Enseignant certifié des lycées, Jean-Bruno Mboungou était un jeune engagé politiquement auprès de Christophe Moukouéké. Celui-ci le formait pour qu’il devienne un homme politique aguerri. Il avait fait de lui président de la jeunesse de l’U.pa.d.s «fond jaune», au moment où les querelles au sein de ce parti avait atteint des proportions élevées. Dans un entretien qu’il nous a accordé, Jean-Bruno Mboungou déclare que Christophe Moukouéké «a laissé un héritage politique dont nous devons nous approprier». Entretien!

* Le jeudi 30 septembre dernier, l’opinion congolaise s’est réveillée avec la disparition de Christophe Moukouéké. Vous avez connu l’homme et étiez très proche de lui. Que peut-on retenir de lui politiquement?
** Merci Monsieur le journaliste! Je suis complétement effondré, parce que je ne m’attendais pas que les choses allaient arriver aussi rapidement. La disparition de Christophe Moukouéké nous laisse pantois, parce que j’ai été très proche de lui, comme vous venez de le dire. J’ai fait mes premiers pas en politique sous son regard et j’ai beaucoup appris à ses côtés. Vous avez cité ce qu’il a été dans ce pays. Deux fois ministre (enseignement et information), commissaire politique (préfet), secrétaire général de l’U.pa.d.s et il a fait de ce parti un aigle qui a toisé les horizons de la politique dans ce pays. Sa disparition nous laisse sans voix comme on dit.
Christophe Moukouéké a laissé un héritage politique dont nous devons nous approprier. En 2009, quand il s’est engagé à créer «l’U.pa.d.s fond jaune», il avait un objectif: celui de réunifier la famille U.pa.d.s. D’ailleurs, au sortir du congrès, il avait publié une lettre qui appelait l’autre aile du parti, dirigée par Pascal Tsaty Mabiala, à faire la réunification du parti. Cette démarche s’est concrétisée deux ans plus tard, en 2011.
Malheureusement, nous sommes tombés dans les mêmes travers. Jusque-là, il n’avait cessé de travailler pour le rapprochement du parti, afin qu’il y ait une vraie démocratie au Congo. C’était cela son idéal. Pour lui, la démocratie, ce n’était pas semblable à un ring de boxe, prendre des armes. Plutôt, elle devrait se faire avec la parole, les idées et non pas avec les invectives. C’est cet héritage que nous voulons pérenniser, nous qui étions proches de lui.
* Qu’est-ce qui vous a marqué dans la façon à lui de mener le combat politique et la démarche pour y arriver?
** Ce qui m’a marqué, ce sont ses prises de position. Il ne pensait pas qu’un opposant au pouvoir est un ennemi de celui qui gouverne. Pour lui, un opposant est une source d’enrichissement en idées ou de culture pour celui qui gouverne. Comme le disait un écrivain français, «mieux vaut avoir un sage ennemi qu’un ignorant ami». Avec le parti au pouvoir, le P.c.t, il avait des amis, puisqu’il a été longtemps membre de ce parti unique. Idéologiquement, ils n’étaient pas proches, mais en tant que citoyen congolais, il donnait son point de vue sur l’avenir du pays, la gouvernance économique et comment sortir de la crise multidimensionnelle dans laquelle le pays est plongée. C’est ce qui était de bien auprès de lui. Parce que dans une société, quand vous vous mettez aux antipodes avec les autres, la société finie par péricliter. Je crois ce que nous devons cultiver, c’est cette façon de voir les choses. Une fois qu’il y a la parole, le dialogue, nous pouvons avancer sur un point, même si nous ne sommes pas d’accord sur nos idéologies. Il faut toujours se parler, c’est la meilleure des choses, parce que dans une société moderne, ce qui prime, c’est le dialogue. Le contraire, c’est la jungle. Il faut vivre ce que l’on dit: l’unité dans la diversité et la diversité dans l’unité. C’est cela. Au demeurant, pour lui, nous sommes tous des Congolais et il y a une communauté de destin.

* Comment faut-il faire pour préserver cette communauté de destin?
** Il faut dialoguer, il faut se parler. Que l’on soit d’accord ou pas, il faut instaurer le dialogue, pour permettre au pays d’avancer.

* Christophe Moukouéké s’en est allé. Vous qui l’avez fréquenté, quel est son message politique? Qu’est-ce que la société politique congolaise peut retenir ce lui?
** Le message politique, ce sont ses idées dont nous devons nous approprier. Il a balisé la voix pour que nous accédions à la démocratie. C’est à nous d’exploiter ses idées, pour arriver là où il n’est pas arrivé. Il aurait pu faire mieux, mais son parcours est plein de symboles, parce qu’il est resté témoin de l’histoire depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Il aurait pu nous dire encore beaucoup de choses.

Propos recueillis par Chrysostome
FOUCK ZONZEKA

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