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Est-ce réaliste de faire une projection budgétaire du prix du baril à 45 dollars?

Le projet de loi des finances 2021 adopté par le gouvernement en conseil des ministres est maintenant en examen au parlement où il est présenté et défendu par le ministre délégué au budget, Ludovic Ngatsé. Les recettes y sont évaluées à 1.873 milliards de francs Cfa, venant pour moitié de la vente des cargaisons de pétrole qui représente 945 milliards 119 millions de francs Cfa. Cette estimation vient de l’hypothèse d’un prix du baril congolais à 45 dollars pour un dollar échangé à 550 francs Cfa. On parle bien d’hypothèse et c’est tout le problème du budget congolais basé sur le pétrole.

Actuellement, le prix du baril de pétrole Brent est à 37,45 dollars. A la fin du mois d’octobre, selon les analystes, les prix du pétrole ont enregistré une chute de 10%. L’année 2021 pourrait démarrer sans que les prix du pétrole ne connaissent de remontée, en raison d’une demande morose et du manque de réaction des principaux pays producteurs.
45 dollars comme référentiel budgétaire du prix du pétrole congolais est l’hypothèse qui était valable il y a deux ou trois mois. A cette époque, les analystes tablaient sur un prix du Brent au-delà de 50 dollars en 2021. Il y en a qui le voyaient même à 65 dollars. Depuis le début du mois de novembre, ces prévisions ont été remises en cause. Le rebond de la pandémie en Europe et ailleurs dans le monde a déjoué ces pronostics. Le réalisme conduit a dire que le prix du baril va tourner autour de 40 dollars en 2021 et la remontée ne pourra s’opérer que vers la fin de cette année. Et donc, en misant sur un prix de 45 dollars le baril congolais, on met déjà en difficulté la future loi des finances qui ne pourra pas atteindre les 945 milliards de francs Cfa attendus comme recettes de la vente des cargaisons de pétrole.
Il est vrai que lors de sa réunion du 15 octobre dernier, le comité des prix a fixé la moyenne des prix des hydrocarbures congolais à 43,2 dollars, pour le troisième trimestre. Mais, ce niveau de prix est le plus haut depuis que la pandémie de covid-19 a ralenti la demande mondiale du pétrole et provoqué la chute des prix, au cours de cette année.
S’il faut appliquer le principe d’une gestion budgétaire prudentielle, basée sur les ressources internes, comme le recommande le ministre délégué au budget, il faut ramener l’hypothèse budgétaire du prix du baril de pétrole à au moins 40 dollars, au lieu de 45. Les commissions en charge des finances des deux chambres du parlement devraient travailler dans ce sens.
Tout le monde peut constater que le problème de ce projet de loi des finances, c’est la trésorerie qui accuse un déficit prévisionnel de 660,1 milliards de francs Cfa. C’est énorme. Car, les ressources de trésorerie ne sont autorisées qu’à hauteur de 120 milliards, face à des charges de 789,1 milliards. Le gouvernement prévoit de financer une partie de ce déficit de trésorerie par l’excédent budgétaire de 233 milliards 702 millions de francs Cfa. Or, cet excédent relève du fictif, puisqu’il sort de l’hypothèse d’un baril à 45 dollars qui n’est pas sûre d’être réalisée. Voilà comment le gouvernement se met lui-même en difficulté et que le parlement ne l’aide pas à éviter cette attitude idéaliste.
En effet, en faisant des hypothèses budgétaires optimistes, alors qu’elles ne sont pas sûres d’être réalisées, on enfonce le pays dans des difficultés financières. L’homme politique aux affaires se réjouit d’entendre résonner les grands montants. Mais, ceux-ci ne vont pas assurément se traduire dans la réalité. Du coup, si on maintient le projet des lois des finances dans ses repères fixés par le gouvernement, la gestion financière sera un véritable parcours du combattant, tel qu’on est en train de le vivre aujourd’hui, en jonglant chaque mois: on paye les salaires des fonctionnaires, mais on ne paye pas les pensions des retraités, la bourse des étudiants ni les salaires de certaines institutions nationales. Bref, on choisit ceux qu’il faut payer à la fin du mois, l’Etat ne pouvant plus le faire au même moment, en raison de l’insuffisance des ressources financières disponibles.
Pour sortir de ce cercle vicieux, caractéristique de la crise financière que traverse le pays, il faut que le gouvernement adapte ses charges budgétaires annuelles à un niveau qui ne devrait pas dépasser les 1.200 milliards de francs Cfa. Il suffit pour cela de revisiter les lois de règlement des deux dernières années (2017 et 2018). Ensuite, il faut élargir l’assiette des ressources de trésorerie, en remettant «en bon ordre d’exécution l’accord avec le F.m.i (Fonds monétaire international) portant sur un programme économique et financier à moyen terme (2019-2022)», comme l’a recommandé le ministre d’Etat Gilbert Ondongo, lors de la 10ème session de la Coordination nationale de gestion de la pandémie de covid-19, le 25 septembre dernier. Et le F.m.i n’attend que cela. En adoptant la future loi des finances de l’Etat, les parlementaires devraient amener le gouvernement à mettre en œuvre un tel engagement, car c’est la voie de sortie de crise, au lieu de continuer à ne compter que sur le pétrole.

Jean-Clotaire DIATOU

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L'horizon Africain, un journal d'information paraissant au Congo Brazzaville

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25 novembre 2020, 14: 44

L’editorial de la redaction

IL NE FAUT PAS PÉNALISER LES GÉNÉRATIONS FUTURES

On a hérité de la période de vaches grasses, quand les budgets de l’Etat étaient excédentaires grâce à la manne pétrolière (2004 à 2014), des habitudes qui, aujourd’hui où l’on gère les vaches maigres, risquent de pénaliser les générations futures, en raison des ardoises qu’accumule l’Etat chaque année. On pourrait alors se retrouver en porte à faux avec le principe de l’équité intergénérationelle.

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