Le mois prochain, c’est-à-dire le mois de mars, le peuple congolais va commémorer les 45 ans des morts tragiques des Présidents Marien Ngouabi et Alphonse Massamba-Débat et du Cardinal Emile Biayenda, trois illustres personnages congolais. Cette commémoration vient comme un signal d’alarme nous rappelant, à nous tous: hommes politiques qui nous gouvernent, pasteurs et religieux, croyants et agnostiques, lambdas, riches et pauvres, malades et bien portants, etc, qu’aussi cher que l’on puisse la payer, toute vie doit finir et descendre à la fosse!

Au Congo, notre cher pays, les chrétiens catholiques célébreront, le mois de mars prochain, une messe solennelle pour le repos de l’âme du Cardinal Emile Biayenda dont l’on attend toujours l’aboutissement de la cause de béatification. Ils iront s’incliner sur sa tombe sise dans la cathédrale du Sacré-Cœur à Brazzaville. Les membres du Parti congolais du travail (P.c.t) ainsi que les membres de sa famille iront, quant à eux, au Mausolée Marien Ngouabi, s’incliner sur la tombe de ce dernier et y déposer des couronnes de fleurs.
Seul le Président Alphonse Massamba-Débat n’aura pas droit à ces honneurs de la part de ses enfants, de ses amis et des patriotes congolais qui l’ont connu et aimé. Pour cause, il est le seul parmi les trois, morts dans la même semaine, à n’avoir pas de sépulture. 45 ans après sa disparition, le temps n’est-il pas arrivé de lui donner, quelles que soient les erreurs qu’il ait commises (que celui qui d’entre nous n’en a jamais commis, lui jette la pierre), une sépulture symbolique, en l’occurrence, un cénotaphe, c’est-à-dire un monument ou une tombe érigée à sa mémoire, même sans son corps? Et aussi, pourquoi pas lui ériger une statue à l’un des ronds-points de Brazzaville? Ce cénotaphe et cette statue sur lesquels ses enfants, sa famille, ses amis et tous ceux qui l’ont connu et aimé avec ses qualités et ses défauts, iraient s’incliner ou déposer des couronnes, des gerbes de fleurs.
Il sied de rappeler que le Président Alphonse Massamba-Débat, deuxième Président de notre pays, a contribué, de façon dynamique, à l’installation et l’édification d’une infrastructure industrielle indiscutable et, surtout, à assurer une base et un équilibre économiques sains où tous les espoirs étaient permis. Beaucoup de Congolais le lui reconnaissent.
Il sied de rappeler aussi qu’après l’historique «J’assume» du Président Denis Sassou-Nguesso à la Conférence nationale souveraine de 1991, le Président Alphonse Massamba-Débat avait été réhabilité à l’instar de tous les anciens Présidents de la République (Abbé Fulbert Youlou, Marien Ngouabi et Jacques Joachim Yhombi-Opango). Quant au Président Denis Sassou-Nguesso, il avait été pardonné de ses erreurs. Ce qui lui avait permis d’être l’un des acteurs importants de la Transition qu’il dirigea ensemble et de concert avec Mgr Ernest Kombo, Président de la Conférence nationale souveraine et Monsieur André Milongo, Premier ministre élu par ladite Conférence nationale souveraine, laquelle Transition dont je fus l’un des membres du gouvernement.
«L’homme moderne, ou plus précisément celui des temps actuels, a tendance à se considérer par rapport à Dieu dans la mesure où il veut s’affranchir de tout ce qu’il ne comprend pas, de la transcendance de Dieu : il se voit comme le super-homme, l’égal de Dieu. Il croit tout contrôler, grâce à l’apport de ses propres inventions technologiques et cybernétiques. L’homme dans ses exploits scientifiques pense défier Dieu pour se mettre au même pied d’égalité, ou plus encore, au-dessus de Dieu de qui il tient la vie. L’homme actuel a tendance à oublier qu’il n’est qu’une créature et que son Créateur lui a accordé des facultés et une liberté pour s’autogérer. Seulement, il est une réalité en face de laquelle, au-delà de toute conception, et de toute imagination, l’homme doit se reconnaître dans sa fragilité et son anéantissement. C’est dame Mort. Celle-ci prend la majuscule pour signifier combien elle est incontournable pour toutes les créatures, sans exception aucune. Il n’y a ni riche ni pauvre, ni grand ni petit, ni puissant, ni faible, etc. qui résistent face à la mort. C’est dire combien, malgré les recherches de toutes natures, l’homme en face de la mort éprouve sa limite intrinsèque et extrinsèque. Ne serait-ce pas ici une interpellation pour ceux qui vivent sans songer au lendemain et/ou à une existence après celle sur terre, de prendre conscience et d’être plus humbles, c’est-à-dire de reconnaître leur petitesse devant une situation incontrôlables et qui échappe à toute maîtrise humaine?», dixit Père Marie Benjamin de la Rédemption.
Ainsi, il convient de dire avec le psalmiste, cité par le Père Marie Benjamin de la Rédemption, «l’homme vivrait-il encore indéfiniment? Jamais ne verrait-il pas la fosse? Alors qu’on voit les sages mourir, périr avec l’imbécile et la brute, en laissant à d’autres leurs fortunes. Ils croyaient leurs maisons éternelles, leurs demeures impérissables, et ils avaient donné leurs noms à des terres…» (Psaume 49/48, 10-12).
De son côté, Maria Vargas affirme que «tout homme vit la mort à chaque instant, à chaque geste qu’il fait. Tout peut dégringoler sur lui; la mort est toujours là. La vie est comme la petite flamme de la lampe; elle peut s’éteindre d’un seul coup et c’est la mort». Comme quoi, l’on a beau faire le zouave, l’épitaphe nous attend au tournant. Vérité inéluctable, n’est-ce pas?
Pardonner est une action plus noble et plus rare que celle de se venger. Qui plus est, celui qui est incapable de pardonner est incapable d’aimer. «Du pardon naît la paix, et la paix engendre la joie», dixit Saint-Paul.
En ma qualité de citoyen congolais et d’ancien ministre de la République, je requerrais qu’il plaise à nos autorités actuelles qui nous gouvernent, le Président de la République, les vénérables sénateurs, les honorables députés, le Premier ministre, tous les membres du gouvernement et le médiateur de la République, de mettre tout en œuvre pour ériger un cénotaphe et une statue pour le Président Alphonse Massamba-Débat, quelles que soient les erreurs qu’il ait commises, aucune œuvre humaine n’étant parfaite. L’erreur n’est-elle pas humaine?
Donner donc un cénotaphe et une statue au Président Alphonse Massamba-Débat serait une preuve de reconnaissance du peuple congolais. Ce qui tairait aussi certaines rancœurs et constituerait, cela va sans dire, un grand pas vers la réconciliation et l’unité nationales, et ipso facto vers «la paix des cœurs et la tranquillité des esprits», vœu on ne peut plus cher au Président Denis Sassou-Nguesso.
Une société congolaise plus juste et plus humaine s’impose et nous interpelle. Tous les hommes politiques et tous les citoyens congolais, quels qu’ils soient, doivent en être pleinement conscients. Comme l’a si bien dit Martin Luther King Jr, «nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon, nous allons mourir tous ensemble comme des idiots». Pensons-y.

Dieudonné
ANTOINE-GANGA.

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