«Benda bika!». La campagne pour les élections législatives bat son plein dans notre beau pays. Chaque jour nous apporte son lot de joies, de peines et de surprises. Les uns et les autres en voient de toutes les couleurs. Tenez! Certaines banderoles ou affiches des candidats, peut-être conçues dans la précipitation ou non relues, regorgent de fautes d’orthographe, comme celles où l’on peut lire «Elections légistatives au lieu de législatives», «Mendiants au lieu de Mandants»

D’autre part, il nous a été donné de constater aussi que tous les candidats sont devenus de «bons samaritains» qui excellent dans la distribution des vivres et autres denrées alimentaires, de l’argent, des tee-shirts, des marinières, du matériel agraire et d’autres gadgets, etc. Ils font, en tout cas, montre d’un engouement soudain voire intéressé pour leurs électeurs et leurs mandants qu’ils ignoraient hier.
L’un des candidats à la députation a remis en circulation, les pirogues desservant jadis, «in illo tempore», les deux rives du Djoué; et ce, pour le bonheur des riverains du Djoué, habitant les quartiers Manyanga, Mousoso ou les environs du barrage du Djoué, dans la banlieue Sud de Brazzaville, plus exactement dans les arrondissements de Makélékélé (1) et de Madibou (8). La peur des «miliciens ninjas» qui s’en seraient servis pendant les malheureux événements de 1997 à 2003, a subitement disparu. Lesdits miliciens seraient devenus, aujourd’hui, des anges, des personnes à qui l’on donnerait la communion sans confession. Dieu soit loué! Élections législatives obligent! Tant mieux!
Que ne ferait-on pas pour amadouer les électeurs ou les mandants à qui les candidats tous azimuts, sortant et rentrant, donnent des espérances, le temps d’une campagne? La promesse n’engage-t-elle pas ceux qui y croient? L’espoir du lendemain meilleur, ne fait-il pas vivre? Attention qui vit d’espoir meurt le plus souvent de faim. Attention, comme disent les Ivoiriens, «le mensonge donne des fleurs, mais pas de fruits».
Pour ma part, je voudrais dire à tous les futurs députés de la prochaine législature, avec Georges Sand: «Laissez-nous fuir la menteuse et criminelle illusion du bonheur! Donnez-nous du travail, de la fatigue, de la douleur et de l’enthousiasme».
Ensuite, je me permettrais patriotiquement de nous rappeler, à propos de leur attitude, que notre classe politique ne serait pas en mesure de tenir une seule promesse, car nos leaders politiques seraient inconstants et hypocrites et qu’ils renoueraient facilement avec leurs vieux démons, tant leur pratique montre que la fin justifie les moyens. La manipulation de l’opinion, l’intimidation des adversaires, la corruption des esprits et la tricherie resteraient encore des moyens d’action pour la conquête du pouvoir.
En effet, dans notre pays, c’est un secret de polichinelle, «l’achat des consciences se fait au grand jour et ne choque plus personne. L’argent est distribué au grand jour. Sans cela, impossible d’avoir un siège de député», dixit Niki Mabiala. Le Congo est devenu, malheureusement, un pays où le désir effréné de posséder et de transformer les biens matériels en idoles, est légion. Qui plus est, comme l’a affirmé le Pape Benoit XVI, «notre société est une société où ne règnent que l’arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injustice et l’exploitation, la violence dans chacune de ses expressions». La société congolaise y échapperait-elle ou ferait-elle exception? That is the question.
Par ailleurs, beaucoup de Congolais n’aimeraient pas trop entendre parler de «démocratie», car dans notre pays, c’est un mot galvaudé, qui a perdu son sens premier, «forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple». Au nom de la démocratie, l’on y «inocule» une culture où règne malheureusement, la démagogie, l’esprit de calomnie et de destruction, dans laquelle le moralisme est un masque pour créer confusion et destruction.
D’autres soutiennent mordicus, comme notre compatriote, Jean Madzoungou, que «le vrai problème réside dans la nature de notre classe politique (au pouvoir comme hors du pouvoir): incapable de respecter les règles d’un Etat de droit et de s’enraciner dans une culture démoniaque. Cet état de choses l’empêche de concevoir et d’accepter un véritable code de bonne conduite, garantissant un scrutin libre et transparent et une campagne électorale sereine, faisant place à un débat responsable sur le bilan de ceux qui ont eu à gérer et les aptitudes à mieux gérer, de ceux qui aspirent au pouvoir… Tant que ceux-ci n’auront pas compris et mis en avant les intérêts fondamentaux de notre peuple, tant qu’ils manipuleront les esprits fanatiques à leur cause, le pays connaîtra, encore pour longtemps, son chemin de croix…». Il leur faudra se rappeler les dires du Premier ministre André Milongo: «Ma conception du pouvoir n’est pas celle du pouvoir pour le pouvoir, pour m’ouvrir les vannes de l’enrichissement, par la rapine de l’Etat, mais celle de servir ce peuple qui m’aura accordé son suffrage».
J’espère, enfin, que ceux qui ne seront pas élus accepteront leur défaite sans état d’âme. Je leur demanderais aussi de se souvenir de cette maxime latine: «Non licet omnibus adire Corinthum», c’est-à-dire (qu’il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe). Travaillons pour les générations futures. «Grace aux efforts conjoints des hommes, l’injustice peut être vaincue et que tous peuvent connaître une vie meilleure», dixit Nelson Mandela. D’autre part, «être homme, cela se construit, souvent à travers les difficultés de la vie, mais aussi grâce à la persévérance et au gout de l’effort, au respect et à l’attachement de vraies valeurs», dixit Levy Makany.
Enfin, en conclusion, je me permettrais de nous inviter à faire nôtres, ces paroles de Daniel Abibi: «La classe politique congolaise, toutes générations confondues, que l’on espère mûrie par les épreuves imposées à notre pays, se trouve aujourd’hui devant une grande responsabilité: celle de la recherche résolue et sincère des voies et moyens pour désamorcer la situation de conflit parfois aigu, parfois larvé qui caractérise, depuis des années, le Congo et de mettre définitivement un terme aux sanglantes et récurrentes luttes politiques qui ont secoué jusqu’ici notre beau pays. L’entreprise n’est pas facile au regard des drames que nous avons connus, les uns et les autres, pendant toutes ces sombres années. Le retour définitif de la paix dans notre pays est au prix du dépassement de chacun. Il n’y a pas de voies alternatives viables et durables. Si l’on ne croit pas réellement à la paix, si on ne pose pas d’actes pour la construire, toutes les professions de foi pour la paix sont de vains discours. La paix n’est pas une option parmi d’autres, elle ne saurait non plus être réduite à une simple question de communication, elle est une exigence première de survie de la patrie».

Dieudonné
ANTOINE-GANGA