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L’affaire Mokoko a-t-elle révélé les faiblesses de la démocratie congolaise ? 

L’affaire Mokoko a-t-elle révélé les faiblesses de la démocratie congolaise ? 

Qu’un citoyen, fut-il homme politique, condamné par la Justice de son pays, bénéficie de soins médicaux à l’étranger, sans aucune mesure judiciaire même exceptionnelle, alors qu’il est dans le statut de prisonnier purgeant sa peine, n’est-ce pas que cela oblige le gouvernement à s’expliquer devant son peuple ? Y aura-t-il des parlementaires, députés ou sénateurs, qui auront la bravoure d’en exiger l’explication au gouvernement, pour éclairer la lanterne des citoyens submergés par les ragots des réseaux sociaux ?

Jeudi 30 novembre, le prisonnier le plus célèbre du Congo, hospitalisé depuis près d’un mois à l’Hôpital militaire Pierre Mobengo, à Brazzaville, était embarqué dans un jet médicalisé, pour Ankara, en Turquie, où il serait pris en charge dans un hôpital militaire. Le diagnostic de départ indique un paludisme profond et une hypertension. Mais, l’homme a été testé négatif au coronavirus. Alors que l’événement donne lieu à une véritable passe d’arme politique entre pouvoir et opposition, le soir dans les médias audiovisuels, le fait est passé sous silence. La peur?
Pourtant, la décision de l’évacuation médicale du général Jean-Marie Michel Mokoko (73 ans), emprisonné depuis quatre ans, dans une affaire d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et de détention illégale d’armes de guerre où il a été condamné par la Cour criminelle de Brazzaville à 20 ans d’emprisonnement ferme, alors qu’il a toujours clamé son innocence, a été prise par le Président de la République lui-même. L’information est donnée de manière exclusive par le quotidien «Les Dépêches de Brazzaville». «De source proche de sa famille, le général Jean-Marie Michel Mokoko doit quitter Brazzaville dans les toutes prochaines heures, pour des soins médicaux à l’extérieur du Congo. La décision de son évacuation sanitaire à l’étranger pour des raisons humanitaires, a été prise à l’issue de l’audience que le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, a accordée, lundi 27 juillet, aux proches de l’ancien chef d’état-major général des Forces armées congolaises: «Le Président de la République n’y a vu aucune objection, en principe cela ne devrait pas tarder, précise la même source», signale le quotidien congolais, dans son fil d’actualité du mercredi 29 juillet 2020 de son site Internet.
Alors que l’évacuation de Mokoko est dans toutes les conversations, tout au moins au sein de la classe politique et de l’élite, les médias audiovisuels nationaux ne reprennent même pas cette information. Il se dit que le dossier est «sensible». De même, côté officiel, personne ne parle. Ni les ministres en charge de la justice et de l’intérieur, ni le porte-parole du gouvernement. Personne n’ose dire ce qui se passe et pour cause, le dossier serait sensible. Donc, quand le dossier est sensible, le gouvernement congolais ne s’exprime pas.
Mais, dans les réseaux sociaux, ça bouillonne d’informations, de fake news, de railleries, de manipulation des faits, de propos haineux, etc, sur cette histoire. Il ne reste plus qu’à Radio-France international de rafler l’audimat congolais, en donnant les faits, à travers les reportages de son correspondant à Brazzaville, Loïtia Martial. Ce n’est un secret pour personne que s’il y a des dirigeants politiques qui se passent des médias audiovisuels nationaux, tous ou en tout cas la plupart suivent R.f.i chaque matin, avant de démarrer la journée. Ses audios sur de tels sujets, les Congolais se les partagent abondamment.
Entre lundi et jeudi 30 juillet, le jour du départ en Turquie du candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2016, la spéculation sur son évacuation avait atteint son paroxysme. Pour certains, il était déjà parti et pour d’autres, il était encore là et qu’il y aurait des radicaux du pouvoir qui voudraient empêcher son évacuation.
Le choix de la Turquie comme pays d’accueil a, également, fait l’objet d’interprétations diverses, entre les partisans du général souffrant, hostiles à ce choix, et les défenseurs de l’opinion officielle. La famille du général et ses avocats voulaient qu’il soit évacué en France ou au Maroc. Le pouvoir n’aurait pas cautionné ce choix, de peur de voir l’ancien chef d’Etat-major général des Forces armées congolaises reconstituer facilement ses réseaux de soutien. Des soins dans un hôpital militaire d’Ankara, en Turquie, voilà qui peut permettre de garantir l’intégrité de son statut de prisonnier congolais, pense-t-on du côté des autorités. Mais la suite, qui sait?
En somme, le Président de la République a fait le geste humanitaire que nombre de ses compatriotes attendaient de lui sur le cas du général Mokoko, victime d’un malaise dans sa cellule de la Maison d’arrêt, lundi 29 juin et qu’on a dû hospitaliser à partir du jeudi 2 juillet. De nombreuses voix se sont élevées pour prier le Chef de l’Etat ou, pour d’autres, exiger de lui la décision d’évacuer le général Mokoko à l’étranger. Une plateforme de défense des droits de l’homme a même initié une marche, qui a été finalement interdite. Il semblerait que même des Chefs d’Etat africains auraient sollicité de leur homologue congolais ce geste humanitaire. En tout cas, les évêques du Congo n’étaient pas en reste, en saisissant le Président de la République d’un courrier dans ce sens, remis à son directeur de cabinet, le ministre d’Etat Florent Ntsiba. Notre propre journal, «L’Horizon Africain», s’était fendu d’un éditorial (Edition n°59 du Jeudi 9 Juillet 2020) intitulé «Par humanisme», pour plaider la cause du célèbre prisonnier. «La Nation aura à gagner à mettre un terme à la controverse sur le sort du général Mokoko», disait le journal. Aujourd’hui, c’est fait.
Mais, ce geste humanitaire a mis tellement de temps à venir que le pouvoir de Brazzaville n’en tire pas le bénéfice politique qui lui serait revenu, légitimement, s’il avait agi au moment opportun. Aujourd’hui, dans l’opinion, l’on pense que le Président Denis Sassou-Nguesso a plutôt cédé aux pressions. D’où le soulagement des milieux de l’opposition qui pensent qu’ils viennent de gagner une bataille politique inespérée. Jamais dans l’histoire du Congo indépendant, on a vu un prisonnier jouir du privilège d’être évacué à l’étranger, dans un jet médicalisé, pour ses soins médicaux. Il y a lieu de se demander si une ordonnance a été prise par un juge pour donner une base juridique à cette action. Comme quoi, Mokoko n’est pas un prisonnier comme les autres.

Jean-Clotaire DIATOU

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L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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04 décembre 2020, 06: 44

L’editorial de la redaction

«DES QUESTIONS BATEAU»

L’expression est utilisée par le chef de file de l’opposition, à l’issue de l’audience que le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, lui a accordée samedi 21 novembre dernier. Parlant de la réforme du processus électoral, Pascal Tsaty-Mabiala a utilisé l’expression que ces questions sont devenues des «questions bateau». Cela mérite qu’on s’y arrête un peu.

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