Vice-président du conseil d’administration de l’O.c.d.h (Observateur congolais des droits de l’homme) et ancien directeur exécutif de ladite organisation, Georges Nguila a publié, au mois de février dernier, un essai de 344 pages, structuré en 11 chapitres, sur l’histoire et la situation du Congo. Intitulé: «La politique au Congo de Makoko à 2021. Histoire générale du Congo des origines à nos jours» et publié à compte d’auteur, cet ouvrage «n’a pas été écrit selon les canons courants avec les notes de bas de pages et l’indication précise des pages», signale l’auteur en note sommaire, à la fin. Dans l’interview ci-après, Georges Nguila parle des mobiles qui l’ont conduit à rédiger cet ouvrage, en présentant ses grandes lignes.

* Monsieur Nguila, vous êtes connu comme un activiste des droits de l’homme, qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre?
** Merci, Monsieur le journaliste, pour cette opportunité! C’est juste l’envie de servir mon pays. Il n’existe pas de livre sur l’histoire du Congo et j’ai remplis ce vide. J’avais déjà publié l’histoire de Pointe-Noire, de Dolisie, de Nkayi et de la Cuvette-Ouest, avant d’écrire cette histoire générale du Congo, livre autrement intitulé: «La politique au Congo de Makoko à 0021».

* Mais ne trouvez-vous pas qu’il y a comme une contradiction entre le titre principal «La politique au Congo de Makoko à 2021» et le sous-titre, «Histoire générale du Congo, des origines à nos jours»?
** Pas du tout! La politique, c’est la vie commune, le vivre-ensemble et mon livre parle du vivre ensemble de toutes les ethnies du Congo, depuis la période précoloniale jusqu’à nos jours.

* Et comment se caractérisait ce vivre-ensemble avant l’arrivée des Blancs?
** Les Tékés sont le premier groupe organisé de ce pays et il y a eu par la suite le Royaume Loango puis les envahisseurs Kongo et mbochis qui, en s’implantant ici, ont eu à grignoter l’espace téké et il y a eu donc des périodes de guerre et de commerce, puis il y a eu la traite des esclaves qui est venue bouleverser ces royaumes et chefferies.

* Peut-on savoir combien d’esclaves sont sortis du Congo pour le contient américain?
** C’est difficile de répondre avec exactitude. On avance que 12 millions d’esclaves sont sortis du continent africain et 10 millions seulement parvinrent sur le continent américain, en Colombie et à Cuba ou à Haïti. Une source précise que 2 millions d’esclaves sortirent du Congo actuel et 1,3 million de l’Angola (Kongo). Mais, pour Alain Auger, il n’y a eu que 500 à 600 mille esclaves qui sortirent du Congo pendant cette période de trois siècles et demi.

* Quelles ont été les conséquences de la traite des esclaves au Congo?
** Ce pays, Congo, veut d’abord dire: «Pays des panthères». Le ngo voulant dire la panthère. La traite des esclaves a eu plusieurs conséquences au Congo. Il y a d’abord eu l’entrée des plantes américaines comme le manioc et l’arachide en Afrique centrale, et les produits de l’artisanat européen comme la vaisselle, les étoffes, etc. Puis, à la sortie, il y a eu les esclaves. Mais une autre conséquence de l’esclavage fut le bouleversement des royaumes et des chefferies. Avant, pour devenir riche, on ne pratiquait que l’agriculture et la chasse. Mais, avec ce commerce des esclaves, ce fut une autre source d’enrichissement et hormis les anciens chefs issus des clans fondateurs, on verra de nouveaux riches qui chercheront à obtenir le droit de vote au mbongui ou kanza ou olébé et ces nouveaux riches renverseront le système électoral qui fut d’abord fermé avec des clans électeurs réduits. Il y aura une sorte de démocratisation limitée qui apportera des troubles de succession comme au Royaume Loango au 18ème siècle.

* Comment vous savez tout cela?
** Mais, il y a déjà des travaux qui furent menés par des historiens européens et américains, etc.

* Quoi? Donc les historiens congolais n’ont pas écrit là-dessus?
** Si, il y a Théophile Obenga, Dominique Ngoïe-Ngalla et Antoine Ndinga-Mbo qui ont écrit là-dessus. Mais, ils sont souvent en contradiction avec les historiens européens sur les dates de peuplement du Congo par les différents groupes ethniques qui composent ce pays. Les Européens avancent que les Kongo de l’Angola sont entrés ici après la chute du Kongo en 1665, avec la bataille d’Ambuila. Mais, Ngoïe-Ngalla estime que depuis le 12ème siècle, les kongo avaient commencé à s’infiltrer ici. De même, Gilles Sautter et les autres avancent que l’implantation des Mbochis n’a eu lieu qu’au 18ème siècle, lorsque les ngala se mirent à fuir les razzias arabes d’achat des esclaves. Or, Théophile Obenga ne retient pas cette date et il pense que les Mbochis et autres se seraient installés ici depuis le 5ème siècle.

