Malgré un bilan relativement satisfaisant, le théâtre congolais est demeuré absent des grands rendez-vous internationaux. Cette absence est due à une sécheresse de créativité. Au Congo, le théâtre n’a jamais «nourri son homme», comme d’ailleurs le livre, faute de subvention. Le fonctionnariat de certains comédiens formés en Europe ou en Afrique a plongé ceux-ci dans une oisiveté culturelle mortelle pour leur art. Les préjugés autour du théâtre et les difficultés de carrière ont émoussé leur volonté. Les comédiens abandonnent et rares sont les troupes théâtrales qui produisent régulièrement des spectacles.

Des maux multiples minent l’univers théâtral congolais qui n’est plus ce qu’il était autrefois avec le Rocado Zulu théâtre, une troupe de Sony Labou Tansi, et le théâtre Ngunga de Matondo Kubu Turé. On observe la disparition des comédiens qui ont porté sur les fonts baptismaux au Congo cet art populaire, lequel a connu des périodes fastes, dans les années 70, 80 et 90, avec un succès certain auprès du public étranger et national.
Comment redonner au théâtre congolais son lustre d’antan? Telle est la question que s’est posé un ancien professeur de français, après un échange à l’Institut français du Congo à Pointe-Noire. Plusieurs solutions s’offrent aux praticiens. L’une d’entre elles est de se diriger vers un théâtre d’intervention. En effet, le théâtre au Congo doit jouer un rôle éducatif au sein de la société, en exposant des actes sociaux à caractère d’utilité publique. Ainsi, une troupe de concert avec le Ministère en charge de l’agriculture, mettrait en scène une œuvre retraçant le bien fondé du travail agricole. C’est un acte artistique et socio-économique qui ne laisserait pas indifférent les spectateurs. Comme l’autre jour dans la salle de la préfecture où la troupe théâtrale de la C.r.c (Croix-Rouge congolaise), sensibilisait sur les conséquences de la fistule obstétricale.
Le théâtre pourrait, également, intervenir par des créations en faveur des campagnes de sensibilisation préventives, en collaboration avec le Ministère de la santé et de la population, sur la lutte contre la covid-19 et la vulgarisation des mesures barrières. Avec la H.a.l.c (Haute autorité de lutte contre la corruption), on appellerait les citoyens à la conscience professionnelle et au respect des biens publics. Le Ministère de l’économie forestière verrait bien la promotion de la lutte contre les abattages sauvages des arbres. Et on peut multiplier les sujets pratiques du genre.
Malgré la non-institutionnalisation des troupes théâtrales dans les établissements scolaires et l’absence du théâtre dans les programmes d’enseignement, on remarque des actions sporadiques menées par les enseignants et les élèves dans certains lycées. L’insertion des cours d’art dramatique dans les programmes scolaires serait utile. Les troupes scolaires deviendraient alors la pépinière d’un théâtre professionnel national sain. On éviterait ainsi que l’acteur commence trop tardivement son apprentissage. La radio et la télévision devraient se mettre au service du théâtre national et jouer un rôle primordial dans sa diffusion, comme cela se passe dans d’autres pays.
Désormais, le théâtre doit compter avec les subventions, le mécénat et le sponsoring. Il est entendu que le théâtre ne devra sa survie qu’au développement des troupes et à l’existence de comédiens disposant d’un statut institutionnalisé, garantissant leur sécurité sociale, revalorisant leur métier et motivant leur passion. Des subventions, des prix pour récompenser les talents, des stages de recyclage, des facilités pour les tournées à l’intérieur et à l’extérieur du pays seraient des arguments qui maintiendraient haut le flambeau du théâtre congolais et donner du travail aux professionnels comme Matondo Kubu Turé, Stan Matingou et les autres.

Chrysostome
FOUCK ZONZEKA

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