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Les chroniques de Bibi Nzorobé :  Le Congo est-il devenu un cimetière?

Mon grand-père me disait que la mort est de plusieurs sortes et a plusieurs formes. Il y a la mort physique, la mort clinique, la mort morale, la mort intellectuelle et la mort spirituelle. Cela dépend parfois des pays et des cultures. En Europe, la mort physique se manifeste par l’arrêt cardiaque; en Amérique, la mort est surtout cérébrale, c’est-à-dire quand un malade est en stade de coma dépassé et que son cerveau ne fonctionne plus, il n’a plus aucune activité.
La mort clinique est un état qui s’observe lorsque les tests cliniques, effectués et répétés plusieurs fois, pour vérifier la mort d’une personne, montrent que le patient n’a plus d’activité musculaire spontanée, plus de réflexes et ne respire plus. La mort clinique peut-être un état simplement temporaire. On peut parler aussi de mort imminente.
La mort morale décrit la situation d’un être qui a perdu toutes notions de valeurs. Il ne fait plus de distinction entre le bien et le mal, il n’a aucune éthique dans sa conduite, ses mœurs sont dissolues et qu’une atmosphère de crimes règne dans la société à tous les niveaux.
La mort morale arrive lorsque les gens adorent l’argent facile et sont prêts à tout sacrifier pour l’acquérir, en se fourrant dans les loges, toutes sortes de croyances et pratiques iséfétiques. La mort intellectuelle est surtout le fait palpable dans certains Etats et sociétés. C’est le cas du Congo où tout le monde est gangréné par une peur qui engendre la mort spirituelle. On me rétorquera qu’avec le nombre impressionnant d’églises, temples et mosquées, c’est plutôt un signe de vitalité spirituelle.
Erreur, car sans vouloir juger qui que ce soit, il est perceptible que ceux qui se rendent en masse dans ces lieux de culte le font par habitude, par convenance sociétale, pour coller à la mode ou par désespoir. Leurs prières se limitent aux demandes et requêtes; ils vivent d’ailleurs dans un syncrétisme religieux, mélange de croyances religieuses chrétiennes et animistes, voire magico-mystico-ésotériques.
En réalité, qu’est-ce qui se passe? Les Congolais sont devenus comme des individus qui ne pensent plus, ne réfléchissent plus sereinement, ils acceptent tout. Ils boivent tous les mensonges et bêtises, supportent toutes les injustices et brimades, ils vivent comme des demeurés collectifs. Quelle que soit la décision prise par les autorités, ils boudent en silence, mais sont incapables de réagir ou de faire des contre-propositions ou de critiquer celle-ci.
Ce qui se passe pour la gestion de la covid-19 est un exemple parlant. Régulièrement, le comité de gestion nous sert la même rengaine et personne ne relève le défi, même pas les spécialistes de la santé, en dehors des organisations de la société civile qui ont porté le plaidoyer sur la place publique et dont les autorités ont, pour une fois, été à l’écoute des sans-voix. Le confinement a brisé plusieurs entreprises, parce que le gouvernement n’a pas honoré les mesures d’accompagnement économiques promises. Tout le monde se tait, les chefs d’entreprises, les travailleurs, les commerçants de l’informel, chacun boude en silence et cela est un signe, une manifestation d’une mort intellectuelle, car pour permettre à un pays de vivre, les citoyens doivent participer ouvertement au fonctionnement de celui-ci, ils doivent réagir, faire des propositions et des contre-propositions. Lorsque tout le monde suit comme des moutons de Panurge, par peur de la répression, cela veut dire que tout le monde est mort et le pays aussi est mort, puisque plus personne ne réagit.
D’ailleurs, nous observons, au niveau des institutions, tous les dirigeants: ministres, sénateurs et députés, personne ne prend des initiatives. Ils laissent à un seul homme, au seul Chef de l’Etat, la charge de penser et de réfléchir à tout. Même à l’époque de Mâ-Onkôo et Mâ-Loango, ce sont les cours qui pensaient et réfléchissaient collégialement, après avoir écouté les doléances des populations, ensuite ils décidaient en tout état de cause.
Aujourd’hui, les mêmes dirigeants se contentent soit d’exécuter, soit de torpiller ou de critiquer en sourdine dans leurs salons. Personne n’est dupe, car les collaborateurs du Chef de l’Etat ont aussi peur de mal penser. Le résultat, c’est le marasme, la stagnation, la déliquescence qui conduit à la déchéance de l’Etat. Décidément, notre pays, le Congo, est mort. Mais curieusement, on constate aussi que les dirigeants congolais au pouvoir investissent, se soignent et dépensent à l’étranger, tout comme ils vont y vivre lorsqu’ils n’y sont plus. Mais tous, ils ont le même souhait: être enterré sur la terre de leurs ancêtres. Pourquoi alors ne pas la développer, lorsqu’ils sont aux commandes de la chose publique? Le Congo est donc un cimetière comme le constatait une blague «chinoise» qui a circulé sur les réseaux sociaux.

Bibi NZOROBE

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A propos de l'auteur

l'horizonafricain

L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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03 décembre 2020, 10: 55

L’editorial de la redaction

LES CÔTÉS AMERS DE LA DÉMOCRATIE!

Des milliers de supporters du Président Donald Trump ont manifesté, samedi 14 novembre dernier, à Washington, pour protester, une fois de plus, contre la présumée «fraude électorale» qui aurait privé leur champion de sa victoire à l’élection présidentielle du 3 novembre. Ils sont allés manifester leur colère jusque devant la Cour suprême des Etats-Unis, dans le quartier du Capitol Hill, comme pour appuyer les recours en justice introduits par les avocats du Président Trump. C’est la démocratie, peut-on dire! Mais, la démocratie a ses côtés amers et on l’oublie souvent.

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