Le discours devient viral: «Un nouvel ordre international est en train de se mettre en place». Ici même, la question a été abondamment soulevée, sous divers angles, mais avec un invariant: demain se conçoit aujourd’hui. Demain se conçoit aujourd’hui par la capacité des sociétés humaines à imaginer les scenarii possibles, les futurs possibles de leur devenir. C’est l’exercice obstiné de tout pouvoir politique et des organisations de la société civile, s’ils ne veulent pas être surpris par les évènements ou être à la remorque des autres.
Comme le dit Edgar Morin, dans «Les sept savoirs…», la complexité du monde actuel appelle à «apprendre à naviguer dans un océan d’incertitudes, à travers des archipels de certitude». La formule du poète grec, Euripide, vieille de vingt-cinq siècles, est plus actuelle que jamais: «L’attendu ne s’accomplit pas, et à l’inattendu un dieu ouvre la porte». Le caractère désormais inconnu de l’aventure humaine doit nous inciter à préparer les esprits à s’attendre à l’inattendu pour l’affronter.
L’inattendu en Europe vient de créer des inattendus exogènes dans le reste du monde: inattendu politique, inattendu alimentaire et inattendu énergétique. Ceux qui ne s’y sont pas préparés imaginent précipitamment des plans de résilience. Il faut bien le faire. Mais, l’impératif catégorique auquel il n’est plus possible d’échapper est la vision prospective des sociétés. Elle va des nouveaux mythes fondateurs des nouvelles conformités nationales au rapport à l’altérité.
Certaines Nations de ce monde imposent leurs éléments de puissance aux autres, pour mieux les assujettir. Il s’agit de la puissance de la technologie, de la puissance militaire ou de la puissance des sanctions. Ces Nations dessinent le nouveau visage du monde à plus ou moins long terme, à leur seul profit. Les conséquences sur les autres Nations leur importent peu, tant que cela ne fragilise pas leur confort, au sens large. C’est une forme d’impérialisme qui transfert les effets des inattendus des puissants aux «pauvres bougres» d’Afrique notamment.
La riposte à cette forme d’impérialisme est que les sociétés africaines aient leur propre lecture du futur. Les aléas du monde contemporain, souvent exogènes à l’Afrique, invitent celle-ci d’abord à questionner son état physique. A plus ou moins long terme, que deviendront ses richesses, ses eaux, ses forêts, ses minerais, ses déserts, ses villes, ses villages et sa population; mais aussi son agriculture, son commerce, son industrie et son énergie. Quels sont les enjeux majeurs du devenir de ces marqueurs, face à l’altérité.
A cet effet, il y a lieu de se méfier des prolongations tendancielles; l’avenir est plutôt d’allure discontinue. Ensuite, s’ouvrir à toutes les sciences de l’homme, en favorisant le débat d’idées, sans préjugés. Parce qu’il faut «à la fois, pour se méfier de ceux qui promettent des lendemains qui chantent comme de ceux, ces temps-ci plus nombreux, qui prévoient l’apocalypse. Raisonner sur demain impose d’abord d’être raisonnable et pondéré, avec des scénarios certes contrastés». Julien Damon n’a-t-il pas raison de nous le rappeler?

Prométhée