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L’amour et la fraternité, deux concepts à cultiver entre les Congolais 

L’amour et la fraternité, deux concepts à cultiver entre les Congolais 

Les modus vivendi et operandi des Congolais deviennent, pour moi, des sources d’inspiration. Ils génèrent en moi des idées et des réflexions qui nourrissent mes conversations avec certains compatriotes. Les thèmes à explorer ne cessent de s’accumuler dans mon esprit. La joie de comprendre m’envahit. Ainsi, je voudrais comprendre ce que sont l’amour et la fraternité; comprendre aussi si nous les Congolais, nous avons de l’amour et de la fraternité pour les uns et les autres.

À la moitié du 20ème siècle, Titus Brands Ma pensa que «nous vivions actuellement dans un monde où l’amour lui-même était condamné». Certains disent: «l’amour n’a pas d’importance, il faut plutôt développer ses forces; que chacun devienne aussi fort qu’il le peut; et que le faible périsse». En effet, le monde, dont notre pays le Congo, n’a pas changé avec sa cohorte de violences, de haines, de guerres et de malheurs. En tout cas, l’amour n’y est pas légion. Même Kant a dit, dans la «Critique de la Raison pure»: «Je ne peux aimer parce que je le veux, encore moins parce que je le dois. Il s’ensuit que le devoir d’aimer est un non-sens».
D’aucuns pensent qu’il y aurait trois degrés dans l’amour: le manque (érôs); la joie (philia) et la charité (agapè). Il se pourrait que la charité soit là pour tempérer la violence du manque ou de la joie. La charité est une amitié libérée de l’ego, une compassion libérée de la souffrance. Je pense, par exemple, au philosophe français Jankélévitch qui déclare de son côté que «c’est la charité, non pas au sens vulgaire du mot, mais c’est l’amour transfiguré en vertu». C’est l’amour devenu permanent, chronique et qui repousse les normes de l’universalité.
Le côté spontané de ce sentiment qu’est l’amour, le place au-dessus des autres valeurs, au-delà même du Bien et du Mal pour Nietzche, car l’Amour est idéal et c’est d’ailleurs le sens que lui donnent les Evangiles. L’amour ainsi conçu nous libère de la loi, comme l’explique Saint-Matthieu, non point en l’abolissant, mais en l’accomplissant. C’est le sens le plus élevé de l’amour. Toute autre vertu tend à se justifier par ce manque en nous d’amour. C’est l’amour du partage, du respect, l’amour spontané et gratuit, c’est l’amour sans motivation, sans intérêt, sans justification. C’est un appel à l’universel, à la transcendance. C’est ce qu’évoque Saint-Jean dans l’Evangile: «Dieu est Amour». Cet amour-là englobe, tout de même, nos adversaires, nos ennemis et c’est cet amour qui justifie les paroles de l’évangile: «Aime ton prochain comme toi-même».

