Enquête de «Libération» sur la société Orion oil

Le gouvernement a-t-il mis en œuvre son idée de porter plainte contre Libération?

Réagissant à la première publication, le 12 janvier 2023, de l’enquête de Libération sur la société Orion oil de l’homme d’affaires canado-congolais, Lucien Ebata, le porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla, avait émis l’idée de poursuites judiciaires contre le quotidien français. «Ce sont des allégations qui ne sont pas étayées par des faits matériels et qui vont faire l’objet d’une poursuite, d’abord contre Libération et peut-être aussi, et là nous allons consulter nos avocats, une plainte aussi contre la violation de l’instruction», avait-il déclaré. Quelques jours après, une plainte a été portée contre le journal, mais elle est le fait d’une association.

Au total, Libération a étalé son enquête sur trois éditions. En effet, après la première édition qui avait eu l’effet d’une bombe et malgré les menaces de poursuite judiciaire brandies par le porte-parole du gouvernement congolais, le journal avait poursuivi la publication des deux autres volets de son enquête, relatifs aux acteurs politiques français qui auraient été arrosés par l’homme d’affaires canado-congolais et une troisième édition parlant de deux policiers français présumés corrompus par le patron d’Orion oil, qui est aussi conseiller du Chef de l’Etat, pour lui faciliter le passage de ses sommes colossales de liquidité à l’aéroport.

«Du point de vue de la République du Congo, il s’agit là d’une provocation qui risque d’être une provocation de trop et qui ne manquera pas d’avoir des conséquences sérieuses à l’avenir», avait avisé le ministre Moungalla. «Du point de vue de notre gouvernement, il s’agit pour l’essentiel d’un acte de diffamation, une publication diffamatoire. Le président de la République et l’État congolais vont porter plainte contre Libération pour diffamation. Et peut-être aussi -et là, nous consulterons nos avocats- une plainte pour la violation du secret de l’instruction», avait-il précisé.

Quelques jours plus tard, la plainte du gouvernement se fait toujours attendre. Par contre, une association, appelée «Aimons-nous vivant», dirigée par Eric Golo, a pris l’initiative de déposer, le 20 janvier 2023, une plainte contre le journal Libération, auprès du procureur de la République du «Tribunal de grande instance», au lieu de Tribunal judiciaire, de Rennes. Dans cette plainte, Eric Golo écrit: «J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants: le jeudi 12 janvier 2023, j’ai constaté que le journal Libération a publié un article accusant Monsieur Denis Sassou-Nguesso de percevoir des sous-commissions de la part de Monsieur Lucien Ebata qui est un trader. J’ai constaté que, dans cet article, des propos injurieux et diffamatoires ont été tenus contre Monsieur Denis Sassou-Nguesso, étant donné que la démonstration de cette accusation n’a été apportée que par des propos infondés, dépourvus de lien de connexion entre ce qu’il reproche à Monsieur Lucien Ebata et Monsieur Denis Sassou-Nguesso. En vertu de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, ces faits étant constitutifs d’un délit de diffamation, je dépose plainte auprès de vos services. Je vous adresse ci-joints les documents qui démontrent les propos qui ont été tenus».

Reste à savoir si cette plainte, déposée au tribunal de Rennes au lieu de celui de Paris où le journal a son siège, et qui semble avoir des vices de formes sera jugée recevable et va connaître une suite comblant les attentes de son auteur.

Jean-Clotaire DIATOU