Plus de 2000 candidats pour 151 sièges! Avec ces élections, ce n’est pas seulement l’engouement, plutôt la conquête du bien-être. En République du Congo, les fonctions politiques sont très bien rémunérées. Elles ont créé une bourgeoisie qui suscite beaucoup d’appétit dans la société. Un député à l’assemblée nationale, c’est une base mensuelle de 3 à 5 millions de francs Cfa, sans soustraction (ni de cotisation sociale, ni d’impôts), suivant les frais de session et de descentes parlementaires. Alors, cela constitue comme un appel d’air. Qui ne veut pas bien gagner sa vie? Dans ces conditions, tenter l’aventure, cela vaut la peine!
Au passage, l’Etat fait aussi ses affaires. Avec plus de 2000 candidats, ce sont plus de 3 milliards de francs Cfa de recettes enregistrées, rien que pour les législatives. Si on y ajoute les locales, on peut estimer que le Trésor public a enregistré des recettes de plus quatre milliards de francs Cfa, pour ces élections. Sans compter les autres menus frais, comme le paiement des casiers judiciaires, etc.
Avec cette armada de candidats, la campagne électorale prend l’allure d’une foire d’empoigne pour se faire voir plus que les autres. Les candidats rivalisent d’effervescence dans l’animation de leurs militants. Conséquence, le discours politique, là où il peut encore exister, est noyé dans le vacarme des sonos qui diffusent de la musique à tue-tête. La circulation automobile est encombrée à plusieurs d’endroits, les affiches et les banderoles se noient entre elles dans les principaux lieux publics, etc. On ne sait pas si les électeurs sont appelés à choisir parmi les plus beaux ou les plus élégants des candidats ou ceux qui diffusent la plus belle musique pour les envoyer à l’assemblée nationale. A l’intérieur du pays, les candidats sont des pères Noël, accueillis dans des danses traditionnelles où ils distribuent parfois es billets de banque. Les populations choisiront parmi ceux qui les auront inondées de dons et de promesses: «Si je suis élu, je ferai ceci; je ferai cela». Ainsi va la politique au Congo, vive la démocratie!
Dans un pays où l’Etat peine à mettre en place une politique adéquate de sécurité sociale, où la création d’emplois n’est plus l’objectif de la gouvernance publique, où la croissance économique est sacrifiée à l’autel de l’endettement, où l’amélioration des conditions de vie des populations n’est plus qu’une histoire d’éternelles promesses, la politique est devenue le terreau du sauve-qui-peut, pour échapper à la précarité sociale. Depuis l’avènement de la démocratie, les anti-valeurs ont envahi la vie publique, malgré la volonté affichée des pouvoirs publics de les combattre.
Les fonctions politiques apparaissent comme de précieuses bouées de sauvetage social que beaucoup visent, sans faire l’effort d’en acquérir les qualités. Parmi les nouveaux candidats, beaucoup auront du mal à parler du rôle d’une chambre parlementaire ou qui ne savent pas comment est constituée une loi des finances. Mais, ils sont candidats et ils l’apprendront une fois élus. Ce qui compte pour eux, ce n’est pas ce qu’ils iront faire au parlement, mais ce qu’ils seront: députés, avec ce qui va avec en train de vie et en prestige social. Bref, quand la politique tue le travail, on paralyse le développement!

L’HORIZON AFRICAIN