Sous la direction de Clément Mierassa, la F.o.c (Fédération de l’opposition congolaise) a tenu, du 2 et 5 janvier 2022, la session ordinaire de son Conseil fédéral national, dans la salle de réunion du C.i.o (Centre interdiocésain des œuvres), à Brazzaville, avec la participation de 21 conseillers issus des trois plateformes politiques composant cette aile de l’opposition dite «radicale», à savoir: le Frocad (Front pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique), dirigé par Clément Mierassa; l’I.d.c (Initiative pour la démocratie au Congo) par Michel Mampouya, et la C.j.3.m (Composante Jean-Marie Michel Mokoko) par Jean-Félix Demba-Ntélo. Selon la F.o.c, «force est de constater, à travers le monde, que des mesures d’apaisement, de réconciliation nationale et de libération des prisonniers politiques ont été prises dans plusieurs pays, notamment au Mali, au Sénégal, en Guinée, en RD Congo, en la matière, le Congo fait aujourd’hui tristement exception».

Deux temps forts ont marqué la cérémonie de clôture de la session ordinaire du Conseil fédéral de la F.o.c, à savoir: la lecture du communiqué final par la journaliste présentatrice d’émission à D.r.t.v, Kostelie Gavmelle Issami Aboyo, et la réaction au message sur l’état de la Nation du Président de la République.
Il ressort du communiqué final que «le Conseil fédéral national a exhorté la présidence à poursuivre son analyse aux fins de produire à la fédération, une réflexion qui comporte des alternatives à la hauteur des critiques qu’elle formule à l’encontre du pouvoir». Pour cela, «la fédération doit avoir une banque de propositions à toutes les questions que se pose le peuple congolais», souligne le communiqué final.
Au sujet du message du Chef de l’Etat sur l’état de la Nation devant le parlement réuni en congrès, prononcé le 28 décembre dernier, «le conseil a conclu qu’il s’agit d’un message de trop, pour rien, en ce sens qu’il a été, comme les précédents, un chapelet de promesses et donc, au regard du passé, un chapelet de démagogies», a-t-il souligné.
Dans son mot de clôture, qui a d’ailleurs suscité des questions de la part des journalistes, Clément Mierassa a réagi à plusieurs questions d’actualité. «Le Congo traverse, depuis plus de dix ans, une grave crise multidimensionnelle pour laquelle les gouvernants actuels se sont avérés et s’avèrent incapables d’apporter les solutions idoines et appropriées de sortie. A ce propos, l’on peut déjà relever que le pouvoir actuel considère qu’il y a cinq crises majeures à résorber, à savoir: la crise sanitaire; la crise économique et financière; la crise sociale; la crise des valeurs et la crise sécuritaire. Le Président de la République ignore sciemment la crise politique qui est un préalable à la résolution de toutes les autres crises et la crise électorale, surtout lorsque l’on sait que depuis 2002, aucune élection libre, crédible et transparente n’a été organisée dans le pays», a-t-il déclaré.
«Le Président de la République s’est dit satisfait de la déclaration du patrimoine, faite par les citoyens élus ou nommés à une haute fonction publique. Malheureusement, bien que pilotée par la Cour suprême, la plus haute juridiction de notre pays, il est déplorable de constater qu’elle se déroule dans l’irrespect total des lois et règlements de notre pays», a-t-il insisté.
«Le silence sur l’affaire des Pandora papers laisse les Congolais pantois, surtout qu’il s’agit de l’évasion fiscale organisée par des dirigeants de plusieurs pays du monde, faisant ainsi fuir les capitaux devant servir au développement de leurs différents pays, cette affaire remet sur la sellette l’affaire dite des Panama papers pour laquelle il avait été révélé que six Congolais détenaient 5.500 milliards de francs Cfa dans les paradis fiscaux», a-t-il affirmé.
Sur le plan social, Clément Mierassa a estimé que le Président Denis Sassou-Nguesso n’a plus de solutions pour régler les problèmes des Congolais. Selon lui, le Chef de l’Etat a prouvé son «insensibilité» «devant le quotidien des Congolais qui croupissent dans la misère».
Sur la question de l’organisation des élections, le leader de la Fédération de l’opposition congolaise a indiqué que «le pouvoir ne veut pas organiser des élections véritablement libres, démocratiques et transparentes. Il n’est préoccupé que par la conservation du pouvoir et reste sourd à toutes les propositions qui sont faites pour améliorer la gouvernance électorale».
A la fin de son discours, les journalistes ont voulu savoir ce que la fédération pense de la révision de l’article 157 de la Constitution. Ils ont posé la question de savoir si le changement de la Constitution n’est pas le résultat de la faiblesse de l’opposition, constatée par le pouvoir? Par rapport à l’année nouvelle, quelles sont les priorités de la fédération?
Répondant aux questions des journalistes, Clément Mierassa a souligné que certains dirigeants en Afrique ne recherchaient qu’un troisième mandat. Ce n’était pas parce qu’ils voulaient développer leurs pays. C’était plutôt dans le but de la conservation du pouvoir. Selon lui, c’est dans cette voie que le Président Sassou-Nguesso s’est engagé, en lançant la révision de l’article 157 de la Constitution. «Mais moi, je ne partage pas son avis. Je pense qu’au Parti congolais du travail, il y a aussi des gens intègres qui peuvent faire mieux», a-t-il dit.
Concernant la faiblesse de l’opposition qui permet au pouvoir de faire changer la Constitution, le président de la fédération a indiqué que l’opposition congolaise n’est pas faible. Bien au contraire, c’est le pouvoir qui a peur et fait recours aux armes pour faire asseoir sa politique. «Organisez des élections transparentes et libres, vous verrez que le pouvoir actuel va se fragiliser et se fragiliser davantage. Non, vous devez retenir une chose: l’opposition congolaise est forte et le Président de la République le sait. C’est pourquoi il faut travailler pour la diviser. Pour cette nouvelle année, l’opposition a plusieurs priorités, travailler pour raffermir sa base et la mettre en parfaite harmonie avec le sommet. Mais, le choix du pouvoir, c’est de protéger celui qui a volé et faire souffrir les citoyens».
Au terme de cette session du Conseil fédéral et national, on peut, tout de même, constater que la Fédération de l’opposition congolaise connaît quelques problèmes en son sein. Le Frocad qui, à sa création, comptait une trentaine de partis, associations et individualités membres, est devenu une affaire de quelques partis. Ce qui réduit sa marge de manœuvre sur le terrain.
Quant à l’I.d.c, l’unique parti qui en est resté membre est le P.s.v.r (Parti de la sauvegarde des valeurs républicaine) de Michel Mampouya. Les autres ne sont que des associations politiques.
La C.a.d.d d’André Okombi-Salissa, qui pilotait cette plateforme à sa création, a été décapitée. Son fondateur est en prison, alors que d’autres dirigeants, emprisonnés, puis libérés, ont quitté ce monde. Les cadres qui lui sont restés fidèles ont été gagnés par la peur et n’osent plus jouer des rôles de premier plan.
Depuis aucune initiative n’est prise.
Enfin, le C.j.3.m est sommé de se conformer par les conseillers fédéraux. Donc, il faut s’attendre à une action politique que mènera Jean-Félix Demba-Ntélo, coordonnateur national, pour que la composante se transforme en parti politique.

Chrysostome
FOUCK ZONZEKA