«Ce qu’il faudrait, c’est toujours concéder à son prochain, qu’il a une parcelle de vérité et non pas de dire que toute la vérité est à moi, à mon pays, à ma race, à ma religion» (Amadou Hampâté Bâ).

Aujourd’hui, personne ne peut nier l’évidence selon laquelle l’Afrique est le berceau de l’humanité. L’historien, anthropologue, scientifique et homme politique sénégalais, Cheikh Anta Diop fut l’un des premiers à affirmer «qu’une humanité née sous la latitude des Grands-Lacs, presque sous l’Équateur, est nécessairement pigmentée et négroïde».

Plus récemment, l’anthropologue et généticienne Evelyne Heyer, lors de l’exposition sur la peau qui s’est tenue au Musée de l’homme, à Paris, au mois de mars 2019, a déclaré ce qui suit: «On vient tous d’Afrique et on était tous noirs. Nos ancêtres étaient tous noirs de 40.000 à 6.000 ans et c’est seulement qu’on colonise des endroits un peu plus au Nord de la planète qu’il y a une pression de sélection pour une couleur de peau plus blanche, mais ça prend beaucoup de temps. Donc, on est blanc depuis très peu de temps». Elle explique combien, par l’étude de l’évolution de la diversité des hommes sur le plan génétique, notre A.d.n nous renseigne en premier lieu sur nos origines communes.
En effet, les travaux publiés par la plupart des paléoanthropologues démontrent que tous les hommes et toutes les femmes qui vivent sur cette terre viennent de la même souche. Ainsi, la couleur blanche ce serait développée au fur et à mesure que l’homme migrait vers des climats plus froids et non ensoleillés. Enfin: inspirons, expirons tout doucement, car toutes ces vérités scientifiques peuvent bouleverser les esprits peu éclairés. Nous allons, dans un premier temps, nous intéresser à la substance appelée mélanine et, ensuite, à l’évolution et l’impact de la théorie sur la race basée sur les deux couleurs de peau: «Noir» et «Blanc».

La mélanine détermine la couleur de la peau

Actuellement, la terre est peuplée de près de 7,8 milliards d’êtres humains qui, selon les paléoanthropologues, ont tous la même origine. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ont alors parcouru les autres continents, pour diverses raisons (climat, nourriture…). Pendant leurs déplacements, ils se sont habitués au nouveau climat et ont progressivement changé. Leurs tailles et leurs couleurs de peau se sont diversifiées. Toutefois, la pigmentation de la peau humaine est liée à la géographie et au milieu environnement. La couleur de la peau est déterminée par une substance appelée mélanine. Plus la peau contient de mélanine, plus elle est foncée. On pourrait donc répondre à la question comme suit: certaines personnes ont la peau noire, parce que leur peau contient plus de mélanine et d’autres ont la peau blanche, parce que leur peau contient peu de mélanine.
Toutefois, nous tenons à préciser que la peau noire a d’abord la particularité d’être un peu plus épaisse et surtout plus compacte et plus dense. Ainsi, elle est composée de douze couches. Or, la peau blanche n’en présente que huit. Tout en étant moins fragile, la peau noire est également plus résistante au vieillissement cutané. Cependant, tous les types de peau doivent impérativement se protéger du soleil en toutes circonstances, en utilisant une protection solaire, car aucune peau n’est épargnée des effets potentiellement dangereux du soleil.

L’esclavage, un instrument pour inférioriser les autres

Après avoir démontré le rôle joué par la mélanine dans la coloration de la peau, ainsi la deuxième partie mettra en évidence le commerce triangulaire et l’esclavage qui fut effectivement un instrument essentiel de l’infériorisation d’une partie de l’humanité. Les Africains ne furent sans doute pas moins esclavagistes que les autres peuples. Mais, ce qui différencie l’Afrique au Sud du Sahara, c’est que très tôt, elle fournit surtout des esclaves de traite lointaine, c’est-à-dire vendue à d’autres peuples et à d’autres contrées, voire sur d’autres continents.
La spécificité des Européens, c’est d’avoir statué que seuls les Noirs pouvaient être asservis. Dès lors, le Noir devenait un inférieur pour ceux qui le mettaient en esclavage. Cela dura jusqu’à la fin du 19ème siècle au moins.
La découverte du nouveau monde et sa colonisation par les grandes puissances maritimes européennes accélèrent le processus de façon exponentielle. L’exploitation des richesses et des territoires de l’Amérique demandait une main d’œuvre abondante, pour alimenter mines et plantations. Ni les émigrants européens trop peu nombreux ni les Amérindiens décimés par l’exploitation et les maladies ne suffirent à la tâche. Dès le 16ème siècle, un commerce transatlantique que l’on a appelé «commerce triangulaire» se mit en place. Des négriers européens partaient d’Europe avec des marchandises manufacturées qu’ils échangeaient sur les côtes d’Afrique contre des captifs fournis par certains royaumes et négriers africains.
Quand on envisage la suppression de l’esclavage dans l’économie et plus largement occidentale, la notion de race se diffuse et prend en partie sa fonction. À la fin du 18ème siècle, la production antillaise notamment, mais plus largement les plantations coloniales qui s’appuient sur la traite, est fragilisée par une série de difficultés: guerres, conflits avec les partenaires commerciaux africains, appauvrissement des filières. Il y a, donc, des difficultés pour acheminer les esclaves, alors que la demande n’a jamais été aussi forte. C’est l’ensemble de l’économie européenne qui en est affectée. Ils envisagent de mettre en place des «fermes à esclaves» et de forcer les esclaves à se reproduire, pour avoir une main d’œuvre pérenne sur place. Cela ne fonctionne pas. C’est dans ce contexte que s’amorce une réflexion sur le travail libre.
De nombreuses questions se posent à la fois dans le monde colonial et dans les métropoles. La race d’une certaine manière va organiser toutes ces nuances, en autorisant le recours à la violence, pour déplacer, pour contraindre à rester, pour faire pression sur les salaires. Le premier élément important, c’est l’impossible reproduction de cette société esclavagiste, qui explique la charge du mot «nègre». D’autant plus que très rapidement, ces fameux «nègres» sont aussi les enfants des maîtres, leurs neveux, leurs cousins, leurs oncles biologiques. Les maîtres ne sont pas à distance en réalité, ils sont toujours sous la menace d’une proximité avec les «nègres».
Dans cette configuration, le mot «nègre» sert à éloigner, à rétablir l’esclave dans son statut, y compris quand il n’est plus esclave, mais libre, qu’il est affranchi. C’est à ce moment-là que le mot «blanc» apparaît pour se distinguer du «nègre». Le terme «blanc» évoque un statut plus qu’une couleur. Le phénomène s’est accentué dans le cadre des révolutions à la fin du 18ème siècle, on n’est pas encore au moment de l’abolition. La question de la traite pose vraiment un problème. Les élites commencent à réfléchir, mais on est encore dans les sociétés complètement esclavagistes. Dans cette révolution, on affirme que «les hommes sont libres et égaux». Elles ont beau être révolutionnaires, elles ont parfois, elles aussi, des esclaves, des intérêts dans une compagnie commerciale. À ce moment-là, «blanc» devient un mot qui non seulement correspond à une catégorie sociale, mais aussi un mot juridique qui s’institutionnalise.

