Pour de nombreux citadins de Pointe-Noire, un patient admis à l’Hôpital général Adolphe Sicé, déclaré mort, serait revenu à la vie, juste au moment de son embarquement dans un corbillard pour la morgue. Faux, ont répliqué la direction générale de l’hôpital et la famille du défunt. Que s’est-il réellement passé? Récit.

La direction générale de l’Hôpital général Adolphe Sicé de Pointe-Noire a donné, samedi 14 janvier 2023, une conférence de presse tenant lieu de droit de réponse, face à la rumeur répandue dans la ville à travers les réseaux sociaux, évoquant la résurrection d’un homme, au moment où l’on devait conduire son corps à la morge. «Nous tenons à démentir cette rumeur selon laquelle un patient décédé serait revenu à la vie au sein de l’Hôpital général Adolphe Sicé, au moment de son transport à la morgue. C’est faux», a déclaré le directeur général, le Dr Lambert Chakirou.

Une ambulance de l’hopital Adolphe Cisé
Une ambulance de l’hopital Adolphe Cisé

En effet, le 8 janvier dernier, dans l’après-midi, une jeune femme arrive à l’hôpital, avec son frère malade, à bord d’un taxi. Après examen, le personnel soignant livre son verdict: le jeune garçon n’est plus de ce monde. Il faut donc appeler le corbillard. Mais, celui-ci n’arrive pas tout de suite. Le soir, le corbillard est enfin là. Les brancardiers passent aussitôt à l’action et soulèvent le corps inanimé pour le placer dans le corbillard. Soudain, la main du défunt se balance. Un geste qui sera lourd de conséquences. «Oh, il a bougé son bras! Merci Seigneur!», crie un anonyme venu rendre visite à un des siens, hospitalisé.
Aussitôt, la nouvelle se répand comme un éclair dans les services de l’hôpital, traverse les murs et se retrouve dans la rue. Des centaines de personnes envahissent le service des urgences. Si les uns louent le Seigneur pour ce «miracle», les autres accablent le personnel de l’hôpital de noms d’oiseau. «C’est leur habitude. Ils ont un contrat avec Ngababa (le principal croque-mort de la ville)», pouvait-on entendre.
Et pour couronner le tout, l’affaire arrive sur les réseaux sociaux. Une vidéo postée sur WhatsApp montre bien la foule en ébullition en train de déferler vers l’hôpital. L’auteur de la vidéo a filmé en marchant. En bon commentateur, il affirme qu’un malade déclaré mort est revenu à la vie. Et pourtant, il n’y a jamais eu de résurrection. Du moins, selon la direction générale de l’hôpital. «Non, il n’y a jamais eu de résurrection. Le monsieur était déjà décédé», a résumé, au cours de la conférence de presse, le Dr Servais Junior Basséhéla, qui était médecin de garde ce soir-là au service des urgences.
«Envahis par la foule, nous avons fait le massage cardiaque devant les parents. Malheureusement, le défunt ne revenait pas à la vie. Il était déjà mort», a insisté le Dr Basséhéla. «Le monsieur est bel et bien décédé. Et son corps est à la morgue», a confirmé le directeur général de l’hôpital. «Veuillez-vous renseigner auprès des parents du défunt, ils confirmeront, j’en suis sûr, nos propos. On aurait pu les associer à cette conférence de presse, mais ils sont éprouvés, il faut respecter le deuil des autres», a-t-il précisé.
La sœur du défunt ne dira pas le contraire. «Les médecins ne vous ont pas mentis. Notre frère était déjà mort. Le défunt n’a jamais soulevé la main. Il y a eu confusion. Quand les brancardiers l’ont soulevé, sa main s’est balancée vers un côté. Quelqu’un a crié à haute voix. Voilà comment les gens sont venus en masse. Pourtant, l’autre frère, qui venait de me rejoindre à l’hôpital et moi essayions de les dissuader. Mais en vain, il est difficile à deux personnes de calmer une foule de plus de mille personnes. Je vous apprends que mon frère, avec l’autorisation des médecins, avait fait le massage cardiaque, pour réanimer le corps, mais le frère ne s’est pas réveillé», explique la sœur du défunt à notre équipe. «Ce sont des gens mal intentionnés déterminés à salir la réputation de l’hôpital Adolphe Sicé», a-t-elle poursuivi. Comme quoi, la foule veut de son miracle. Mais, le miracle n’a pas existé dans ce cas précis.

John NDINGA-NGOMA.