat Florent Ntsiba, directeur de cabinet du Chef de l’Etat, la Présidence de la République du Congo apporte un démenti formel sur l’article publié par «le quotidien du continent» «Africa Intelligence», sous la plume d’Antoine Rolland. Voici l’intégralité de ce communiqué.

Dans son édition du 18 septembre 2022, le périodique en ligne «Africa Intelligence» a publié un article intitulé: «Washington et Paris sur la piste congolaise de Wagner». Cet article évoque «l’hypothèse d’une implantation de la société paramilitaire Wagner sur le port de Pointe-Noire», en République du Congo.

L’article déduit cette pseudo hypothèse de l’audience accordée par Son Excellence, Monsieur Denis Sassou-Nguesso, Président de la République, Chef de l’Etat, au ministre russe des affaires étrangères, M. Serguei Lavrov le 25 juillet dernier.

Entrant dans de nombreux détails anecdotiques ou fantaisistes sur le déroulement présumé de ladite rencontre, comme pour renforcer l’idée de l’exactitude de ses affirmations, «Africa Intelligence» indique que «très vite, un autre sujet s’invite dans la discussion: l’accès au port de Pointe-Noire au bénéfice d’éléments russes», doléance qui concernerait en réalité cc la société paramilitaire russe H Wagner. Cet article conclut que le Chef de l’Etat congolais aurait «consenti au moins oralement» à cette requête.

La République du Congo dément, avec la plus grande fermeté, qu’un tel sujet ait été abordé par les deux hommes d’Etat lors de l’entrevue précitée ou, plus généralement, avec les autorités de la Fédération de Russie en quelque autre occasion.

Depuis la fermeture, en juillet 1964, de la dernière base militaire française qui subsistait dans notre pays, avatar de la période coloniale, la République du Congo n’a jamais accepté l’installation, sur son territoire, de structures militaires étrangères, dont la seule présence serait une atteinte aux principes de souveraineté auxquels sont, de tout temps, attachés nos compatriotes.

La République du Congo, même naviguant naguère dans les eaux tumultueuses de la guerre froide et battant pavillon de l’idéologie marxiste-léniniste, n’a jamais accepté l’installation, sur son territoire, de bases militaires étrangères, notamment soviétiques.

Il sied de souligner que la République du Congo observe scrupuleusement le principe d’une coopération militaire d’Etat à Etat, notamment avec plusieurs pays sur la base des accords et conventions en vigueur. Le suivi de leur exécution est l’une des missions des attachés de défense régulièrement accrédités.

Comme on le voit, l’article incriminé participe essentiellement des manœuvres de déstabilisation dont le modus operandi demeure bien connu.

Une telle démarche ne saurait détourner le peuple congolais de son engagement irréversible dans le processus de consolidation de la paix, en vue du développement économique et social du pays.

Cette position de principe demeure intangible et ne saurait être remise en cause au profit d’une société privée dont les prestations et les intérêts n’auraient, compte-tenu de leur objet apparent, aucune utilité pour la République du Congo et pour le bien-être de nos compatriotes. La République du Congo se réserve d’ailleurs la possibilité de contester de telles affirmations par les voies de droit qui lui sont ouvertes».

Double capture écran du communiqué de la Présidence de la République.
Double capture écran du communiqué de la Présidence de la République.

 

Voici l’article incriminé du quotidien en ligne «Africa intelligence»

Capture partielle d'écran de l'article d'Antoine Rolland, pubilé sur le Site Internet d'Africa Intelligence.
Capture partielle d’écran de l’article d’Antoine Rolland, pubilé sur le Site Internet d’Africa Intelligence.

CONGO

Washington et Paris sur la piste congolaise de Wagner

Après la RCA et le Mali, les Etats-Unis et la France scrutent depuis juillet l’activisme russe au Congo, où l’hypothèse d’une implantation de la société paramilitaire Wagner au port de Pointe-Noire est prise très au sérieux.

L’entrevue a duré un peu plus de deux heures. Ce lundi 25 juillet, pour la deuxième étape de sa tournée africaine, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov s’apprête à quitter Oyo, fief du président congolais Denis Sassou Nguesso (DSN), satisfait. Il est raccompagné par son homologue, le très russophile Jean-Claude Gakosso, qui avait pourtant été mis à l’écart de l’organisation de la visite, principalement confiée à la conseillère spéciale de « DSN » pour les dossiers internationaux et tout particulièrement russes, la Franco-Rwandaise Françoise Joly (AI du 07/06/22). Celle-ci fait partie, aux côtés du petit-fils du chef de l’Etat, Omar Denis Bongo Junior, de la poignée d’intimes étroitement associés à l’escapade congolaise du chef de la diplomatie russe.

Pour cette venue, « Sassou » a pris le soin d’une discrétion extrême : tous les téléphones ont été coupés, les accès à la salle d’audience ont été réduits plus qu’à l’ordinaire et une partie de ceux qui composent le premier cercle du président congolais – pourtant habitués de ces rencontres de haut niveau – sont soigneusement maintenus à bonne distance.

