Il n’en est pas visiblement de l’amitié entre Nations comme de l’amitié entre individus. Dans le privé, la véritable amitié a besoin d’estime, de franchise, d’exigence. Quand un homme se conduit mal, qu’il manque à la parole donnée, qu’il se montre dur, arrogant, insolent ou égoïste, le devoir de celui qui est son ami est de le lui dire et, le cas échéant, de prendre parti pour sa victime contre lui.

La France est l’amie de beaucoup de pays africains dont les anciennes colonies françaises. Et c’est très bien. Qui n’en est pas heureux, même si les Etats n’ont pas d’amis mais plutôt des intérêts? Des liens profonds, historiques, culturels, sentimentaux nous attachent au peuple français, qui est un grand peuple dont la devise est «Liberté-Egalite-Fraternité» plein de spiritualisme et de bonté.
Mais, ce qui n’est pas une raison, lorsque Monsieur Jean Yves Le Drian, ministre français des affaires étrangères, commet une action ou fait des déclarations qui choquent notre morale et notre dignité d’hommes pour ne pas les lui reprocher. «Être l’ami de quelqu’un, c’est être l’ami de son honneur», dixit Jean Dutourd. Il n’est pas à l’honneur de la France de nous infantiliser ou de jouer au gendarme.
Tenez! Au lendemain du putsch perpétré au Mali, Monsieur Le Drian, oubliant que tout diplomate est ministre la paix et non un pyromane, a accusé la «junte illégitime» au pouvoir de prendre des «mesures irresponsables». Ce à quoi le chef de la diplomatie malienne, Monsieur Abdoulaye Diop, a répliqué que «ces insultes et ces propos empreints de mépris sont inacceptables et ne sont pas une preuve de grandeur… La France applaudit les coups d’Etat quand ils vont dans le sens de ses intérêts et les condamne quand ils vont dans un sens contraire à ses intérêts. C’est surprenant de la part d’un diplomate de la trempe de Monsieur Le Drian qui parle au nom d’un grand pays, la France. Ce sont des propos que je condamne, qui sont inacceptables. Et je crois que les insultes ne sont pas une preuve de grandeur. Nous devons, tous, nous respecter. Il est bon que Monsieur le Drian comprenne que ce ne sont pas les insultes qui règlent les problèmes entre Nations, que ce que nous attendons de la France, grande Nation, est qu’elle puisse avoir une attitude constructive, moins agressive, moins hostile et moins empreinte de mépris vis-à-vis des autorités maliennes qui incarnent aujourd’hui la souveraineté de notre pays».
D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les autorités françaises tiennent de telles insultes à l’endroit de leurs homologues africains qu’ils considèreraient comme de petits écoliers. Par exemple, en 1994-1995, rendant visite au Président Pascal Lissouba, l’ancien ministre français, Michel Charasse, déclara à sa sortie de l’audience avec autosatisfaction: «Je suis venu dire au Président qu’il faut assurer l’autorité de l’Etat et qu’il n’y a ni Etat, ni démocratie sans autorité».
De son coté, Michel Roussin, ancien ministre français délégué à la coopération, déclara avec virulence, arrogance et désinvolture, comme un gendarme intimant un ordre: «Il faut que le Président Lissouba nous démontre sa capacité à diriger un Etat». Ces propos ne constituent-ils pas des propos inacceptables et empreints de mépris vis-à-vis de nos autorités africaines? Elles sont carrément injures et irrespects. «Les mots tuent autant que les armes. Ce sont eux qui, à travers l’usage pernicieux de certains médias, mettent la haine dans le cœur des hommes et arment le bras des enfants», dixit Yves Sandoz.
A entendre Messieurs Le Drian, Charasse et Roussin, nous les Africains, nous serions incapables de réfléchir par nous-mêmes, d’appréhender les problèmes, de maîtriser notre destin. Que l’on cesse de nous imaginer comme «la chose» de la Russie, de la France, de la Chine, des Etats-Unis d’Amérique, etc. Il est temps que la France cesse d’établir avec nous des rapports de supériorité. Elle peut savoir, pas nous; elle peut penser, pas nous. Or, le non-respect d’autrui ressemble au non-respect de soi-même, le principe d’une existence étant de ne pas rougir de soi.
La France et l’Afrique doivent perpétuer la confiance entre elles, renforcer et consolider notre amitié réciproque, pour que vivent la France et nos pays, vive la grande famille des hommes libres et égaux, dans le respect et la dignité réciproques. Les Africains ne veulent pas d’injonctions. Ils veulent seulement qu’on les laisse travailler en toute souveraineté dans la dignité et le respect mutuel.

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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