La démocratie, telle que décrite par Tocqueville, reste un régime menacé par la tyrannie. A la fin de la guerre froide en 1989, l’Occident, par sa naïveté, a cru à la victoire totale du monde libre. Son ennemi peut surgir de l’intérieur, sa vraie menace peut aussi venir de l’extérieur. Aux illusions nées à la fin de la Seconde guerre mondiale, le monde libre (Etats-Unis, Europe occidentale) se trouve subitement replongé dans les eaux troubles de la philosophie marxiste qui proclame la nécessité de la force, pour surmonter les contradictions.

A la fin de la guerre froide, l’Occident, ce grand orgueilleux, a cru à la victoire totale sur l’adversaire, le communisme. Grande désillusion des démocraties qui considèrent que le progrès est unilinéaire: le 24 février 2022, Poutine, le maître du Kremlin dont le système repose sur la propagande, la force et la répression, maintient que l’idée d’édifier l’empire de tous les Russes dispersés dans les anciennes républiques soviétiques doit se faire par le vertige de la guerre, ce qui montre l’étendue de la menace.
En envoyant ses chars et ses avions de guerre envahir l’Ukraine, un Etat souverain frontalier de la Russie, indépendant depuis 1991, après l’effondrement de l’URSS, aux dirigeants démocratiquement élus, Vladimir Poutine se trompe d’époque. Le rapprochement de l’Ukraine aux pays de l’Union européenne, aux Etats-Unis et donc à l’Otan, a une signification. L’Ukraine, cette jeune Nation qui se bat, qui fait les efforts pour la transition démocratique et économique, a retenu que la démocratie, les notions d’alternative, de choix, de débat et de pluralité sont dans la pensée occidentale qui en a fait sa marque, voire l’argument de sa supériorité sur les autres cultures. Ce qui fait qu’aujourd’hui, le cas de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) est en miroir, c’est-à-dire, respecter les règles qui font d’elle une organisation pour la défense collective de ses pays membres, non pas une organisation d’intervention offensive.
De ce fait, l’Otan peut fournir des armes, mais ne peut pas envoyer ses militaires en Ukraine. Quels sont les pays membres de l’Otan? L’Albanie, l’Allemagne, la Belgique, la Bulgarie, le Canada, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, les Etats-Unis, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Islande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, Turquie, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie.
Je profite ici de l’occasion qui m’est donnée pour affirmer que ces pays-là défendent la démocratie, les valeurs et les principes prônés par la démocratie naissante de 1789. On voit bien que la grandeur de Tocqueville semble être menacée. Lui, nous rappelle qu’il ne faut jamais désespérer du combat des hommes pour leur dignité. Poutine, lui, qui a cru entrer dans l’Ukraine comme le couteau dans du beurre, ne comprend pas la résistance héroïque du peuple de l’Ukraine.
Volodymyr Zelensky, le jeune Président de l’Ukraine, est en train de montrer que les démocraties peuvent être fragiles, tout comme elles peuvent se ressouder autour de la défense de la souveraineté, de la liberté et de la dignité. Poutine vient réveiller l’espoir déçu ou la confirmation d’une faillite, celle de l’URSS, sous la conduite de Gorbatchev. Aujourd’hui, des tranchées des années 1940 ont refait surface en Europe. Et pourtant, en 1989, la chute du mur de Berlin était une véritable tentative de limiter les guerres entre les Etats. Trente-trois ans plus tard, l’invasion de l’Ukraine par la Russie menace l’équilibre mondial, montre encore que le terrorisme international, le coronavirus sont loin d’être les seuls ou les principaux périls de notre époque. Le retour de la barbarie a repris à la frontière Russie-Ukraine.
En essayant de rendre intelligible notre conscience de l’histoire, le sujet du communisme incarné par le modèle soviétique en Russie, issu de la Révolution Bolchévik de 1917, a commencé a agité les démocraties occidentales dès les années 1930. André Gide, écrivain français, a fait partie d’engagés voyageurs qui ont voulu faire le Saint Thomas. C’était une manière de crier très haut sa sympathie pour la Russie. Mais, sa déception a été grande.
A cette époque-là déjà, Gide a montré le vrai visage du pays de Staline: «L’URSS n’était pas un lieu de la contestation; mais la Sibérie… Staline ne supporte que l’approbation; il tient pour adversaires tous ceux qui n’applaudissent pas». Enthousiaste du communisme, Gide se rend compte, sur place, alors qu’il cherche à parcourir librement le pays, que la réalité soviétique ne correspond pas aux croyances occidentales. On peut dire, sans se tromper, que ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine, c’est une guerre de civilisation. Deux systèmes diamétralement opposés: autoritarisme contre démocratie.
Dans cette tragédie, Poutine condamne sa population déjà muselée par le pouvoir et nourrie par la propagande. La Russie, on l’oublie, avec sa superficie de plus de 17 millions de km2, c’est le plus grand territoire de la planète. Sa population est de plus de 144 millions d’habitants. Mais son P.i.b équivaut à celui d’un petit pays comme l’Espagne.
La crise économique qui s’aggrave était déjà à l’origine de l’éclatement de l’URSS. Depuis le 24 février, il se passe quelque chose en Europe comme aux Etats-Unis. Les sympathies des leaders européens pour le maître du kremlin deviennent insupportables. Marine Le Pen, Eric Zemmour, tous trois, candidats à l’élection présidentielle du 10 avril 2022, n’assument plus leur fascination envers Poutine. Car vouloir être l’ami de quelqu’un dont la politique va désormais contre la sécurité, la paix, c’est se discréditer. Et l’Afrique dans tout ça? Ce serait une faute pour l’Afrique, que de ne pas savoir là où sont ses intérêts.
Le Président Macky Sall, en se rangeant du côté de ceux qui ont voté pour l’arrêt de la guerre en Ukraine lors du dernier vote du Conseil de Sécurité de l’Onu, a agi dans l’intérêt de son pays. Les Africains doivent comprendre une chose, plus la guerre va durer, plus il y aura une désorganisation du système alimentaire dans le monde et particulièrement en Afrique. La Russie, premier producteur mondial de blé, l’Ukraine qui vient en cinquième position est à la fois gros producteur d’engrais. La guerre, dans ces deux pays, expose le monde à une grande crise alimentaire. Soit la nourriture de base manquera, soit elle coûtera chère. Tout compte fait, cette guerre qui se déroule en Europe, menace l’Afrique.
La Tunisie craint déjà pour son pain quotidien. Je vous rappelle que c’est le pays qui a connu la guerre du pain au moment de la dévaluation du franc Cfa en janvier 1994. Les perspectives actuelles sont assez sombres, dès lors que Poutine ne considère pas l’Ukraine comme une Nation, mais une membrane de la Russie. L’humanité est à nouveau guettée par l’ensauvagement. La difficulté d’aujourd’hui, qu’est-ce-que l’Afrique va faire si la guerre venait à s’éterniser?

Joseph BADILA
(Suite au prochain numéro).

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