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Jean-Marie Bitoulou, secrétaire chargé des relations extérieures de l’U.c.r : «2020 doit être l’année d’une profonde réflexion, c’est pourquoi corrigeons-nous, pour corriger»

Jean-Marie Bitoulou, secrétaire chargé des relations extérieures de l’U.c.r : «2020 doit être l’année d’une profonde réflexion, c’est pourquoi corrigeons-nous, pour corriger»

Secrétaire chargé des relations extérieures de l’U.c.r (Union des Congolais républicains), parti créé par feu professeur Côme Mankassa et situé au centre, Jean-Marie Bitoulou est un ancien directeur de cabinet de l’ancien ministre Guy-Brice Parfait Kolelas, quand il fut coordonnateur national du M.c.c.d.i. Dans l’interview qu’il nous a accordée à l’occasion de 60ème anniversaire de l’indépendance, il fait sa lecture de l’évolution du pays, dans certains domaines, et appelle la classe politique à se corriger.

*La République a célébré ses 60 ans d’indépendance. Avec le recul du temps, quel regard portez-vous sur le comportement du pouvoir de l’abbé Fulbert Youlou, premier Président de la République et son gouvernement?
**Sous le Président Fulbert Youlou, il y a eu un frémissement en ce qui concerne le vivre-ensemble. La guerre civile de 1959 a laissé un goût très amer au sein de la nouvelle classe politique et de la population. Mais, Fulbert Youlou et Jacques Opangault avaient pris de la hauteur, en transcendant la situation. Et l’acte posé par Jacques Opangault, à la chute du Président Youlou, en 1963, en est le révélateur. Sans oublier la gestion financière équilibrée du pays.
Aujourd’hui, l’espoir demeure, si et seulement si les Congolais donnent la priorité au Congo, avec pour substratum la recherche du consensus dans le règlement des différends politiques. Déjà, Youlou et Opangault en avaient donné l’exemple. C’est le chemin à suivre, pour faire vivre la République.

*Dans le secteur de la santé, comment se comportaient les médecins, alors qu’ils n’étaient pas aussi nombreux, comme aujourd’hui?
** Jusqu’à la fin des années 70, on pouvait parler de couverture universelle médicale. «Les ordonnances médicales» étaient pratiquement inconnues des Congolais et la prise en charge des malades faisait le point d’honneur du système sanitaire. Au niveau des inspections scolaires, il y avait des dispensaires où tout élève était soigné gratuitement.
Aujourd’hui, même les programmes annoncés avec fracas et réputés gratuits (Césarienne, lutte contre le paludisme, tuberculose, sida et pandémie actuelle…) sont hypothétiques. Les consultations sont payantes et le bel accueil des patients est soumis au «volume de sa poche». Le système est détricoté et les médecins ne respectent plus leur serment d’Hippocrate. L’Etat doit restaurer son autorité dans ce domaine comme dans tous les autres secteurs, en équipant les hôpitaux, en formant le personnel de santé, tout en améliorant leurs conditions de vie. Les événements du 4 mars 2012 et la covid-19 ont démontré les limites de notre système de santé et les leçons ne sont pas tirées.

*La formation est la base d’un développement intégral de toute société. Quelle lecture faites-vous de l’école congolaise?
** Il faut souligner qu’avec la démocratisation de l’enseignement en 1964, l’enseignement était devenu gratuit et obligatoire jusqu’en classe de Terminale. Des bourses d’études étaient accordées à plusieurs étudiants tant que la formation et l’instruction constituent les conditions permissives d’un développement bien pensé. A partir de 1980, l’institutionnalisation des droits et cotisations scolaires a créé un système éducatif à plusieurs vitesses. Déjà, de 1971 à 1975, l’envoi des étudiants à la «production» commençait à minorer la qualité de l’enseignement, là où l’introduction du cycle national de rattrapage avait déjà déstructuré l’offre de l’éducation. Ici aussi, il faut repartir à la croisée des chemins, là où le pays s’est dévoyé. La fermeture des internats n’a pas favorisé le brassage des jeunes de divers milieux…Il faut revenir au principe de l’enseignement obligatoire et gratuit, quitte aux nantis d’envoyer leurs enfants dans les écoles privées.
L’Etat ne doit plus se cacher derrière son petit doigt ou derrière une association des parents d’élèves qui n’est qu’une coquille vide, parce que ne représentant que des gens qui doivent régler leurs ennuis financiers. Construction et équipement des infrastructures, adaptation des programmes aux besoins du pays, valorisation de la fonction enseignante constituent la garantie d’un développement intraverti de l’école congolaise.

