Les Koongos établis dans le département ou dans la région du Pool, descendent de l’un des douze clans ou mvilas primordiaux se caractérisant par une dénomination commençant par le préfixe «Ki»: Kikahunga, Kikuimba, Kimbembé, Kimpanzu, Kindamba, Kingandu, Kinimbi, Kinsembo, Kisenguélé, Kinsundi, Kivimba et Kiyinda. Ces douze clans dont la dénomination peut changer ou varier selon l’espace géographique de peuplement koongo, comme le sont ceux des Koongos du Pool:    1- Kimbémbé ou Kinkumba ou Kinsuga;
2- Kingoyi ou Kimakodo ou Kimbada;
3- Kinsundi ou Kimbweya;
4- Kimpanzu ou Kibuendé;
5- Kikuimba ou Kiloza ou Kifumvu;
6- Kivimba ou Kinkala ou Kinsaku;
7- Kindamba ou Kifuma;
8- Kimpaga ou Kikahunga ou Kingoma;
9- Kimbuzi ou Kimanéné ou Kimbenza;
10- Kindunga ou Kinsémbo;
11- Kingila ou Kimazinga;
12- Kisenguélé.

Tous ces clans ont toujours un lien ombilical permanent avec l’un des trois clans originels, Nsaku, Mpanzu et Nzinga dont ils sont d’ailleurs des rameaux. Les Koongos sont matrilinéaires du fait que c’est la mère qui qui leur transmet le sang. C’est pourquoi les enfants appartiennent à la famille maternelle.
Par exemple, tout Koongo du Pool est censé posséder quatre clans ou mvilas: le mvila principal étant celui de la mère et les trois autres étant respectivement ceux des clans du père, du grand-père paternel et du grand-père maternel. Le clan est immortel. Un village koongo peut être rayé de la carte, mais un clan ne saurait s’éteindre. Le clan reste, donc, la pièce essentielle du système social koongo.
Le révérend Père Jean Wing, ancien missionnaire dans le Bas-Congo, en République Démocratique du Congo, définit le clan comme «la collectivité de tous les descendants par filiation utérine, d’une aïeule commune et qui portent le nom de cette collectivité. Il comprend tous les individus des deux sexes, les défunts et les vivants. Chaque clan a une devise que tout Koongo rappelle lors des circonstances solennelles ou utilise pour calmer l’enfant qui pleure. Certains clans ont un animal-totem, comme le léopard ou le caïman et des interdits alimentaires».
Les douze clans ont les mêmes lois transmises de génération en génération depuis le Royaume du Kongo (Kongo dia Ntotila), applicables à tous les Koongos de quelle que région qu’ils soient. Les ancêtres les leur ont transmises et inculquées très rigoureusement, quand ils se sont séparés pendant les émigrations. Il existe chez les koongos, trois lois très importantes et qui sont:

A- La loi des interdits alimentaires

Cette loi des interdits alimentaires «les Biinas» ou «les Binkonkos» chez les Koongos du Kouilou (les Vilis) ou encore chez les Koongos de la République Démocratique du Congo, prescrit aux Koongos de ne jamais consommer des aliments défendus. Chaque clan a les siens propres qui peuvent varier selon les régions, les départements ou les pays.
Chez les koongos du Pool, l’on peut distinguer, parmi les «biinas», ceux concernant tous les membres du clan proprement dit, comme ne pas consommer de la viande de caïman ou de la panthère, leurs totems, des escargots, etc, ou ceux propres à la gent féminine, comme ne pas manger de la viande de boa, de la civette, etc.
Enfin, les «biinas» du clan ne doivent pas être confondus avec les mets défendus par le guérisseur «le nganga mpodi» et ceux dont s’abstiennent certains Koongos depuis leur enfance, comme par exemple ne pas manger du pain de manioc, des arachides, pour la simple raison que le jour où leur mère les en a nourris, ils en ont été malades.
Ceux qui n’observent pas tous ces interdits, tombent le plus souvent malades. Ils souffrent, pour la plupart, d’allergies qui provoquent sur leur corps, des tâches (les bisampalas, les ntchingas ou les matonas). Certains en mourraient.

