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Nicodème Nkodia, alias «Colonel Massassi», ex-combattant dans le Pool : «Les jeunes doivent refuser les armes et demander des outils aratoires»

Nicodème Nkodia, alias «Colonel Massassi», ex-combattant dans le Pool : «Les jeunes doivent refuser les armes et demander des outils aratoires»

Le phénomène de milices a commencé en 1993, sous le régime du Président Pascal Lissouba, après l’instauration de la démocratie pluraliste par la Conférence nationale souveraine de 1991. Dans le Pool, c’étaient les ninjas, avec le leader du M.c.d.d.i, Bernard Kolelas, alors à l’opposition. Les contradictions politiques entre les deux leaders provoquèrent la première guerre civile entre novembre 1993 et janvier 1994.

Puis, il y a eu la guerre de juin-octobre 1997 ayant occasionné le renversement du régime Lissouba par les partisans du Président Denis Sassou-Nguesso. Depuis, le Pool a connu plusieurs conflits armés impliquant le Pasteur Ntumi, jusqu’en décembre 2017. Conscient que le chemin des armes ne conduit nulle part, Nicodème Nkodia, ressortissant de Massembo-Loubaki, dans le District de Mindouli, a choisi la voie de la réintégration, en se lançant dans les activités piscicoles et agricoles (plantations d’ananas et maraichage). A cœur ouvert, il nous a invités, le samedi 13 juin dernier, à visiter ses activités, dans la zone Clément Senga, dans le District de Goma-Tsétsé (Département du Pool), à quelques encablures au Sud-Ouest de Brazzaville. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il lance un appel à la jeunesse «de refuser les armes et à la place, de demander des outils aratoires».

* Comment êtes-vous rentré dans le mouvement ninja?
** J’étais très jeune, lorsque je suivais mes aînés, membre du mouvement ninja du président Bernard Kolelas. A cette époque, je ne nourrissais pas l’envie d’en faire partie. Mais, c’est en 1998, quand nous entendions parler du Pasteur Ntumi, qu’on appelait grand-maître. A cause des menaces exercées dans les différentes gares du C.f.c.o (Chemin de fer Congo-Océan) par les miliciens cobras inféodés au nouveau pouvoir, nous avions décidé d’intégrer le mouvement ninjas, pour nous protéger et protéger nos intérêts, notamment le petit commerce qu’on exerçait.

* Dans quel village étiez-vous alors?
** A Massembo-Loubaki, une gare du chemin de fer, dans le District de Mindouli. La population n’était pas libre. Personne ne pouvait réaliser une activité commerciale. Nous étions sous une pression qui ne disait pas son nom. Les jeunes et les mamans étaient menacés. A l’arrivée d’un train, il fallait prendre des précautions, sinon les cobras tombaient sur vous et vous faisaient la peau. Plus rien ne marchait. Aussitôt, un mouvement est né pour défendre nos intérêts menacés. Ces menaces nous ont conduits à adhérer au mouvement ninja. Certains disaient: «Il y a le grand maître, pourquoi souffrons-nous?». Comme j’avais des aînés dans le premier mouvement ninjas de Kolelas, ceux appartenant au Pasteur Ntumi sont venus nous convaincre de les rejoindre.

* Comment s’est passé le rapprochement avec les autres?
** Très facile, puisque tout jeunes, nous réalisions certaines missions. Parmi eux, il y avait Capi Justin, Bimbakambaka, Pistolet, Koufoua Baou que nous appelions, à l’époque, Tâ Koki. Il était le garde du corps de Capi Justin.

* Quoi, donc Bimbakambaka participait déjà dans le premier mouvement?
** Non! Celui de Ntumi avait simplement pris le nom, parce que très célèbre. Nous étions très proches de ceux-là, puisqu’à Massembo-Loubaki, ils vivaient en forêt. De temps en temps, nous leur apportions à manger et leur donnions également des nouvelles, puisqu’ils vivaient en forêt, dans le village de Yanganzabala, à 7 kms de Massembo-Loubaki. Ayant été informés de leur présence dans ce village, beaucoup de ninjas, surtout ceux de Ntumi, les fréquentaient. Et nous nous sommes finalement engagés à défendre notre liberté.

