Natif du Congo-Brazzaville et séminariste de l’Archidiocèse d’Owando, Pascal Ulgach Moumba est étudiant au Grand-séminaire de théologie Cardinal Emile Biayenda, à Brazzaville. Formé pour devenir prêtre, il s’est engagé aussi sur le chemin de la plume. Après son premier roman, «Scandale dans mon pays», il vient de publier un autre, «Les blessures incurables de mon passé», aux Editions Muse. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il parle de son nouvel ouvrage et de sa vocation d’écrivain. «Ma passion pour la lecture s’est transformée en passion pour l’écriture», avoue-t-il. * Avec la parution de votre deuxième roman, avez-vous le sentiment du devoir accompli?
** Je ne pense pas. Il est question d’une passion et non d’un devoir. Il est vrai que n’importe qui peut oser produire une œuvre littéraire. Mais, tout le monde ne peut pas être passionné de littérature. Avec la mondialisation et surtout l’influence du modernisme, notre société semble écarter les valeurs essentielles de la vie humaine qui obligent, d’une manière ou d’une autre, à consentir quelques sacrifices, à se laisser interpeller face aux divers maux qui s’enfargent dans des mutations contradictoires et inattendues. Dans ce sens, naît donc le sentiment de faire quelque chose qui, au fil des temps, pourrait devenir une passion. Et la passion, c’est comme un don qui est en nous. A nous de le découvrir, de le fructifier et de le transformer en quelque chose de noble pour un intérêt commun. Ce don ne disparaît qu’à notre mort.
Voilà la passion! Elle est avec nous et ne cesse d’être avec nous que lorsque nous ne serons plus là. Je suis donc passionné de littérature et cette passion m’a donné, avec le temps, de produire et de continuer à produire des œuvres littéraires qui plaident pour un retour aux valeurs humaines essentielles, celles du respect de la personne humaine, de son intégrité physique, morale et spirituelle et, surtout, de la resocialisation de l’homme qui a perdu les bases fondamentales de la vie. Je continue à me laisser guider par le bateau de cette passion qui m’anime, jusqu’à ce qu’il ne chavire.

La couverture du livre.
La couverture du livre.

* Le roman que vous venez de publier est-il une autobiographie ou une simple fiction?
** «Les blessures incurables de mon passé», ce titre a, a priori, un sens très ambigu. On a l’impression qu’il s’agit d’une biographie de l’auteur. Malheureusement, non! Il faudrait parcourir l’ensemble du livre pour le comprendre. Je laisse donc la possibilité aux lecteurs de prendre connaissance du récit. Dans son ensemble, le roman traite des questions liées à l’abus sexuel (avec Divine qui en est la victime et en a subi pendant plusieurs jours, avant de prendre la poudre d’escampette), la gabegie financière (avec l’image du général Ndibila qui est mise en exergue. Il y a aussi sa seconde épouse qui, en l’absence de son époux, trouve satisfaction à dépenser tout l’argent qu’elle a pour attirer des jeunes en vue d’une intimité. Tous les démunis qui croupissent à sa porte sont tous révoqués d’un ton austère de sa part), la maltraitance de la veuve (qui est considérée comme un objet de rebus après le décès de son époux. Nombreux sont ceux-là qui se cachent derrière cette prétendue tradition pour infliger un traitement inhumain aux femmes veuves, sous prétexte qu’il s’agit d’une recommandation des ancêtres…), et enfin la consommation excessive et abusive d’alcool (due à la surproduction de boissons dans les brasseries, et qui entraîne la jeunesse à sa perdition). Voilà un peu l’idée générale de cette œuvre littéraire.

* D’où tirez-vous l’inspiration pour écrire vos ouvrages?
** J’avoue que lors de ma toute première publication, «Scandale dans mon pays», j’ai été frappé par la lecture d’un roman écrit par Ludovic Julien Kodia qui nous a quittés l’an dernier, roman intitulé: «Mes larmes coulent en silence», dans lequel le narrateur, à la chute de son récit, finit par tuer Dorisca, une jeune nonne qui, à mon avis, fut innocente, nonobstant l’irréparable qui s’était produit entre elle et l’abbé Briano (personnage principal).
J’ai été donc déçu par cette attitude du narrateur qui semble injuste à mes yeux. Aussitôt, j’ai donc eu ce sentiment d’écrire une histoire similaire en guise de réponse à Ludovic Julien Kodia. Malheureusement, je n’ai pas réussi à cet effet. J’ai plutôt poursuivi la rédaction de mon ouvrage. A chaque étape, j’avais toujours ce sentiment de répondre à Ludovic Julien Kodia ou de le rencontrer un jour, afin de discuter avec lui. Pour éteindre ce désir de lui répondre, il me fallait tuer le personnage principal de mon récit (l’abbé Emile) bien qu’innocent, et sa mère y comprise.
Dès lors, je me suis approprié ce style de Ludovic pour l’ensemble de mes textes. Aujourd’hui, pour avoir lu et relu «Mes larmes coulent en silence», je trouve que Ludovic Julien Kodia, l’une de mes sources d’inspiration, a eu raison de donner la mort à Dorisca, devant la douleur insupportable qu’elle endurait.

* Pourquoi le genre romanesque comme moyen préféré d’expression pour le futur clerc que vous êtes?
** Le roman est le mieux adapté pour une lecture, lors d’un voyage, en bateau, en voiture ou par avion. On exprime mieux ses idées dans le roman qu’ailleurs. C’est un genre pour lequel j’ai beaucoup de passion. Il permet de mieux s’exprimer, de dire et de faire dire à travers les personnages principaux ou secondaires, de dévoiler ce qui est voilé par notre espace de vie. Je n’ai découvert le roman que lorsque j’ai été admis au Moyen-séminaire Saint Pie X de Makoua. Là-bas, les formateurs avaient mis au point un système d’étude qui nous obligeait à résumer un livre toutes les deux semaines pour les anciens et chaque mois pour les nouveaux que nous étions. C’était un système assez difficile pour moi qui venais d’arriver et qui n’avais jamais lu un roman par le passé.
J’ai été donc récupéré par l’un des anciens qui, à force de nous brimer (intellectuellement), m’a donné le courage d’affronter le livre et le sens de la lecture. Je me suis laissé conduire par cet aîné qui m’a beaucoup aidé pendant que je trébuchais dans ce système de lecture et de résumé.
Le tout premier roman que j’ai lu dans ma vie s’intitule: «Les aventures de topé l’araignée» de Touré Théophile Minan, dont je garde le résumé jusqu’à ce jour. Ont suivi «Les bouts de bois de Dieu» de Sembène Ousmane, puis «Matricule 22» de Patrice Lhoni, etc. A partir de ce moment, j’ai donc ouvert mon cœur à cette passion, celle de la lecture du genre romanesque. On pourrait ainsi dire avec Louis-Philippe de Ségur que «lorsqu’on ouvre le cœur humain à une passion, les autres y pénètrent». Ma passion pour la lecture s’est transformée en passion pour l’écriture.

Propos recueillis par Aubin BANZOUZI

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