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L’homme face à l’enjeu politique: la bienveillance, donc l’acceptation de l’autre

L’homme face à l’enjeu politique:  la bienveillance, donc l’acceptation de l’autre

Brazzavillois de naissance et de cœur, je suis né et j’ai grandi dans la cité de la capitale de la France-Libre: le refuge d’honneur du général De Gaulle. J’ai pu bénéficier de l’ascenseur social et ai pu échapper à l’obscurantisme, grâce à «l’école de la République». Comme beaucoup de jeunes de ma génération, j’ai vécu une enfance dépourvue de luxe, mais heureuse. Ma mère était une bonne protestante; un esprit libre. J’ai personnellement cessé d’aller au temple vers l’âge de douze ou treize ans. J’étais dans une famille congolaise au sens le plus large du terme, au milieu des populations groupées autour des colons, missionnaires, fonctionnaires, artisans, agriculteurs, instituteurs, commerçants, ouvriers, ferments agissants des temps nouveaux, forces spirituelles et forces physiques.

Brazzaville était devenue le symbole d’un moment de l’énergie française. Une première question tout-à-fait légitime trottine dans ma tête: Brazzaville d’aujourd’hui peut-elle devenir, à son tour, un moment de «l’énergie congolaise» pour construire un monde meilleur? Une ville qui a commencé par se doter du Centre d’enseignement supérieur qui a fait la fierté de l’Afrique centrale, avant qu’elle ne devienne l’Université Marien Ngouabi. Ici, combien de cadres se sont spécialisés en droit et d’autres disciplines? Demain, des Congolais voire des jeunes venus de pays divers d’Afrique vont fouler le macadam de l’Université Denis Sassou-Nguesso. Tous ces efforts, je suppose, c’est pour que l’Etat transmette aux générations le goût de l’effort, les connaissances et l’importance de s’engager pour le pays. C’est ainsi qu’il y a un lien originel et donc profond autant qu’étroit entre la République et l’école.
Une autre question trottine dans ma tête, aussi légitime que la précédente: né dans une famille dépourvue d’acteur politique, de député, de ministre et de haut fonctionnaire, ma jeunesse dans le contexte serait réduite au voyageur sans boussole, sans orientation dans le labyrinthe de la débrouillardise où la politique ne sait pas programmer le salut public. Depuis l’arrivée du gouverneur général noir, Félix Eboué, à Brazzaville, cette seule présence avait dévoilé le mécanisme de l’évolution chez nos parents et a permis de renouveler, en profondeur, leur connaissance de l’homme en devenir.
A tel point que, pour ma mère, il ne pouvait y avoir d’indépendance et de démocratie vivante sans des citoyens éclairés, capables de délibérer sur le bien public, de participer au débat national en échangeant des arguments. A partir de ce moment-là, elle n’a pas arrêté de me convier à mener l’assaut sur trois fronts: le front du savoir, le front du service public, le front de l’éthique. Cela me rappelle presque la tripartition de la République de Platon. Sans avoir été à l’école, la prouesse de ma mère, c’est de s’approprier l’idée de l’émancipation qui est inséparable de l’histoire de la construction nationale.
Or, malgré ce, et curieusement, les hommes politiques ayant accédé aux hautes charges de l’Etat ne font plus de l’école leur préoccupation. Qu’est-ce que la politique et plus généralement l’homme politique? Une simple occasion de rivaliser en beaux discours? Une simple occasion de se goinfrer des deniers de l’Etat? Une simple occasion d’exercer son prestige sur des hommes et des femmes en quête de cadeaux? Une simple occasion d’exercer son influence sur des femmes en quête de privilèges? C’est bien la thèse d’une politique dévoyée en permanence.
L’idée de la politique disparaît dans la définition même de celle-ci. Je ne vois pas pourquoi le Congolais en particulier ou l’Africain en général ne serait pas compatible avec la démocratie des autres. Faire de la politique au Congo ou en Afrique n’implique pas de rejeter l’humilité, le respect, la tolérance, la générosité, la fraternité, la sagesse. Par exemple, le respect rejoint ici le sacré et ses interdits: l’homme est intouchable, inviolable. Les vivants et les morts doivent être respectés. La question se pose donc: qu’est-ce que la politique, si ce n’est, entre autres, la bienveillance, donc l’acceptation de l’autre? Puisque notre survie est tributaire de la société, ne sommes-nous pas condamnés à fraterniser? Il faut dire qu’au Congo, dans la liesse de la flambée des prix du pétrole, ces années d’abondance ont connu l’enrichissement de l’Etat, par la suite il s’est forgé un climat d’individualisme exacerbé instituant largement le règne du chacun pour soi, la corruption, l’enrichissement d’une minorité contre la paupérisation de la majorité.
Aujourd’hui, l’homme politique de ce début de siècle doit faire face à un autre choc, qui vient s’ajouter au premier: la crise sanitaire de covid-19. Nous découvrons que quels que soient nos grades et qualités, nous sommes logés à la même enseigne. Le virus nous invite à de nouvelles initiatives. Comment exercer le pouvoir politique? Quel que soient nos grades et qualités, il faut ouvrir nos cœurs. Il faut mettre en place une stratégie et un accompagnement à la solidarité aux «blessés de la vie». C’est ce que le gouvernement a commencé de faire dans le cadre des aides gouvernementales et des réseaux associatifs. Il faut aller plus loin. Il est naturel de croire aux hommes politiques.
La nature semble exister pour ceux des acteurs politiques qui font de la terre une terre saine. Car ceux ou celles qui vivent sur ces terres désirent vivre une vie heureuse et nourrissante. La vie n’est donc douce et tolérable que si le projet politique qui l’abrite inspire une connaissance claire des principes qui guident son organisation. Les périodes de grande civilisation sont celles où les conditions de l’émancipation de l’Homme sont réunies. Quand on s’éloigne des principes universelles, le soit disant homme, appelé homme politique, est amené à bricoler. Il ne fait plus de la politique. Car, il est clairement défini que l’histoire des peuples, à partir du moment où un peuple possède des institutions démocratiques, est celle d’une succession des choix qu’ils feront eux-mêmes.
La société congolaise est riche, même si le mot choque. Dans un univers peuplé de démunis, de dépossédés, elle doit faire partie des pays qui, au prix de l’Unité, du Travail, doivent s’arracher aux contraintes avilissantes de la misère, pour tendre vers le Progrès. Le fait est là: la réalité sociale du Congo est celle d’une société en voie de délitement. Le rôle qui incombe à tout homme politique est de contribuer à concevoir un Etat administré, perfectionné, en vue du service qu’il peut rendre aux citoyens.
L’Homme politique, c’est celui qui veille au fonctionnement des institutions politiques, qui doit assurer la stabilité et l’efficacité indispensables à la vie démocratique. Les pires des difficultés que pose le fonctionnement de la vie politique dans notre pays relèvent de deux ordres, en réalité, institutionnel et du caractère inutilement dramatique du débat politique. Cela trouve son origine dans le tempérament de notre histoire récente. Notre vie politique n’a toujours pas été exaltée par la passion de conserver le pouvoir au risque de compromettre gravement l’unité nationale. L’homme politique doit orienter le pays dans la direction où la vie politique mène vers le bonheur.

Joseph BADILA

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23 octobre 2020, 04: 19

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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