* Et l’histoire coloniale, celle-là n’a pas assez de contradictions, j’espère…
** Là, nous entrons déjà dans la période moderne avec l’écriture et c’est moins difficile que la période précoloniale sans écriture. Cette période coloniale est divisée en trois parties: la période de l’occupation du Moyen-Congo avec les résistances congolaises du temps des sociétés concessionnaires et la révolte de Matsoua; la deuxième période fait voir la coexistence des Européens et des Africains et même le retour des chefs indigènes écartés en 1880 et qui reviennent comme auxiliaires administratifs en 1937 avec le conseil des notables. La troisième partie, c’est celle de la décolonisation de 1945 à 1960.

* Nous sommes donc devenus indépendants en 1960 et qu’est-ce qui caractérise cette période de 1960 à 2021?
** Je peux me tromper, mais à mon humble avis, cette période a été marquée par trois problèmes: le problème de la construction nationale; la faillite de la Révolution ou du projet révolutionnaire et, tertio, l’inflation des demandes sociales envers le gouvernement qui n’arrive pas à satisfaire toutes ces demandes des jeunes, des vieux, des travailleurs, des femmes.
Toutes ces demandes entraînent des troubles socio-politiques et il y a, par exemple, un million de chômeurs et l’Etat doit 400 milliards de francs Cfa aux retraités, au moins 58 milliards aux travailleurs des entreprises liquidées depuis les années 1980 et l’Etat doit au moins 20 mois de bourses aux étudiants à l’étranger à Cuba, au Maroc, etc.

* Dans votre livre, vous parlez aussi de la situation du Pool et de Ntumi. Vous dites que «le Pool, c’est notre bourbier du Vietnam»?
** Oui! C’est là la faillite de la construction nationale. Le Congo s’est divisé au même moment que la Yougoslavie ou la Tchécoslovaquie et l’ex-URSS qui furent des pays marxistes-léninistes. Cela montre que les marxistes ne traitèrent pas bien le problème de la construction nationale. D’autre part, les institutions ne furent pas bonnes. C’est pourquoi la guerre civile de 1959 fut précédée par la perte de la majorité par Jacques Opangault en régime parlementaire, tout comme en 1993, la guerre civile fut précédée de la perte de la majorité par la Mouvance présidentielle de l’époque en régime semi-parlementaire. Fulbert Youlou fut élu en l’absence des députés du M.s.a de Jacques Opangault. Tout comme André Mouélé fut élu président de l’Assemblée nationale en l’absence des députés de la majorité présidentielle. Mais sur la question du Pool, je crois qu’il ne faut pas diaboliser le pasteur Ntumi comme le fait parfois Dieudonné Ganga et si l’on veut la paix, celle-ci exige que toutes les parties prenantes soient autour de la même table et je crois qu’il faut un programme minimum de 15 milliards pour la réinsertion des Ninjas et la pacification du Pool.

* Vous soulignez aussi les nombreuses demandes sociales et vous pensez que le gouvernement ne pourra pas y répondre?
** Oui! Il n’en a pas les capacités, parce qu’il n’a pas de sobriété. Il faut réduire le train de vie de l’Etat, en supprimant certaines institutions constitutionnelles inutiles et en montrant la résilience, alors que les élites ne montrent pas la résilience. Tenez, le plan 2018-2022 avait reconnu que le chômage des jeunes est de 30,5%. Mais, dans le document du plan en question, il n’y a aucune mesure palliative. C’est de l’irresponsabilité!

*A la fin de votre ouvrage, vous donnez aussi votre avis sur les affaires nationales?
** Oui! C’est mon avis personnel et j’ai dit que l’opposition parlementaire et l’opposition extra-parlementaire devraient s’entendre et proposer au Président Denis Sassou-Nguesso, une voie de sortie avec des garanties d’ancien Chef d’Etat, afin qu’on mette un nouveau gouvernement ayant les coudées franches par rapport à cette équipe plus chercheuse de rentes.

Propos recueillis par
Chrysostome
FOUCK ZONZEKA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici