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L’Afrique et ses conflits démocratiques générés suite aux contentieux électoraux

Il y a de cela près de 31 ans, le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin modifiait l’échiquier international, provoquant un vent de changement sur l’Europe de l’Est. Plusieurs pays de ce bloc entreprirent des réformes démocratiques d’envergure, marquant une rupture historique avec l’ère autoritariste. Quelques mois plus tard, du 19 au 21 juin 1990, le président François Mitterrand réunissait une trentaine de Chefs d’Etat pour la 16ème conférence des Chefs d’Etat d’Afrique et de France, à La Baule, station balnéaire de la côte bretonne. Il y prononça son fameux «discours de La Baule», dans lequel il invitait les Chefs d’Etat africains à développer la démocratie dans leur pays, à l’image des Européens de l’Est qui venaient de s’affranchir de la tutelle russe. Il subordonnait alors l’aide française à l’introduction du multipartisme, déclarant à ses hôtes: «La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté».
Ce que l’Histoire a retenu comme une «prime à la démocratie». François Mitterrand semblait convaincu de pouvoir exporter la démocratie parlementaire à l’européenne en Afrique, où les règles de droit sont encore balbutiantes et où les enjeux politiques se résument au partage de la manne occidentale (aide publique, dons privés et redevances des compagnies forestières, minières et pétrolières).
Pourtant, les dirigeants africains, francophones pour la plupart, obtempérèrent. A travers des mécanismes propres, conférences nationales souveraines, le multipartisme fut introduit. Des élections furent organisées ça et là, avec des urnes transparentes et des observateurs internationaux. Mais, ce premier essai s’avéra catastrophique, car en fait de multipartisme, il y avait surtout des doublons du parti unique. Ce que les «Zaïrois» appelaient le «multimobutisme», car en fait, les anciens dirigeants des partis uniques contribuèrent à la création des partis fantoches, les antagonistes ethniques et claniques se réveillèrent également.
Personne ne s’imaginait que cette démocratie allait entrainer autant de larmes et de sang, de crimes, de souffrances et de malheurs et, surtout, de crises et de conflits. Avec le temps, les dirigeants africains en vinrent à leur propre modèle de démocratie: fichier électoral truqué, bourrage des urnes avec ou sans l’aide de la Force publique, création des partis dits de l’opposition, emprisonnement des opposants, contrôle total de toute la machine électorale: administration, commission électorale indépendante, bureaux de vote sous contrôle, Cour constitutionnelle et, au final, le changement de Constitution en fin de mandat.
Les dirigeants africains savent que «la communauté dite internationale» ne se préoccupe que de la forme et non du fond. Les institutions internationales soutiennent toujours les processus électoraux, même s’ils sont viciés. Leur position, c’est le soutien aux Chefs d’Etat en poste, ce qu’elles qualifient de respect de l’ordre constitutionnel; elles condamnent les coups d’Etat militaires, mais jamais les coups d’Etat constitutionnels. Pour les dirigeants africains, la violation des textes fondamentaux ne constitue ni parjure ni forfaiture. L’Afrique est passée des conflits territoriaux aux conflits idéologiques pour parvenir aux conflits démocratiques, c’est-à-dire des conflits générés suite aux contentieux électoraux dont les principales conséquences sont le non-respect des droits de l’homme et les violations des libertés citoyennes.
Que faire, revenir aux partis uniques? Ce ne serait pas pire, mais rétrograde. L’Afrique doit revenir à ses sources ancestrales, elle doit adapter l’organisation sociale de ses sociétés à la modernité de notre humanité en tenant compte des évolutions technologiques.
Certes, la démocratie est un processus, il faut l’adapter à notre histoire, à notre culture et à notre sociologie africaine, car l’Afrique, berceau de l’Humanité, a traversé les temps et est bien rentrée dans l’Histoire. Seule la liberté fait éclore le génie créateur des peuples. Tout dépend de la volonté politique des dirigeants africains à se maintenir dans le concert des Nations du monde; tout comme il n’y a pas de capitalisme, ni de socialisme africains, il n’y aura pas de démocratie à l’africaine.

Bibi NZOROBE

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l'horizonafricain

L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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25 novembre 2020, 15: 06

L’editorial de la redaction

IL NE FAUT PAS PÉNALISER LES GÉNÉRATIONS FUTURES

On a hérité de la période de vaches grasses, quand les budgets de l’Etat étaient excédentaires grâce à la manne pétrolière (2004 à 2014), des habitudes qui, aujourd’hui où l’on gère les vaches maigres, risquent de pénaliser les générations futures, en raison des ardoises qu’accumule l’Etat chaque année. On pourrait alors se retrouver en porte à faux avec le principe de l’équité intergénérationelle.

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