2022 est l’année des 120 ans de naissance de Paul Kamba, le père tutélaire de la rumba congolaise. En décembre 2021, le 119ème anniversaire de la naissance du musicien a coïncidé avec la reconnaissance de la rumba congolaise comme «Patrimoine immatériel de l’humanité», par l’Unesco. Comment Paul Kamba est-il devenu le père tutélaire de la rumba congolaise sur les deux rives du Fleuve Congo?

La tâche culturelle historique de Paul Kamba consista à transcender les folklores communautaires et ethniques résonnant dans les deux quartiers indigènes de la ville de Brazzaville, Poto-Poto et Bacongo. L’artiste avait réussi à créer une expression musicale citadine portée par une langue trans-ethnique, le lingala, ayant le don d’affirmer et d’affermir une nouvelle identité jusque-là inconnue: celle de la ville porteuse d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle fraternité. Paul Kamba fut, dans les années 40, la première star musicale trans-ethnique qui balisa la voie dans laquelle allaient s’engouffrer, après sa mort en 1950, Wendo, Moundanda, Adou Elenga, Franco, Essous, Kallé Jeff et leurs successeurs.
On l’appelait Po’olo Ka’mba. La transcription des prénoms européens dans les parlers bantous rend parfaitement compte de l’acrobatie langagière où se trouvent les peuples de la terre à décliner correctement des vocables venus d’ailleurs. Ainsi, en est-il du prénom Paul qui devient Pavel dans les pays slaves, Paolo en Italie et Pablo chez les Ibères de la péninsule hispanique.
Sur les rives du Congo, le prénom Paul devient Po’olo, André est prononcé Andélé, Thérèse se change en Teressa ou Telessa, alors que Folola est l’équivalent, dans certains patois congolais, du prénom français Florent.
Lorsqu’il naquit le 12 décembre 1912, à Mpouya, l’infirmier-accoucheur, selon l’usage de l’époque, choisit le prénom chrétien Paul qu’il annonça à ses parents. Ceux-ci, à leur tour, diffusèrent aux siens la nouvelle de la naissance de leur enfant appelé Po’olo. Paul Kamba grandira, sera célébré, vénéré et immortalisé à travers son prénom Po’olo accompagné du patronyme Kamba.
Paul Kamba fut un enfant de l’immigration. Créateur culturel dans une agglomération qui n’était encore que balbutiement, il contribuera, par la musique, à donner une âme et une identité à sa nouvelle patrie, Brazzaville, et sa sœur jumelle assise sur l’autre rive du pool Malebo, la ville de Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa.
Il devait sa naissance à Mpouya, en pays boma, à la présence de sa famille auprès des Pères missionnaires. Son père Kamba était originaire du village Boka (Boa, en mbochi) situé sur la rive droite de l’Alima, à quelques cinq kilomètres de l’embouchure de la rivière Pama. Au croisement des 19ème et 20ème siècles, à l’heure des conquêtes coloniales, Boka fut érigé en place forte militaire par un officier français, le capitaine André Lados. Il se servira de cette base, pour lancer des raids meurtriers contre les résistants à la colonisation française, dans le bassin des rivières Alima, Nkéni et Pama. C’est certainement à Boka que le jeune Kamba, futur père de Po’olo, fit la connaissance des missionnaires catholiques avec lesquels il émigra dans un village appelé Boundji, sur l’autre rive de la rivière Alima. Les missionnaires avaient choisi l’emplacement de ce village qui explosera bientôt en une grande cité, pour élever une église catholique.
Quand Kamba revint dans sa contrée natale, ce fut pour prendre une femme au village Okouma, aujourd’hui situé dans le dos de la ville d’Ollombo, sur la piste qui mène au village Abessi, qui devint Mabirou, transcription mbochie de «mon bureau», où les Français s’installèrent provisoirement. Son retour à Mboundji sera synonyme d’une odyssée qui le conduira avec les missionnaires à Mpouya, puis à Brazzaville.
Dans la capitale de l’A.e.f (Afrique équatoriale française) qui n’était alors que balbutiement, le petit Po’olo fut scolarisé à l’Ecole Jeanne d’Arc. Ce n’était pas un conservatoire, qui aurait eu l’avantage professionnel de préparer le jeune homme à une carrière de musicien. Toutefois, deux facteurs, l’un circonstanciel et l’autre génétique détermineront la suite de la vie musicale de l’adolescent.

François ONDAÏ AKIERA