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Médias : L’éducation aux médias et à l’information est devenue un véritable enjeu démocratique

14 journalistes exerçant dans les médias congolais et correspondants de médias internationaux ont suivi, pendant deux mois, à Brazzaville, une formation professionnelle sur l’éducation aux médias et la lutte contre les fake news. Organisée par l’Ambassade de France, cette formation a été dispensée, en distanciel et en présentiel, par l’E.s.j (Ecole de journalisme de Lille), avec comme formatrice venue de France, la journaliste Elisa Thévenet. Vendredi 28 janvier 2022, une cérémonie de remise de certifications aux participants a eu lieu à la Case De Gaulle (résidence de l’ambassadeur de France), en présence de quelques invités, dont des membres du C.s.l.c (Conseil supérieur de la liberté de communication). Quatre allocutions ont été prononcées au cours de cette cérémonie dont le mot de clôture de l’ambassadeur de France, François Barateau. Nous reprenons, ci-après, le mot de la journaliste formatrice, Elisa Thévenet, sur la lutte contre les fake news.

«Les fake news, ce sont ces informations contrefaites qui singent les formats d’actualités et instillent la défiance. Parce qu’elles surfent sur nos angoisses et affirment sans preuve, elles séduisent nos esprits en quête de sens et de certitudes. Elles figent le monde dans une lecture simpliste qui nous apaise. Mais, je suis persuadée qu’elles en disent plus long sur notre intolérance à l’ambiguïté que sur notre crédulité.
Je dis «nous», parce que je suis intimement convaincue que le premier pas vers un rapport plus sain aux faits passe par le constat que tomber dans le piège de la désinformation, ça n’arrive pas qu’aux autres. Dans notre monde ultra-connecté, pour s’informer correctement aujourd’hui, il faut accepter de penser contre soi-même, de disséquer ses propres réflexes en matière d’informations et questionner le regard que l’on porte sur le monde. Et croyez-moi, ce n’est pas toujours un exercice facile. On partage, tous, un biais de confiance excessive qui nous pousse à nous surestimer et à sous-estimer les autres. Or, pour affuter son esprit critique, il faut accepter qu’on a, tous, tendance à rechercher, sélectionner et mémoriser en priorité les informations qui confirment nos croyances. Et ce réflexe, quand il est encouragé par des algorithmes qui nous proposent uniquement du contenu avec lequel nous sommes susceptibles d’interagir, peut rapidement devenir dangereux.
Alors, la désinformation n’a pas attendu Internet pour se développer. Si vous lisez l’«Art de la guerre» du stratège chinois, Sun Tzu, vous y trouverez des conseils pour créer des fake news, or l’essai date du VIème siècle avant JC. Et le complotisme n’est pas non plus né avec la pandémie ou même Internet. Karl Popper analysait déjà le phénomène dans les années 1950 et le mythe des Illuminati a été forgé par des penseurs traumatisés par la Révolution française. Je pense que la question que j’ai le plus entendue pendant cette formation, c’est: «Mais Elisa, comment on fait concrètement pour lutter contre les théories du complot et les fake news?». Toute la difficulté est contenue dans ce «concrètement». Et la réponse, c’est en disséquant ce qui nous rend poreux à ces informations frelatées.
En une minute sur Internet, plus de 5 millions de recherches sont effectuées sur Google, 350.000 tweets sont postés, 500 heures de vidéos sont téléchargées sur Youtube et 177 millions de mails sont échangés. En 5 ans -entre 2005 et 2010-, le volume de données produit par l’humanité est supérieur au contenu de l’ensemble des ouvrages imprimés depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Nous sommes donc quantitativement beaucoup plus informés qu’il y a 50 ans. Mais, le sommes-nous qualitativement?
Je ne vous dis pas ça pour vous affoler, mais au contraire, pour vous rassurer. Si nous sommes si poreux à la désinformation, c’est parce que nous croulons littéralement sous les informations. Une étude de l’Université d’Indiana, publiée en 2017, démontre que plus un individu est confronté à cette surcharge d’informations, plus sa capacité à faire la différence entre une information de qualité et une fausse information s’érode. Il en va de même pour sa capacité à l’assimiler. Et c’est pour cela que l’éducation aux médias et à l’information est devenue un véritable enjeu démocratique. Elle permet de redonner le pouvoir au citoyen, de lui permettre de passer d’une information subie à une information choisie.
Aujourd’hui, les coûts d’entrée sur le marché de l’information sont quasi nuls. Les journalistes ont perdu leur monopole sur l’information, leur mission de gardien des portes du temple de l’actualité. N’importe qui, armé d’une connexion Internet, peut partager un article, écrire un post. Notre mission évolue donc, elle consiste, aujourd’hui, à démocratiser nos usages, à rendre lisible le flux d’informations qui assaille les lecteurs, spectateurs et auditeurs chaque jour. Parce que, si nous partageons aujourd’hui les possibilités qu’offre la technologie et la possibilité de faire entendre sa voix, nous ne partageons pas encore la responsabilité qui doit y être associée. Une responsabilité sur laquelle repose aussi la santé de nos systèmes démocratiques».

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