Dans le huis clos, Lavrov et Sassou Nguesso échangent sur la crise ukrainienne, sur l’approvisionnement en blé du continent africain, ou encore sur le dossier libyen dont le président congolais est le haut représentant pour l’Union africaine. Mais très vite, un autre sujet s’invite dans les discussions : l’accès au port de Pointe-Noire au bénéfice d’éléments russes. Si les officiels moscovites se défendent d’entretenir le moindre lien avec Wagner, la doléance formulée par le ministre russe concerne très directement la société paramilitaire russe. Une requête à laquelle aurait consenti au moins oralement le maître de Brazzaville.

La vitale course aux pays côtiers

Wagner, qui opère déjà massivement en République centrafricaine voisine, est confronté à l’enclavement du pays, donnant lieu à un véritable casse-tête logistique et financier pour importer ses équipements et écouler une partie de ses ressources. En 2021, lors de sa montée en puissance militaire face aux groupes armés centrafricains, la société avait d’ailleurs été contrainte de mettre en place un coûteux pont aérien. Une opération aujourd’hui complexe à reproduire alors que Moscou est engagée en Ukraine (AI du 24/12/20).

Depuis plusieurs années, Wagner lorgne les pays côtiers d’Afrique centrale, aux avantages géostratégiques bien plus attrayants que le Mali et la RCA. L’accès négocié à Pointe-Noire est donc un premier pion avancé dans ce sens bien que les véritables desseins de la nébuleuse dans le pays restent à ce jour très flous. Actuellement, pour opérer en RCA, les Russes passent par Port-Soudan à l’est, ou bien, comme l’a détaillé Jeune Afrique, via le port de Douala à l’ouest, très étroitement surveillé par la société israélienne de sécurité Portsec.

Câlinothérapie américaine et vigilance française

Ces contacts entre Brazzaville et Moscou ne sont pas passés inaperçus. Washington prend très au sérieux le spectre d’une arrivée de Wagner sur les côtes de l’Atlantique. Une dizaine de jours après la visite de Lavrov à Oyo, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a même un temps hésité à traverser le fleuve Congo pour aller rencontrer en personne Denis Sassou Nguesso, en marge de sa tournée en RDC, en Afrique du Sud et au Rwanda. Symbole de l’inquiétude américaine, ce crochet à Brazzaville aurait revêtu une allure quasi-historique : aucun secrétaire d’Etat américain ne s’est rendu au Congo depuis plus de vingt ans. Les services américains scrutent déjà de près l’activisme russe en RDC voisine.

Blinken y a finalement renoncé. Mais il a tout de même discuté avec Sassou Nguesso par téléphone depuis Kinshasa le 10 août. Au cours de cet échange médiatisé par les deux parties, le chef de la diplomatie américaine a habilement poussé le Congo à poursuivre son initiative libyenne, à laquelle le président congolais tient particulièrement.

L’éventuelle arrivée de Wagner au port de Pointe-Noire est également observée de près par Paris : la coopération sécuritaire entre les deux pays est solide et ancienne. Les services de renseignement français entretiennent des contacts réguliers avec le puissant patron du conseil de sécurité nationale, le général Jean-Dominique Okemba, ainsi qu’avec le directeur général de la surveillance du territoire (DGST), le général Philippe Obara.

Coopération traditionnelle russe

Denis Sassou Nguesso cultive de très longue date une diplomatie d’équilibriste ente Moscou et l’ancienne puissance coloniale. Dès son ascension au pouvoir, il avait adhéré à l’idéologie « marxiste » du régime, tout en cultivant une relation étroite avec plusieurs barons de la politique française. Parmi les dirigeants de l’ancien unique Parti congolais du travail (PCT), plusieurs ont étudié à Moscou et sont russophones, à l’instar du président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba. Un pan de l’appareil sécuritaire congolais est également « russophile », comme l’actuel ministre de la défense et ex-chef d’état-major de l’armée Charles Richard Mondjo, formé à l’Académie des troupes blindées Malinovski de Moscou. Et aujourd’hui encore, l’armée congolaise reste friande des équipements militaires russes (AI du 27/08/21).

A Brazzaville, Moscou dispose par ailleurs depuis les années 1980 d’un Centre culturel russe, devenu « Maison russe » en 2021. Situé à deux pas de l’ambassade de France, celui-ci a été l’un des rares centres russes à rester actif en Afrique après le retrait diplomatique des années 1990. Il joue encore un important rôle d’instrument d’influence dans le pays, en dispensant des cours de russe.

Surtout, en bon tacticien, « DSN » joue depuis plusieurs années de la concurrence entre Moscou et Paris sur le continent. Alors que les relations avec la France se sont détériorées sur fond de procédure judiciaire dans le cadre du dossier des Biens mal acquis et que Washington se montre de plus en plus attentive sur les questions de corruption et de droits de l’homme, les dernières manœuvres de Sassou et l’agitation du spectre de Wagner pourraient ainsi constituer les marques d’un signal de plus envoyé à « l’Ouest ».

Antoine ROLLAND

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