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Le pygargue se tropicalise

Le tropique de cancer passe entre deux îles; il ne touche pas le sol du pays du pygargue. Mais, avec ce dérèglement climatique qui, semble-t-il, entraîne un dérèglement politique ou éthique, on se demande bien si certains pays dits démocratiques, ne sont pas en voie de tropicalisation, au regard du spectacle digne des républiques bananières qu’ils offrent au monde, ces derniers jours. En tout cas, ces derniers temps, le pygargue qui, d’habitude, ne vole qu’au Nord, a pris les couleurs locales des tropiques.
Voici une terre où le système binaire est roi. Ils ont des calculateurs si puissants qu’ils peuvent envoyer des sondes sur Mars. Ils ont un système productif si puissant qu’ils peuvent tout fabriquer. Ils ont un passé démocratique depuis les pères-fondateurs qu’un vote n’est juste qu’un exercice citoyen pour eux, enfin ne devrait être qu’un exercice de plus. Le choix binaire de leur système dans l’élection majeure leur offre l’avantage énorme de comptabiliser les préférences individuelles en un temps record. Mais non, ils se tropicalisent. D’habitude, ce sont les challengers (comme ils disent) ou les opposants qui contestent, protestent, appellent leurs partisans à occuper la rue, attaquent en justice. Ailleurs, c’est le sortant qui organise la fraude. Non, ici, c’est nouveau: le sortant accuse le prétendant d’organiser la fraude. Sans que tous les bulletins ne soient dépouillés, il se proclame élu. Il conteste les résultats; il enrage d’aller en justice. Non, le vote du peuple ne compte pas; il est élu. Puisqu’il le dit: ça suffit, sinon, il y a fraude; on n’organise pas les élections pour les perdre. La rhétorique bananière a pris du galon dans le pays du pygargue.
Finalement, l’humaine condition au regard du pouvoir ne connaît pas de frontières. Il suffit que l’homme, cette belle mécanique qui a une âme, mais aussi des états d’âme, voit se réveiller l’animal narcissique qui est en lui, pour qu’il perde toute la dimension éthique de la fonction politique. Au fond, en matière de positionnement politique, il n’y a rien de nouveau sous la voûte du ciel; c’est le narcissisme exquis.
Ce qui vient de se passer au pays du pygargue met au grand jour «la fin de la puissance réelle du politique»; il dévoile, tout simplement, «le cynisme des ambitieux», le narcissisme de l’homme politique, quel qu’il soit et où qu’il soit. On était habitué à cela dans les républiques bananières; ce qui est nouveau, c’est que les sociétés dites démocratiques montrent, peu-à-peu, leurs vrais visages: financement occulte des campagnes par-ci; convoyage d’électeurs pour une élection municipale par-là ou changement homéopathique de la Constitution ailleurs, avec un mouvement de va-et-vient et tentative de refus de l’alternance.
Au fond, ce ne sont pas les systèmes politiques qui sont en panne; c’est la bête politique qui révèle sa véritable nature, le refus d’une action politique alternative, par la confiscation narcissique du pouvoir. La tropicalisation du pygargue révèle, en fait, que les hommes politiques «mettent plus d’énergie pour sauver leur image que pour préserver la mission et la fonction que les appareils des partis et les suffrages leur ont confiées en tant que professionnels de la politique», comme le dit Alexandre Dorna. Parce qu’ils se croient supérieurs et plus importants que les autres, ils se croient éternels au pouvoir.

Prométhée

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l'horizonafricain

L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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25 novembre 2020, 14: 39

L’editorial de la redaction

IL NE FAUT PAS PÉNALISER LES GÉNÉRATIONS FUTURES

On a hérité de la période de vaches grasses, quand les budgets de l’Etat étaient excédentaires grâce à la manne pétrolière (2004 à 2014), des habitudes qui, aujourd’hui où l’on gère les vaches maigres, risquent de pénaliser les générations futures, en raison des ardoises qu’accumule l’Etat chaque année. On pourrait alors se retrouver en porte à faux avec le principe de l’équité intergénérationelle.

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