* Vous avez servi le Pasteur Ntumi. Désormais, vous voilà sur le chemin de la réintégration. Est-ce un véritable changement de vie pour être un modèle auprès des autres qui hésitent encore?
** Quand j’ai adhéré au mouvement ninja, le principe de base était: lutter pour être libre. J’ai combattu et atteint le grade de colonel. Toute la zone, de Massembo-Loubaki jusqu’à Kindamba-Ngouédi, était sous mon commandement. J’ai contribué à l’aura du Pasteur Ntumi. Un grand travail avait été fait en direction de toute la population, pour qu’il soit accepté comme chef. Si ce travail n’avait pas été fait, le Pasteur Ntumi n’aurait pas eu toute cette célébrité dont il jouit.
Monsieur le journaliste, dans la vie, l’homme doit se poser trois questions: d’où venons-nous? Où sommes-nous? Et où allons-nous? Ces trois questions doivent résonner dans la tête d’un homme qui veut avancer. Lorsque j’ai fait le bilan de vingt ans de ce mouvement, le résultat est amer. Le Département du Pool a subi un grand préjudice et cette lutte ne nous a rien apporté, sinon qu’une poignée de gens se sont sucrés, en commençant par le Pasteur Ntumi et d’autres responsables à l’échelle nationale. Avant, j’avais douze étangs et un cheptel de moutons. Tout a été détruit et saccagé par la guerre. Maintenant, la guerre nous apporte quoi? Rien du tout!

* Après la guerre, vous avez décidé de vous relancer dans les activités piscicoles et agricoles?
** Il était nécessaire, pour moi, de reprendre mes activités, pour me prendre en charge et répondre aux besoins quotidiens de la vie. Les étangs que vous voyez ont été faits manuellement. Si j’avais utilisé des engins agricoles, le travail sur ce site serait extraordinaire, parce que je sais le faire. Je connais la valeur de l’agriculture, de l’élevage et de la pisciculture. Je suis à ma troisième année depuis la reprise. J’ai approché des frères restés dans le mouvement, pour leur demander d’abandonner la voie de la lutte armée, parce qu’elle ne conduit nulle part. Malheureusement, certains amis persistent et font la sourde oreille. Vous savez, lorsque les gens se sont engagés dans une affaire basée sur une croyance quelconque, il est très difficile, pour eux, de quitter.

* Comment vous sentez-vous maintenant?
** Je suis à l’aise et je continue de me consacrer à mes activités. En décembre prochain, je vais vendre les ananas et au même moment aussi, les poissons. Je suis en train de m’organiser, pour inviter les amis à venir voir mes réalisations. Parce qu’il faut arrêter la voie des armes. La sensibilisation est la meilleure des choses. On va arriver à leur faire changer d’idées. Il est dit que les conséquences éduquent mieux que les conseils. Qui peut dire qu’il a eu quelque chose, en dehors de maître Daniel qui a quatre hectares de champs de manioc, et du Pasteur Ntumi, lui-même, qui a cent hectares, qui peut lever son petit doigt? Donc, il faut que les amis travaillent et sortent de cette logique de violences armées. Mon vœu est que les amis comprennent que la paix est nécessaire et contribue à l’épanouissement de l’homme. L’homme doit vivre dans la paix, pour progresser.
J’ai planté, bientôt je passerai à la récolte. Pourquoi alors penser à la guerre? Le Pasteur Ntumi à cent hectares de plantations de manioc, peut-il penser à la guerre? Non, parce qu’il veut passer à la récolte et à la vente. Les jeunes doivent se lancer dans les activités champêtres, pour qu’ils oublient le chemin de la lutte armée. Si les jeunes ne travaillent pas, la violence va se perpétuer.

* Vous avez été avec le Pasteur Ntumi, ce dernier a fait de vous chef ninja. Que pensez-vous de lui?
** Ntumi est pasteur. Un pasteur ne touche pas à l’arme. Il doit se consacrer à la prédication de l’évangile pour le salut des âmes. Il doit s’investir pour que les âmes des Congolais n’aillent pas à l’enfer. Il doit choisir entre l’arme et la prédication.

* Le dispositif ninja est-il encore nécessaire dans le Pool?
** Non! Actuellement, la population du Pool n’a plus besoin de ce dispositif et le Pasteur Ntumi doit le comprendre. Si Ntumi aime son département, il doit sortir de la logique de s’attarder sur la problématique du Pool qui le rend d’ailleurs riche. Le Pasteur Ntumi le sait, sans la problématique du Pool, il n’aura pas les moyens financiers pour faire ce qu’il fait. Les cadres ressortissants du Pool doivent se lever, pour dénoncer cet état de chose.

* Y a-t-il une dernière préoccupation que vous voudriez bien évoquer?
** La presse est libre de communiquer avec tout le monde. Merci d’être venu à moi. Investissez-vous dans cette problématique du Pool, pour consolider la paix. Les jeunes doivent s’impliquer dans les activités agricoles, pour subvenir à leurs besoins. Les armes n’ont pas de place dans notre vie. La construction du Congo demande l’implication de tous. La génération de nos pères a échoué. Elle n’a rien fait. Ce qu’elle sait faire, c’est entretenir les jeunes dans les armes. Non, il faut refuser cela et à la place des armes, il faut demander des outils aratoires.

Propos recueillis par
Chrysostome FOUCK ZONZEKA

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24 octobre 2020, 23: 37

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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