Une nouvelle base confusionniste pour classer les races

Depuis le milieu du 20ème siècle, la science a invalidé l’association entre couleur de peau et race, démontrant, par le biais de la génétique, que le phénotype, l’ensemble des caractères observables d’une personne humaine ne se recoupait pas avec le génotype, son patrimoine génétique. Pourtant, cet amalgame demeure encore présent dans les esprits de nos jours. Or, si la pigmentation de l’épiderme est un fait biologique, les caractères qui y sont associés et les catégories raciales qui ont été élaborées à partir d’elle sont le résultat d’une construction historique. La couleur noire est en outre celle que l’histoire a le plus façonnée. Elle a fait l’objet d’une multitude de croyances, bibliques, mythiques et scientifiques. Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, les populations d’Afrique, appelées aussi les «Ethiopiens», sont perçues comme étant de couleur noire. Mais, leur identité ne se réduit pas à cela.
C’est à partir des grandes découvertes, plus particulièrement lorsque la traite négrière et l’esclavage se mettent en place, que l’épiderme noir se voit affublé d’une identité particulière. S’y rattache notamment à partir de ce moment-là, l’idée d’asservissement et d’infériorité sociale. En 1454, le Pape Nicolas V légalise l’esclavage des Noirs. En 1685, une ordonnance royale est promulguée sous le nom de «Code noir». La science anthropologique médicale et raciste du 19ème siècle confère, enfin, à cette pigmentation de peau, des particularités physiques, morales et intellectuelles considérées comme innées et immuables.
Si les philosophes des lumières tels que Kant assignaient déjà au 18ème siècle, des traits de caractère aux Nations, en se basant sur la nature de leur climat, de leur culture ou de leur gouvernement, le 19ème siècle attribue des caractères moraux aux hommes selon leur race, un déterminant biologique. Ceux-ci s’imposeraient dès la naissance et les façonneraient jusqu’à leur mort. Dans le contexte qui est celui de la conquête, de l’exploitation et de la pacification des colonies, l’approfondissement des recherches sur la race noire détient une fonction politique et pratique. Il s’agit de connaître la qualité biologique des corps, leur résistance et leur rendement potentiel. Le préjugé de l’invulnérabilité et de la robustesse des Noirs, hérité de l’esclavage, retrouve, par ailleurs, toute sa vigueur au moment de la colonisation.
Dans l’objectif de préserver la main-d’œuvre des Noirs et la santé des colons et ainsi d’assurer la réussite du projet colonial, les études sur la psychologie des peuples qui apparaissent au tournant du 20ème siècle incitent les médecins à analyser l’esprit africain. Cela constitue une nouvelle base pour classer les races. Cet amalgame demeure encore présent dans les esprits de nos jours. La couleur est le signe extérieur le mieux visible de la race, elle est devenue le critère sous l’angle duquel on juge les hommes.
Plus de dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été déportés du 16ème au 19ème siècle, des côtes d’Afrique vers les colonies d’Amérique et de l’Océan indien, pour être asservis. Les esclavagistes inventaires des raisons scientifiques et morales pour justifier leur acte. Ils en appelèrent à l’infériorité naturelle des nègres et s’appuyèrent sur la bible. Ils disaient devoir convertir les Africains au christianisme, pour sauver leurs âmes.
En fait les raisons qui ont motivé le commerce du bois d’ébène et l’esclavage étaient le profit. Il fallait une main d’œuvre abondante et résistante, pour produire le sucre de canne, le café, le coton, le tabac, l’indigo… Toutes les denrées coloniales qui ont enrichi l’Europe.
En dépit de tout, l’Afrique existe. Elle est aujourd’hui à la croisée des chemins, avec tous les autres peuples, avec toutes les autres Nations, l’Afrique assume son passé. Si elle réécrit son histoire, c’est dans le but de mieux comprendre, afin d’avancer dignement.
Ce qu’il faut également retenir, c’est que l’Afrique était bien structurée, avant l’arrivée des autres peuples. Elle a connu de grands empires, de grands royaumes, une civilisation, une culture, une spiritualité (cette partie fera l’objet d’un nouvel article). Car «il faut savoir d’où on vient, pour savoir où l’on va» (Ahmadou Hampâté Bà).

Lydie-Patricia ONDZIET
Présidente de l’association la Trinité;
Présidente de l’association Renaissance Alkebulan;
Membre de l’association panafricaine d’Aquitaine;
Membre de la plateforme des associations féminines de Développement.