Noël et le nouvel an sont passés. Il y a eu des dépenses par-ci et par-là, pour se faire plaisir, dit-on. Dans cette atmosphère de fête, nos amis communs, Itoua, Mboungou, Tati et Yakamambu, la conscience aiguë de ce décalage permanent entre l’idée que l’on peut se faire de la fête et du bonheur et la réalité douloureuse d’une société trop dure pour tous les citoyens lambdas qui vivent dans ses marges. La conscience aussi du peu de poids des mots pour répondre aux vraies détresses, plus vraies et plus inacceptables encore en ces rendez-vous rituels du calendrier que les jours ordinaires.
«Noël est-il un jour différent des autres?», se demandent-ils. Car pour Itoua, Mboungou, Tati et Yakamambu, il n’y a pas eu de trêve pour les exploités, les opprimés, les affamés, les torturés. Ils auraient bien voulu t’annoncer ou t’écrire quelque chose de plus optimiste, pour fêter Noël et le nouvel an. Mais, ils éprouvent, malgré eux, de la gêne. Mauvaise conscience? Qui ne la ressent pas dans cette atmosphère de grande bouffe? Quelle est la signification de Noël, pour la majorité des Congolais, sinon celles d’une grande bouffe et de distribution de cadeaux aux enfants?
Pas un mot, hélas, n’est à reprendre. Et les chants célestes que l’on a entendus dans les églises et autres temples n’ont pas couvert, plus cette année que d’autres, les cris qui ne cessent de monter des prisons du monde entier, ni les larmes silencieuses des enfants des pauvres, des vieillards solitaires, parce que soupçonnés d’être sorciers, des chômeurs ou des diplômés sans emploi, des veufs, des veuves et des orphelins qui ne se sont contentés que du spectacle de l’opulence des autres.
Itoua, Mboungou, Tati et Yakamambu voudraient nous rappeler, à toi et à nous autres, que Noël est avant tout la fête des droits de l’homme, solennellement proclamés par les Nations unies. Ces droits de l’homme qui, aujourd’hui, sont incertains. Ces droits de l’homme, tous sans exception: les droits de rire et de dire publiquement ce que l’on pense. Le droit de rire et de chanter. Mais aussi le droit de travailler, d’aller à l’école, d’être soigné lorsqu’on est malade et de se reposer, et d’abord le droit de manger. Ces droits auront-ils, un jour, la moindre chance d’être respectés et garantis chez nous, à tous, aussi longtemps que la richesse et le bonheur de quelques-uns seront nourris et assurés par la misère des autres? Dans ce pays où nous sommes, le riche, le grand et le petit de quelqu’un? Comprenne qui pourra. Au revoir et à bientôt!

Diag-Lemba.