C’est le livre des Proverbes qui rapporte l’instruction du Roi Lemuel par sa mère. Celle-ci, parlant de la femme en tant que gouvernante, dit à son fils qu’une bonne femme «veille sur ce qui se passe dans sa maison, et elle ne mange pas le pain de la paresse». Cette maxime est de portée générale pour tous les gouvernants. C’est un appel au dépassement de soi, à l’abnégation dans la gestion de la chose publique.Le pain, terme métonymique que l’on retrouve particulièrement dans le Nouveau Testament et signifiant plusieurs choses.
Dans l’Évangile selon Matthieu, on lit ceci dans la prière quotidienne: «Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien». Le réformateur Luther pense que le pain, dans ce cas, signifie «nourriture, vêtement, demeure, champ, bétail, gain de chaque jour, famille pieuse, bons maîtres et serviteurs honnêtes, bon gouvernement, saisons favorables, paix, ordre, santé, honneur, etc», toutes choses qu’un bon gouvernement doit garantir aux citoyens. On pourrait ajouter eau propre à la consommation, soins de santé de bonne qualité, énergie disponible, routes en bon état, etc.
Le pain de la paresse, au contraire, est physiquement un pain qui ne demande pas beaucoup de travail. C’est une allusion au peu d’efforts, au manque d’engagement, au travail furtif, à une gestion vaille-que-vaille. Le pain de la paresse, c’est se contenter des petites réalisations, au lieu d’édifices imposants et superbes; le pain de la paresse, c’est la gestion au jour le jour, sans anticipation, sans grands principes, sans institutions, au sens de North.
L’homme politique oublie souvent qu’il grandit en humanité par la qualité de son travail. Il entre en humanité lorsqu’il réinvestit et rentabilise le pouvoir qui lui est conféré pour le bien du peuple. C’est en cela que tout ceux qui ont la charge de commander aux autres constituent «un bon gouvernement», pour reprendre les termes de Luther. Parce que celui qui évite le pain de la paresse, c’est en réalité celui qui lutte contre l’amateurisme, contre le culte de l’à-peu-près; c’est celui qui considère que c’est «un devoir éthique dont l’enjeu est de mener le travail, au-delà du profit personnel, au bénéfice de toute la collectivité».
Il est plus que temps de cesser d’incriminer «les ailleurs» pour certains maux qui minent les sociétés africaines; leurs propres enfants en sont responsables, dans la mesure où ils ont perdu les notions de travail acharné, de patriotisme et d’esthétique. Ils mangent du pain de la paresse par leur égoïsme, leur incompétence et leur désinvolture au regard des besoins fondamentaux des peuples.  Ils sont les artisans de la mauvaise fortune de l’Afrique.

Prométhée

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