B- La loi du «Zikana»

La loi du «Zikana», dite loi de l’enterrement mutuel, est la loi au terme de laquelle les membres du clan ou qui ont gardé des liens ordinaires de l’amitié, délèguent des représentants aux obsèques, avec des présents constitués de linceuls entre autres.

C- L’exogamie

L’exogamie est la loi essentielle et fondamentale qui prohibe toute relation sexuelle ou tout mariage entre un homme et une femme, tous deux koongos du même clan. «Ka ba kwelesa ka menga ma mosi ko», c’est-à-dire que l’on ne se marie pas avec son propre sang, l’on ne se marie point entre membres du même clan maternel.
Ainsi, le mariage ne peut être conclu qu’entre un homme et une femme de clans matrilinéaires différents. Ce qui signifie qu’un homme du clan kikuimba ne peut pas se marier avec une femme du plan kikuimba comme lui. Ils ont le même sang.
L’exogamie est, en effet, d’une application très stricte. Elle est préservatrice du clan. Les relations entre un homme et une femme du même clan constituent un inceste et un crime aux yeux des Koongos, un crime aussi abominable que la sorcellerie. Elle rend ipso facto incestueux non seulement le mariage, mais tous rapports extra-matrimoniaux entre membres du clan et de ses divers groupes.
L’exogamie est toujours en vigueur. A ce propos, il sied de signaler que l’Eglise catholique romaine au Congo, avant de célébrer tout mariage entre Koongos du Pool, prend le soin de vérifier si les futurs époux ne sont pas du même clan. Une fois les liens du même clan avérés, le mariage ne peut être célébré.
Autrefois, les coupables d’inceste étaient brûlés vifs. Le fruit du crime était impitoyablement supprimé. Ce forfait entraînait nécessairement des châtiments de Dieu Tout-Puissant, Nzambi-a-Mpungu, sur tout le clan: recrudescence de mortalité et de maladie parmi les membres, stérilité de la gent féminine, perte du petit bétail, sécheresse de la terre, etc.
Quand cet inceste était caché et si l’on constatait que ni le coupable, ni le clan n’avaient été frappés par des châtiments prévus en pareil cas, les sages du clan concluaient que la branche coupable n’avait plus le même sang. Cette branche était bannie et ne faisait plus partie du clan et adoptait un autre nom de clan.

D- Le mariage, une alliance

Le mariage est, pour les Koongos, une alliance et non un contrat. Cette dernière définition est l’élément le plus dominant. Il n’est pas seulement l’union des deux personnes; il est en même temps l’union de quatre familles: les deux familles paternelles et maternelles respectives de l’époux avec celles de l’épouse. A ce propos, le Premier ministre Bernard Kolelas affirme: «Ces familles vont s’entraider, s’assister dans le bonheur comme dans le malheur; elles vont former une plus grande famille. Mais, les limites de cette famille agrandie ne s’arrêtent pas là. Elles vont se perdre dans un autre cercle de parenté moins proche, pour faire un ensemble de huit familles. Ce cercle est constitué des familles du grand-père maternel et du grand-père de l’époux, ainsi que des familles correspondantes de l’épouse. Chez les Bakoongos, cette «mégalo familia» est une réalité vivante. Ce qui fait principalement la cohésion des Bakoongos».

Conclusion

Où qu’ils soient ou qu’ils seront, les Koongos doivent donc être déterminés à préserver et à défendre, coûte-que-coûte, leur culture, leur langue, leurs coutumes, leurs traditions, leur dignité et leur identité dans cet environnement qui tend à les influencer et à les dénaturer. «Wa dia fua yika dio», c’est-à-dire travailler à accroitre l’héritage reçu et légué par leurs ancêtres depuis Kongo dia Ntotila. Ce proverbe qui préconise l’effort et la persévérance, doit être un élément cardinal de leur modus vivendi. Il n’y a pas honte à cela. Car, comme l’a affirmé Calixte Baniafouna «un peuple qui oublie son histoire n’a ni présent ni avenir». Qui plus est, il est analogue à une gargoulette trouée par le fond.

                                                                                                                         Dieudonné
                                                                                                              ANTOINE-GANGA

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