*L’agriculture priorité des priorités, autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000, nouveaux villages agricoles, autant de slogans! Mise en place d’un fonds pour l’agriculture…Quel regard portez-vous sur le secteur agricole?
** Malgré ces slogans, le pays peine à décoller dans le secteur agricole. Même l’agriculture de subsistance n’arrive plus à nourrir la population. Tout vient de l’extérieur et personne n’est offusqué de dire que plusieurs milliards de francs Cfa sont consacrés à l’importation des produits alimentaires par année. En plein 21ème siècle, le secteur agricole, d’une manière générale, n’est pas mécanisé, alors qu’il constitue la base de l’accumulation, en dépit de quelques initiatives privées qui se développent çà et là. La pisciculture, mieux l’aquaculture, tend à disparaître, simplement parce qu’il n’y a pas de fabrique d’aliments pour poisson. Il en est de même pour l’élevage.
L’industrie agro-alimentaire, en dehors des industries de fabrication de boissons, est inexistante. Le pays ne vit que de la rente pétrolière. Plus grave encore, même la volonté de diversification de l’économie nationale n’est pas perceptible. Ce n’est pas l’expertise qui fait défaut, les causes de ce surplace, 60 ans après l’indépendance, sont endogènes et exogènes. Cependant, les premières sont déterminantes et le facteur politique nous documente suffisamment, pour recommander entre autres: la consécration des principes de la continuité de l’Etat et de la hiérarchisation des priorités; le maillage électrique à partir du barrage de Sounda qu’il faut impérativement construire; la garantie d’une justice véritablement indépendante; une force publique républicaine contribuant au développement; la liberté effective de l’expression, car la parole bâillonnée fait le lit de la médiocrité…

*Y a-t-il une préoccupation à évoquer que nous n’avons pas épinglée?
** A 60 ans d’existence de la République du Congo, l’unité nationale, l’amélioration des conditions de vie des Congolais et l’approfondissement de la démocratie constituent une affaire interne aux Congolais. Capitalisons nos errements, pour corriger en nous corrigeons, car, comme le disait le professeur Côme Mankassa, «si le passé n’existait pas, le présent ne serait qu’illusion. Mais, si le passé est déjà dans le présent congolais, il faut craindre et tout craindre».
Faisons appel au génie de l’homme et positivons. Repartons d’un meilleur pied. Repartons, non point pour une nouvelle espérance ou une marche pour le développement qui ne sont que de simples slogans, mais repartons pour une prise de conscience et une nouvelle expertise. 2020 doit être l’année d’une profonde réflexion, non sur ce qui nous a conduits au marasme, mais plutôt sur ce que nous devons entreprendre pour avancer. C’est pourquoi, corrigeons-nous, pour corriger.

Propos recueillis par Chrysostome FOUCK ZONZEKA

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20 octobre 2020, 12: 31

L’editorial de la redaction

L’ÉDUCATION, LA FORCE ET LA QUALITÉ DE LA SOCIÉTÉ!

Ainsi donc, les élèves congolais ont renoué avec le chemin de l’école depuis le lundi 12 octobre. Après pratiquement six mois et demi d’inactivités (du 1er avril au 11 octobre) dus à la suspension des cours pour cause de pandémie de covid-19. Et la rentrée scolaire intervient sur fond de crise sanitaire, puisque le pays continue de faire face à la pandémie. Avec tout ce que cela induit de conséquences impactant la vie scolaire. Le ministre en charge de l’enseignement en a d’ailleurs informé l’opinion nationale.

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