En ces temps de doute, l’esprit Républicain qui a présidé aux destinées du pays en 1958 est la seule alternative importante et décisive, pour renouer le lien perdu. En effet, ce qui unit des Congolais entre eux est traumatisé par des événements politiques, la bêtise humaine. Les valeurs nées pendant une soixantaine d’années, pour vivaces et puissantes qu’elles soient, ne peuvent plus satisfaire les exigences citoyennes de ce début du 21ème siècle. Voilà mon analyse à partir de laquelle chacun peut établir ou préciser un diagnostic. Le fanatisme, le tribalisme, l’hypocrisie ne peuvent nous élever vers une souveraineté et une indépendance plus élaborées. Certains croient qu’une société congolaise pauvre, non développée, peut être en paix: rien n’est plus faux.

Le 15 août 1960, le maître-mot était: «Nous avons conscience, Messieurs, de nos responsabilités; nous savons qu’elles accroîtront à la mesure des droits nouveaux et totaux que nous acquérons aujourd’hui, au terme d’une évolution économique, sociale, politique qui s’étend sur plus de trois quarts de siècle… J’ai insisté sur les responsabilités nouvelles qui sont maintenant les nôtres. Nous entendons y faire face de toutes nos forces et de toute notre volonté d’abord par ce climat d’ordre, de liberté et de compréhension dont nous jouissons et que nous maintiendrons. Nous voulons ensuite que s’épanouisse et se concrétise pleinement l’idée d’aller encore plus de l’avant et faire de ce pays résolument moderne, évolue, développé» (Fulbert Youlou, 15 août 1960).
Pour méditer sur le vivre ensemble et son sens, République et règle sont deux concepts indissociables. Lorsque, dans le pays, règnent l’injustice, l’hypocrisie, le désordre, les conflits, la violence, l’inimitié, la corruption, le vol, toutes les manifestations de l’imperfection, la République cesse d’offrir une vision remplie d’espérance. C’est pourquoi les célébrations annuelles du 28 novembre ne suffisent plus. Nous avons besoin d’une vision nouvelle qui adhère aux exigences de la contemporanéité. Elle correspond aux plus profondes aspirations du peuple.
En Occident, cette tradition s’est enracinée et elle a traversé les siècles; car elle permet de créer un lieu accueillant où l’on désire vivre; car c’est une expérience politico-spirituelle fondée sur le sens du débat, de l’intelligence, du cœur et la pratique de la règle communautaire. «La République», elle, doit être notre «maison de vie», car c’est là que nous devons cultiver la tranquillité des esprits, tracer un chemin pour aujourd’hui et pour demain, en s’attachant aux valeurs indispensables à la construction d’une «communauté républicaine».
Le déni de démocratie pose aux républicains de tous bords politiques confondus (majorité et opposition), la question de leur riposte devant les menaces qui pèsent sur les valeurs républicaines et les libertés fondamentales. C’est au moment où l’on célèbre le 28 novembre qu’il faut favoriser les convergences inter-officines. Une seule officine ne peut rien. Ensemble, elles pourront tout. Imaginons une mise en commun des réflexions sur une question transversale: l’Etat. Imaginons son poids en aboutissant à une volonté commune inter-officine: le terme de l’Etat désigne ce qui doit exercer l’autorité, qui a un rôle protecteur particulièrement important.
La République s’inscrit en faux contre la conception de l’Etat qui bafoue les règles de la morale, de la politesse et de l’excellence. «La règle fait appel à notre amour; plus nous aimerons la règle, plus elle nous aimera, plus elle nous nourrira de son amour».
Toutes les valeurs sur lesquelles repose la République d’aujourd’hui sont des valeurs que la règle combat avec la plus grande énergie. Le peuple désire une République sûre de ses valeurs et sans concession face aux réalités. Regarder les réalités avec courage, c’est affronter les réalités même lorsqu’elles sont difficiles. Le peuple ne veut plus de cette République qui renonce de fait à donner sa cohérence à son itinéraire d’origine: Etat gouverné par des représentants élus pour un temps et responsables devant la Nation.
Pour les hommes et les femmes de ma génération ayant vécu à la charnière des deux mondes, l’ancien et le nouveau, c’est dans la République que s’est opérée la rencontre entre nos aspirations personnelles, nos rêves, nos convictions, nos préjugés aussi et la réalité du monde, des hommes. Grâce à la République, nous aurons eu la chance d’effectuer, jusqu’à ce jour, les moyens de mettre en pratique nos idées et aussi de les voir évoluer, de nous façonner au contact des situations et des rencontres les plus diverses.
Dommage! Là où est la République aujourd’hui, élus et élites ne mesurent pas le prix de ces acquis. Que reste-t-il, aujourd’hui, lorsque, après nous être éloignés de la raison, nous ne nous trouvons plus devant l’essentiel, sinon l’attitude que la République «progressive» n’est plus une nécessité. Il résulte, pour la majorité du peuple, de la volonté des citoyens à entreprendre. Mais entreprendre seul, pour soi-même, pour sa satisfaction ou sa réussite personnelle, ne construit pas. Entreprendre, oui, mais avec les autres et par les autres.
La démocratie, ça se pratique. Il ne suffit pas de crier à la démocratie. Que se passe-t-il donc dans ce pays qui a toujours mal considéré la démocratie, perçue comme des vermines, régime nuisible? Et pourtant, sans aller loin, la démocratie est cependant nouvelle au Congo. Il suffit de lire les discours de Monsieur le Président de la République, abbé Fulbert Youlou, le 15 août 1960. Dans une conception actualisée, il s’agit de «rallumer tous les soleils». L’humanisme congolais est-il devenu incapable d’une résurrection qui rendrait à ses principes leur valeur de combat?
63 ans après le 28 novembre 1958, la réorientation de la construction congolaise est indispensable avec l’objectif de replacer l’homme comme mesure de toute chose. Ainsi, la République pourrait reprendre tout sens. C’est pourquoi la première exigence des institutions est d’avoir à leur tête une équipe compétente, soudée. C’est pourquoi le choix des hommes et des femmes, cadres supérieurs, exige un soin tout particulier. Cette exigence satisfaite doit être mise au service de la mobilisation du peuple autour d’une conception de la communauté humaine. Tel est l’enjeu des années à venir.
En effet, affirmer, comme le dit la majorité présidentielle, que la République est le tout de l’émancipation, c’est nécessairement affirmer que le rôle de la démocratie est de protéger tous les citoyens et en particulier les plus faibles et les plus vulnérables. C’est à cette exigence que doivent répondre ceux qui célèbrent le 63ème anniversaire de la République. L’esprit sectaire en matière de politique constitue un des dangers des temps qui courent. C’est la dimension nationale de ce chantier qui tarde à s’ouvrir.

Joseph BADILA

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