L’amour foulé aux pieds

Malheureusement, le monde qui nous entoure, foule de plus en plus aux pieds l’Amour, parce que dominé par l’égoïsme de certains pouvoirs tant politiques que financiers, par la haine, la violence, l’exclusion et l’exploitation de l’être humain. L’on serait enclin d’affirmer que le monde vit et erre dans les ténèbres. Ces maux sont devenus des vertus sous d’autres cieux. Comme par exemple, tuer, voler et mentir qui sont devenus des vertus chez nous où les auteurs bénéficient des primes au meurtre, au vol et au mensonge. «Tu ne mentiras point, tu ne voleras point et tu ne tueras point», dixit Mgr Ernest Kombo, Président de notre Conférence nationale souveraine.
Le monde aurait donc besoin de changements, mais ceux-ci n’auront lieu que si chacun se trouve dans les conditions de s’interroger sur la vérité et se décide à prendre la voie de l’Amour, semant le pardon, la tolérance, la réconciliation et la fraternité. Le bien est quelque chose que tout humain désire pour soi. Quelle que soit sa place, l’homme doit faire aux autres tout le bien qu’il voudrait qu’on lui fît à lui-même. Car aimer, c’est aller l’un vers l’autre, c’est se donner à autrui, c’est lui tendre la main sans rien attendre en retour; c’est savoir porter à l’autre cet amour qui est la vocation première de l’homme. Car, ce n’est que par l’amour que nous, les hommes, serons vainqueurs de ce monde en général et de notre pays le Congo gangrené par les philosophies de l’égoïsme, de la haine, de la jalousie, de l’exclusion, du mensonge, du meurtre et de l’intolérance.
D’autre part, nous, les hommes, nous, les Congolais, avons le devoir de prôner et de vulgariser cet amour qui témoigne d’une volonté supérieure de l’homme; nous ne devons en aucun cas abandonner l’Amour, condition «sine qua non» pour changer le Congo, un des maillons du monde. Je sais que beaucoup ne prônent pas cette philosophie de l’Amour. Je trouve cela normal. Car «autant d’hommes, autant d’opinions», dixit Terence. Bannir donc toute philosophie qui condamne, rejette l’amour et l’appelle faiblesse.
Seul le témoignage vivant d’amour renouvellera sa puissance pour conquérir et captiver les cœurs des hommes. «L’Amour est un idéal», dixit Kant. Que cet idéal continue à guider les hommes et à les éclairer. Au Congo, même si l’Amour ne semble plus être aimé et prôné, au nom justement de cet amour qui est au centre de l’homme, l’on ne peut cesser d’être lucide sur les autres et sur le monde qui nous entoure, en général, et sur le Congo, en particulier. C’est pourquoi je me permettrais d’affirmer, toujours avec Kant, qu’il «faut aimer l’amour ou n’aimer rien, aimer l’amour ou se perdre. Quelle contrainte autrement? Quelle morale? Quelle éthique? Sans l’amour, que resterait-il de nos vertus? Et que vaudraient-elles, si nous ne les aimions pas?».
De son côté, Saint-Paul, dans son épître aux Corinthiens, nous parle de l’amour en ces termes: «…L’amour est patient; serviable est l’amour, il n’est pas envieux; l’amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; il ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité. Il supporte tout, croît tout, endure tout… Maintenant donc demeurent la foi, l’espérance, l’amour, ces trois-là; mais le plus grand de ces trois, c’est l’Amour».
Cette notion d’amour est indéniablement liée à celle de la fraternité. Celle-ci est le lien qui nous unit. Lorsque l’on prononce le mot «fraternité», l’on pense immédiatement aux associations des personnes. Tel est le cas des fraternités des grandes écoles, des associations religieuses, des enfants de troupe, des anciens séminaristes ou des mutuelles et des «mizikis» chez nous au Congo. Malheureusement, l’homme oublie parfois de se rapporter à la notion de fraternité ou d’en rappeler les vertus.

La fraternité, un concept rare

La fraternité, prise comme concept, est un concept rare. Au regard de ses deux concurrentes, la liberté et l’égalité de la devise républicaine française, elle est quasi inexistante. Je n’en trouve mention dans aucun dictionnaire philosophique, aussi qu’on remonte dans le temps. À croire que les philosophes furent incapables de penser la fraternité. Celle-ci désigne le lien social même, dans son essence, c’est-à-dire qu’elle désigne tel qu’il doit être, «un lien fraternel», et non tel qu’il est dans les faits. La Révolution française de 1789 a le mérite d’avoir restauré le concept de peuple, qui n’a plus signifié la populace, mais une communauté de frères. La fraternité, c’est simplement le fait, pour les hommes, d’être frères, nés d’une même mère ou d’un même père. Elle traduit donc la double relation, comme les axes d’un plan: l’axe vertical de la relation filiale et l’axe horizontal de la relation d’égalité entre les fils. (A suivre)

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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l'horizonafricain

L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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03 décembre 2020, 11: 20

L’editorial de la redaction

LES CÔTÉS AMERS DE LA DÉMOCRATIE!

Des milliers de supporters du Président Donald Trump ont manifesté, samedi 14 novembre dernier, à Washington, pour protester, une fois de plus, contre la présumée «fraude électorale» qui aurait privé leur champion de sa victoire à l’élection présidentielle du 3 novembre. Ils sont allés manifester leur colère jusque devant la Cour suprême des Etats-Unis, dans le quartier du Capitol Hill, comme pour appuyer les recours en justice introduits par les avocats du Président Trump. C’est la démocratie, peut-on dire! Mais, la démocratie a ses côtés amers et on l’oublie souvent.

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