Nul ne peut nier que les Congolais sont touchés par la faim et la précarité. La violence, la corruption, le tribalisme sont les bouleversements de notre époque. La «machine inégalitaire» compromet nos capacités de crédibilité dans un monde en pleine mutation. Sans prendre en compte la dimension humaine, il nous sera difficile de miser sur l’expérience, l’expertise, bref les compétences des Congolais et des Congolaises pour le redressement du pays.

C’est une situation lourde de conséquences qui risquerait de menacer la concorde nationale. La montée de nouvelles valeurs sonne le glas des valeurs fondamentales d’un régime qui accentue le ciment de la haine sociale et de la violence. Pour contourner ce nihilisme, le chemin tracé est celui de mobiliser autour de la mise en marche des citoyens. Une telle motivation, rendue possible par la volonté collective, signifierait la revanche de ceux qui vivent comme effacés de notre cité. De telle sorte que l’homme congolais vienne à vivre dans les meilleures conditions que celles qui lui sont offertes aujourd’hui.
Cette identité généreuse de la société frappe ainsi par un élément qui renvoie au contexte du politique qui est pensé comme le don d’une capacité offerte au genre humain. Tel a été le sens du procès de Socrate. L’événement de son procès, qui a été quelques fois réduit à un simple accident, à l’opposé, s’est présenté sans aucun doute, comme le plus grand événement de la Grèce antique: l’homme et la cité, les deux termes ont paru indissociables.
Lorsque ceux-ci sont bien documentés, loin d’être complexes, au contraire, ils constituent une simplicité qui procurent de l’intensité en tant que source, pour l’épanouissement et la dignité des citoyens. Dès la fin du IVème siècle, l’énigme que constitue le procès de Socrate s’est transformée comme le lieu qui conditionne l’existence humaine.

Le paradoxe congolais

Pourquoi se préoccuper, au fond, du paradoxe congolais? C’est affaire de dignité: la dignité est une exigence immédiate. Hannah Arendt insiste pour la dignité qui reste liée au travail: le travail est fondamental, parce qu’il correspond aux conditions de base dans lesquelles la vie sur terre est donnée à l’homme. C’est l’étape par laquelle l’être humain parvient à l’amélioration matérielle.
Le pétrole congolais a enfanté un nouveau mode de vie plein de richesse, mais plein de pauvreté aussi. Mais, il est aussi un monde d’inégalités, de violence, de brutalité, de destructions avec la guerre de 1997-1998. Nous avons du mal à nous rendre compte que si tout cela arrive, c’est parce que l’homme congolais agit en individu, il n’est préoccupé que de son existence. Nous ne suivons plus le processus vital collectif d’une «humanité socialisée» comme le voulait Marx.
Un Etat qui passe plus de trente mois pour payer les salaires, les pensions et les bourses méprise le travail. Les conséquences sont désastreuses. Le Congolais vit ainsi une incontestable incohérence sociopolitique.

L’Etat comme une composante essentielle

La clé du développement réside dans le ruissellement de la richesse nationale, c’est-à-dire sa répartition d’une manière plus juste. En établissant la dimension «égalitaire», telle qu’elle devait apparaître aux yeux de tout Congolais à la veille de l’indépendance, on touche une composante essentielle de développement, de progrès et de paix. Que les Congolais s’enrichissent, profitant de la prospérité de leur pays. C’est l’exigence des temps modernes. Alors, la société naîtra de l’émancipation politique du travail. C’est ce que le système d’aujourd’hui n’arrive pas à niveler, c’est-à-dire permettre à chaque citoyen de tirer profit du fruit du travail.
En conséquence, le travail mérite salaire. Car, si l’homme est la mesure de tout comme le disait Protagoras, il suffit, en fait, de choses simples pour passer du noir au blanc, des ténèbres à la lumière. C’est résolument sur cette voie-là, qu’il faut s’engager. Il suffit parfois d’un angle de vue pour créer son lieu, s’éveiller et s’émerveiller. J’aime ce mot émerveiller, parce qu’il intègre à la fois une vision philosophique, sculpturale et divine.
Quantité d’efforts de transcendance doivent être sollicités dans le sens du respect des droits des travailleurs. Cette méthode de décrypter les choses peut inciter tout homme à être capable de tout remettre en question, même des particularismes les plus pesants, les plus lourds. Ainsi la priorité ira toujours au bien commun. L’homme politique est en retard sur la société. Le diagnostic est clair. Ceux qui gouvernent ne font pas d’effort pour que le pays prospère. Le fait est indiscutable: nous devons privilégier et non pas repousser la pratique du ruissellement présupposant que l’Etat redistribue le fruit de la richesse nationale.
Toute la politique doit être dans l’art de préserver l’Etat providence. Cet Etat qui veille au bonheur du peuple congolais. Cette vision ouvre un horizon, balise un chemin; non pas par l’emballement des passions partisanes, mais par un travail patient pour réengager les Congolais sur le chantier de la construction nationale. La méthode qui est proposée est celle d’un Etat fort qui respecte ses engagements vis-à-vis des travailleurs. Un pays apaisé, c’est aussi un pays qui prépare des hommes et des femmes compétitifs. Un pays qui ne fait pas ruisseler le produit du pétrole donc de la richesse nationale sur ses fils et ses filles détourne son regard sur la paix et le développement. Un Etat qui oublie le paiement des salaires, des pensions et des bourses s’enracine dans plusieurs lignes de fractures sociales. Parce que cette manière de gérer les affaires publiques ne manque pas de donner des ailes à la précarité, à la division, à la frustration et à l’indignité.
La bonne gouvernance, l’orthodoxie financière restent les instruments qui garantissent la paix, le développement et la meilleure condition humaine. Et pourtant, compte tenu de ses potentialités humaines et économiques, le Congo est un pays bien armé pour garantir les fondements sociaux tels que les salaires, les pensions, les bourses, en gros, tout ce qui peut contribuer à booster l’économie.
Depuis 1985, l’année des Danaïdes, le Congo verse ses recettes pétrolières dans des tonneaux sans fond. La prise en compte de l’accroissement démographique doit devenir l’indicateur du point de vue politique. La question est ainsi posée: ces milliers de pauvres aux prises avec l’incertitude alimentaire, la pénurie de logement ne sont-ils pas une source permanente d’insécurité pour tous? Creusons davantage: sans génération d’hommes et de femmes créatifs et confiants, la complexité du problème congolais ira crescendo. Il va bien falloir se rendre compte un jour que le travail et le salaire sont des entités indissociables.
Jusqu’à présent, lorsque nous parlons du travail, nous ne défendons pas sa rémunération, c’est-à-dire le service à payer. On oublie que la dignité, la grandeur de l’Homme reposent sur le fruit de son travail. Les gouvernements successifs ont du mal à reconnaître que le système social est complètement déséquilibré. Le Congo doit redevenir cet espace où le travail mérite salaire. Ici, le rôle du politique est de s’engager dans la réflexion et dans l’action à prendre dans toute sa dimension sociale.
Une suite de questions s’imbrique: peut-on prendre du plaisir au malheur de celui qui travaille non seulement n’est pas bien rémunéré, mais doit attendre des mois pour toucher son salaire? Le seul antidote efficace à la crise sociale, c’est la capacité à additionner les possibles à l’égard des autres. Le problème n’est-il pas là? Il revient aux acteurs politiques et sociaux la responsabilité particulière de ne pas faire le jeu des hypocrites par des égoïsmes à courte vue.