Tribune

La flambée des prix des denrées de première nécessité au Congo-Brazzaville et ses conséquences sur les populations

 

Le Congo-Brazzaville vit aujourd’hui une des périodes les plus insoutenables de son histoire récente, en raison de l’explosion des prix des produits alimentaires essentiels. Non seulement le panier de la ménagère est lourdement impacté, mais aussi et surtout la crise multidimensionnelle qui plombe le pays depuis quelques années s’est davantage approfondie.

En effet, déjà miné par une crise économique, financière, sociale, sanitaire, politique, électorale et sécuritaire sans précédent, le Congo-Brazzaville est actuellement dévasté par une flambée exponentielle des prix des denrées de base. A titre d’illustration, les prix du poisson fumé, du poisson d’eau douce, du foufou (farine de manioc), de l’igname, de la pomme de terre, de la banane plantain, de l’ananas, de la papaye, etc, pourtant produits au Congo, ont flambé de façon vertigineuse. Il en va de même des produits importés (poisson de mer, viande, volaille, huile, farine de blé, etc). Les populations, qui vivent déjà une situation sociale épouvantable, n’en peuvent plus.

Pour masquer sa responsabilité dans cette flambée des prix des denrées de base, l’Etat-P.c.t met en avant la pandémie de covid-19 et la guerre d’Ukraine. Ces deux événements ont, certes, impacté les coûts d’importation de certaines denrées alimentaires de première nécessité dans le monde, mais les causes premières de la montée en flèche des prix des denrées de base au Congo-Brazzaville sont d’abord et avant tout, l’absence d’une véritable politique économique et la mal-gouvernance des affaires publiques par l’Etat-P.c.t.

Comme chacun le sait, l’économie congolaise n’est pas diversifiée; elle repose sur deux produits: le pétrole et le bois. Il n’y a ni agriculture locale, ni industrie agro-alimentaire dignes de ce nom. L’économie nationale ne produit pas ce que les Congolais consomment.  Ces derniers le savent, l’essentiel de ce qu’ils consomment est issu de l’importation pour près de 70%.

Chaque année, l’Etat congolais dépense plus de 700 milliards de francs Cfa au titre des importations des produits alimentaires et agricoles, ce, malgré les slogans enchanteurs: «Agriculture, priorité des priorités; Autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000», slogans lancés depuis plus de 40 ans par le Président Denis Sassou-Nguesso, lors du Plan quinquennal 1982-1986.

Les marchés des grands centres urbains sont alimentés non pas par la production nationale, mais surtout par des produits d’importation. Au moment où les dérèglements internationaux aggravés par la crise ukrainienne ont généré une forte inflation dans les grands pays d’Amérique, d’Europe et d’Asie, le Congo ne pouvait qu’être frappé de pleins fouets. Il n’est donc pas étonnant qu’il subisse aussi fortement les contrecoups du covid-19 et de la guerre d’Ukraine qui sévissent dans les pays exportateurs des denrées alimentaires consommées par les populations congolaises.

Cependant, la flambée actuelle des prix des denrées de base au Congo-Brazzaville a pour causes principales, les nombreuses taxes illégales instituées par différents services de l’Etat dans les ports et les marchés, ainsi que les nombreux péages qui jalonnent la route nationale n°1 et les commissions occultes exigées par des fonctionnaires véreux à chaque barrage routier dressé le long de la route nationale n°2.

Il faut encore ajouter à ces causes internes, la spéculation organisée par certains commerçants véreux, l’impunité dont ils jouissent et surtout, le manque total de politique de contrôle des prix par les services compétents du Ministère du commerce et la corruption de la plupart des agents de ces services. Comme l’écrivait il y a déjà plusieurs années, le journal français, Le Monde, dans son numéro du 26 mars 1970: «(…) De l’aveu d’un des principaux hommes d’affaires établis sur place, au Congo-Brazzaville, une règlementation exceptionnellement tolérante, appliquée par des fonctionnaires courtois,  permet aux exportateurs étrangers d’acheter n’importe quoi, n’importe où et de vendre n’importe comment, à n’importe quel prix, à n’importe qui (…)».

On le sait, la formation des prix intègre plusieurs variables. Les premiers déterminants sont liés aux coûts de production et de fabrication auxquels il convient d’ajouter toutes les autres charges connexes comme le transport, la taxation, etc. Les deux composantes de l’effet du marché déterminent le prix effectif de sortie suivant l’état de l’une et l’autre composante, c’est-à-dire, l’état de l’offre et de la demande, l’équilibre se traduisant par une hausse ou une baisse des prix. Le traitement de l’offre et de la demande dans un pays est un élément important de toute politique économique, financière et monétaire, car:

– la politique économique vise à pourvoir le marché des biens matériels et immatériels nécessaires à la vie de la Nation et des hommes qui y résident;

– la politique financière, par définition, s’attache à l’optimisation et la gestion des impôts et taxes, des comptes internes et externes, etc;

– la politique monétaire se préoccupe de la gestion optimale des moyens de paiement pour la circulation équilibrée des biens et services.

Malgré l’appartenance du Congo à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), le gouvernement n’a pas mis en place une politique générale qui s’appuie et tire grand profit des règles et dispositions de la communauté. Le Congo demeure largement un pays importateur net, s’exposant alors aux nombreux aléas du marché international, couplés aux énormes déficiences nationales à tous les niveaux.

Alors que sous d’autres cieux, des politiques vigoureuses de contrôle, voire de blocage des prix de certaines denrées de base sont mises en œuvre, au Congo-Brazzaville, l’Etat-P.c.t se complaît dans l’incantation, l’immobilisme et la démission. Comme à son habitude, il demeure insensible aux souffrances sociales des populations. Il n’a aucun remords sur le cœur. Il passe le plus clair de son temps, tantôt dans des manifestations festives, tantôt à fourbir des manœuvres visant à imposer par la force le dauphin désigné, tantôt à affiner des stratégies de tricherie électorale, aux fins de se fabriquer une majorité mécanique au Parlement et dans les Assemblées locales, à l’occasion des élections législatives et locales trafiquées d’avance de juillet 2022.

Les nombreux Conseils des ministres qui se suivent ne proposent aucune politique visant l’offre et la demande. Aucune véritable politique économique, financière et sociale n’est mise en œuvre. Le pouvoir d’achat des Congolais, déjà dérisoire, frôle le négatif. L’impression générale qui se dégage est celle d’un pays sans Etat et sans gouvernement, c’est-à-dire, celle du chaos. La flambée actuelle des prix des denrées de base non seulement accroît la misère générale des Congolais, mais encore pose clairement la question de la gestion de l’offre et de la demande, de leur équilibre optimal et surtout, la problématique d’un vrai changement de logiciel politique.

Pour stopper l’explosion de l’inflation devenue insupportable pour les populations, l’U.r.p.n propose les mesures urgentes ci-après:

1- la suppression immédiate des nombreuses taxes illégales instituées par divers services de l’Etat au niveau des ports et des marchés;

2- la levée des barrages routiers sur la route nationale n°2, hauts lieux d’arnaque des commerçants par des fonctionnaires ripoux;

3- la réduction des taux et du nombre des péages sur la route nationale n°1;

4- la suppression discriminée des droits de douane, de la T.v.a et le blocage des prix des denrées alimentaires de base ci-après: le poisson; la viande; la volaille; l’huile; le foufou; la farine de blé; l’igname; la pomme de terre; le riz; la banane plantain; les fruits et les légumes;

5- l’instauration des contrôles permanents des prix par des agents assermentés dans les ports, les marchés, les grandes enceignes, les magasins;

6- La mise en œuvre effective d’une véritable politique économique, articulée sur le développement d’une agriculture locale diversifiée, moderne et mécanisée et d’une industrie agro-alimentaire digne de ce nom.

Fait à Brazzaville, le 20 mai 2022

Pour le Comité Directeur

Le Premier secrétaire national

Mathias DZON